Souvent on lit des choses insignifiantes, parfois on lit des choses qui font réagir. Pour évoquer Harlem, le gratte-papier usé utilise l’arme aussi facile que fainéante de la comparaison En ce cas précis avec les Pixies. Si l’on voit en effet à peu près le lien, on ne peut s’empêcher de penser que Harlem sonne comme des Pixies sans la bizarrerie, sans les hurlements de Black Francis, sans la basse pneumatique et les choeurs de Kim Deal, sans les solos à trois notes de Santiago et sans les chansons historiques. Alors oui ça sonne un peu comme les Pixies mais dépouillé de tout ce qui fait leur originalité. (Calcul savant : groupe génial-ce qui le rend génial= groupe lambda) On ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut. Bref, le lecteur fan des gros Lutins va lire « cousin des Pixies », se jeter sur Harlem et en tirera la conclusion que tirer entre cousins et picoler pendant la grossesse, ça fait des enfants baveux à trois yeux. Et ce serait bien dommage parce que Harlem vaut plus que des comparaisons évidemment à leur désavantage. Très au fait de ce qu’il faut faire pour être cool, Harlem pratique un garage-rock jamais furieux, jamais résigné mais toujours bien troussé, toujours harmonieux. Dans la ligne droite de The Strange Boys, des Willowz ou The Soft Pack (usé, on vous dit…), Harlem propose sur ‘Hippies‘ une série de 16 chansons pas babloches qui fleurent bon l’adolescence maladroite, les gros sabots électriques et les ficelles mélodiques reconnaissables. Ce sera d’ailleurs là le principal reproche à formuler, tout sonne très linéaire lors de ce petit disque toutefois la ligne tracée est qualitativement assez élevée pour apercevoir un avenir plutôt prometteur, fait de blues-rock endiablé, de country punk alcoolisé et d’une personnalité plus développée.

En attendant l’affirmation et la confirmation, ‘Hippies‘ mérite son oreille attentive, son fond sonore de choix mais pas l’écoute détaillée. Pas encore.