Sorti l’an dernier, le [url=https://www.visual-music.org/chronique-1487.htm]recommandable premier album[url] de Porcelain Raft remplissait presque à la lettre le cahier des charges d’un genre un peu désuet, la dream-pop, dont le public est presque entièrement constitué d’insomniaques, de nanas et d’étudiants introvertis. Deux très beaux singles, ‘Drifting In And Out‘ et ‘Unless You Speak From The Heart‘, avaient tout de suite démontré une enviable efficacité pop là où bon nombre de groupes similaires se perdent dans un ésotérisme rébarbatif. N’est pas Slowdive qui veut. Et quitte à évoquer les pères fondateurs de la nébuleuse dream-pop comment ne pas citer ici My Bloody Valentine, dont l’ombre continue de planer à tort ou à raison au-dessus de tout groupe associé de près ou de loin au shoegaze.

Bref, la formule étant plus qu’éculée (mais pas moins charmante pour autant) il n’y avait plus qu’à attendre un deuxième album de Porcelain Raft aussi enivrant et vaporeux que le précédent, Mauro Remiddi s’intéressant davantage aux ambiances éthérées qu’au mélange de dissonance et de saturation du shoegaze. Soyons clairs, ça pop plus que ça ne rocke chez l’italien. Mais coup de théâtre, le surprenant EP expérimental ‘Silent Speech’ sorti il y a quelques mois présentait une scabreuse série d’instrumentaux synthétiques pas franchement appétissants et pourtant annoncés comme l’ébauche d’une nouvelle direction. ‘Permanent Signal‘ était donc attendu au tournant.

Et c’est bel et bien un son remanié qui nous est proposé ici, même s’il serait très exagéré de parler de changements radicaux. Les guitares acoustiques disparaissent mais on retrouve d’élégantes textures électro, agrémentées çà et là de notes éparses de piano et même de bribes de violoncelle sur l’intro très réussie de ‘Think Of The Ocean‘. Malgré ce travail sur la mise en forme, les fans seront immédiatement rassurés par la volée d’excellents morceaux accumulés en début d’album, où l’on reconnaît à tout moment le style aérien de l’auteur et son sens de l’équilibre entre simplicité mélodique et arrangements sophistiqués. De l’ambiance, encore de l’ambiance et toujours de l’ambiance mais il faut reconnaître que ‘Permanent Signal‘ est au moins aussi consistant que ‘Strange Weekend‘ à ce jeu-là, si l’on excuse un final un peu trop convenu et un ton qui flirte parfois dangereusement avec le mélodramatique.

Heureusement que Mauro Remiddi a de la classe à revendre. Habile arrangeur, le chanteur-compositeur-producteur-homme à tout faire s’incruste sans scrupules chez Beach House sur les premiers titres, dont l’impeccable ‘Cluster‘, mais cela ne jure pas un instant avec sa propre vision musicale et reste finalement assez cohérent, y compris vis-à-vis de l’esthétique plus 80’s de ‘Strange Weekend‘. On regrette seulement qu’il se soit mis en tête de cultiver un petit côté crooner androgyne pour midinettes, avec notamment un ‘Night Birds‘ tellement sirupeux et sentimental qu’il plairait à mémé. Ou à une fillette de 3 ans qui se met à danser un slow dès qu’elle l’entend (true story). Ballade imparable ou indulgence larmoyante de trop, à chacun de décider. Au final Porcelain Raft livre à nouveau un séduisant album de pop romantique, à ranger sans hésiter aux côtés de son prédécesseur en attendant une belle nuit de spleen.