On pourrait prendre The White Stripes pour un de ces vulgaires groupes fraîchement débarqués et destinés à jouer pendant une minuscule carrière une espèce d’insipide mélange revival – new rock (pour reprendre les belles étiquettes journalistiques bien gerbantes qu’on vous sert à toutes les sauces) (NDR: Ouais mais bon, comment décrire du son sans ‘étiqueter’ ? A mon avis, c’est juste à titre indicatif hein…), juste le temps que la vague (allez lâchons encore le mot) revival remplisse assez les poches de ces chers producteurs (qui ont déjà bien profité de l’époque néo-métal, RIP) signant à tour de bras une centaine de gentilles têtes brûlées prêtes à se plonger dans le succès avant de disparaître la tête la première dans les abymes de ce putain d’oubli, merci, génial, ce groupe commercial à la con nous faisait bien chier.

Eh oui, c’est dans cet univers d’apocalypse culturel que Jack et Meg White, frère et soeur, amis, mari et femme, parties de jambes en l’air (rayer les mentions inutiles), nous pondent leur quatrième opus, déjà, quand même, c’est pas rien. ‘White Blood Cells‘, l’album précédent du modeste duo, les avait définitivement fait entrer dans la cour des grands, mais là c’est sur, The White Stripes, c’est du béton. Allez, chtiote galette into the chaîne, pour nous mettre une nouvelle baffe en pleine gueule. Après ces 50 petites minutes d’écoute, montre en main, la joue chauffe. Ah les salauds ! Alors, forcément, on retrouve cette patte caractéristique du son des frangin et frangine : une batterie (tenue par la charmante et discrète Meg) simple et efficace, une gratte (souvent bien distordue, tenu par Jack, également au micro), des riffs, une ouverture musicale incroyable, un son. ‘Elephant‘ reste en effet un fabuleux exemple du potentiel, du talent, de la diversité du groupe aux bandes blanches.

On a bien sûr les fameuses plages pour lesquelles on se souvient le plus de The White Stripes, celles qui accrochent, aux grattes bien déchaînées avec ce côté disto trop grasse et ces beats simples et clairs : ‘Black Math‘, ‘The Hardest Button To Button‘, ‘Hypnotize‘. On a même droit à un riff à la limite d’un métal qu’Ozzy n’aurait pas renié (‘Little Acorns‘). On retrouve même un esprit un peu Nirvana (si, si.. ‘The Air Near My Fingers‘ a des airs de ‘Smells Like Teen Spirit‘ au niveau des accords), et on finit par lâcher le nom des Beatles tant certaines compos font référence au songwriting et à la composition Lennon/McCartney (‘Girl‘, ‘You Have No Faith In Medicine‘, ‘There’s No Home For You Here‘, ‘You’ve Got Her In Your Pocket‘). Et puis, des accents folk savoureux (‘In The Cold‘, ‘Cold Night‘), blues, americana. Le son du groupe a définitivement évolué, là ou ‘Fell In Love With A Girl‘ jouait la carte de la compo super simple, presque chaque titre de cet ‘Elephant‘ dispose d’un solo inspiré. ‘Seven Nation Army‘ illustre parfaitement cet aspect, avec plus de sagesse et plus de maîtrise dans les riffs et la structure, sans perdre cette rage et cet esprit définitivement Rock’N’Roll.

Enfin bref, pour une claque, c’en était une. En moins d’une heure, The White Stripes vous collent sous l’oreille des compos épurées, exécutées avec beaucoup de talent, qui ne relâchent jamais l’attention de l’auditeur tant chaque plage diffère de la précédente. On ne hurlera pas à l’hérésie lorsque apparaissent quelques claviers, voire une petite basse, tant ils ajoutent de la profondeur à tous ces titres efficaces et clairs. Le côté un peu simple de la musique du duo, l’artwork de la pochette, et les ragots les plus divers sur la véritable liaison entre les deux protagonistes du mastodonte peuvent énerver et amener à penser qu’il s’agit là d’une nouvelle trouvaille bien commerciale. Erreur ! Même s’ils ne contenteront pas les amateurs de grattes lourdes, de hurlements sataniques et de brassards rouges avec des chèvres dessus (ou des pentacles, me souviens plus bien), le duo de Detroit a son mot à dire dans le rock actuel, et pour longtemps.