Ils sont peu, les groupes à être au devant de la scène métal française depuis aussi longtemps que Lofofora, véritable pilier du style dans notre pays, et rien que pour cette raison, la sortie de ce nouvel album mérite la plus grande attention. Eh oui, il est difficile de se rendre compte du chemin parcouru par cette formation qui date déjà de 1989. Après un 4 titres révélateur en 1994, Lofofora enchaîne albums et apparitions dans diverses compilations pour dernièrement nous pondre ce 4ème opus, ‘Le Fond Et La Forme‘.

Alors qu’on voit des groupes français relativement récents comme Pleymo obtenir une reconnaissance énorme dès leur premier album et viser une carrière internationale dès leur second avec un style hardcore rappé très en vogue, Lofofora, eux, restent fidèles à eux-mêmes, avec une musique pourtant toujours au goût du jour. En effet, ils furent les premiers à allier guitares aux riffs hyper lourds, rythmiques hardcore et phrasé rap, et cette personnalité musicale ne fait pas que survivre à travers cet album mais elle évolue aussi. Maintenant en plus de titres d’une puissance furieuse qui sentent bon le pogo douloureux en live (‘Social Killer‘), on trouve des percus très tribales (‘Le Fond Et La Forme‘), des guitares aux sonorités blues (‘Histoire Naturelle‘) ou même des passages presque reggae (‘Comme à la Guerre‘). Il y a donc une nette volonté de la part du groupe d’élargir un peu leur public en proposant différents moyens de rendre leur style, à la base hardcore et assez difficile à aborder pour le grand public, plus accessible. Au final, la pilule passe la plupart du temps en effet mieux pour n’importe qui. Le tout est encore et toujours accompagné des vociférations de l’excellent Reuno : imaginez la voix cassée et rauque d’un Henry Rollins déclamant des lyrics autant poétiques que drôles, tristes que joyeuses pour au final, excusez du peu, réaliser une satyre hyper engagée de l’humanité toute entière, limite marxiste révolutionnaire. Tout y passe : guerre, amour, politique, argent, drogue sans jamais non plus tomber dans des réflexions philosophiques ennuyeuses, mais toujours avec la touche ironique propre au groupe. On pourrait dire que la palette de possibilités que nous offre Lofofora s’étend constamment puisque cet album nous révèle leur face la plus calme qu’on connaissait peu avec des titres d’une lourdeur pesante aux mélodies lancinantes (‘Bienvenue‘) tout comme leur face la plus enragée avec des titres d’un rapidité dévastatrice rarement vue chez eux (‘Psaume CAC 40‘).

Les groupes encore actifs dans ce style musical en France et ayant déjà 4 albums au compteur sont très peu nombreux, et pour cela aussi les désormais prestigieux représentants de Sriracha méritent des félicitations. Encore moins nombreux sont ceux qui ne s’essoufflent pas au bout de tout ce temps, mais la motivation semble être le carburant du groupe et la performance qu’est cet album nous montre bien que leur réservoir est encore bien plein. Le plus important reste que son écoute provoque chez l’auditeur une irrésistible envie de sauter dans tous les sens et vu la renommée scénique du groupe, on imagine facilement ce que ‘Le Fond et La Forme‘ peut donner en concert.