« Ne perdons rien du passé. Ce n’est qu’avec le passé qu’on fait l’avenir. » Anatole France

Au premier titre, « I see » on prend peur et on voit : du sous Dylan, la salle d’attente du psy traitant du trauma zimmermanien ne désemplira-t-elle donc jamais ? C’est que The Strange Boys sont de jeunes passéistes légitimement frustrés de n’avoir vécu une époque qu’on nous dit meilleure : avant. Saleté de nostalgie à la con. ‘Be Brave‘ est le deuxième opus des texans (américains, texans, passéistes, ils cumulent un peu…) et c’est un presque grand disque qui nous rappelle que nous vivons une époque pas très excitante faite de Ferme, de Houellebecq, d’iPhone et de jeux vidéo devenus les objets culturels les plus recherchés. On l’a déjà dit : toute une bande de gugusses se retranche ailleurs. Et dès le troisième titre, l’oreille se dresse, l’ailleurs apparait. On se voit à la frontière mexico-étasunienne à la recherche d’une bière faussement fraiche avec les mariachis déglingués de rigueur. Que les fans de Tarantino rappliquent, il y a quelque chose pour eux (‘Night Might‘, ‘Be Brave‘) dans les visions de séries B 70s de The Strange Boys. Des guitares twang, une voix écorchées dans les aigus, une production tout ce qu’il y a de plus vintage, aucune trace de quoi que ce soit post 70’s, ce ‘Be Brave‘ évoque les estimables Willowz sans la fascination hard-rock, hourra. On y entend de la soul espagnole en anglais au son pourri infiniment cool sur la balade pour chialer dans sa bière « Between us ». Du White Stripes moins m’as-tu vu mais enrhumé (‘Dare I say‘). Grand écart quand ‘Friday in Paris‘ invoque le ‘Village Green Preservation Society‘ des Kinks. Que de l’enthousiasmant mais le lecteur attentif n’aura pas manqué de relever le presque avant grand disque ci-dessus. Oui, malheureusement, The Strange Boys s’essoufflent un peu sur la distance avec des balades un peu faciles et la fin du disque déçoit de manière générale. Pas assez toutefois pour qu’on ne recommande pas ce ‘Be Brave‘ à coup de formules toutes faites à la « un grand groupe est né », « un disque prometteur », « l’avenir s’annonce radieux », même si dans ce cas précis, l’avenir s’annonce passé.