Ah, ce qu’on a pu aimer Pete Doherty. Pendant un temps il n’y eut pas de personnage plus haut en couleur dans le rock indé, quelque part entre 2002 et 2005, voire même un peu après puisqu’on se souvient d’un soir de novembre 2007 où les planètes s’alignèrent à l’occasion d’un fabuleux concert des Babyshambles. Oui, ‘fabuleux concert’ et ‘Babyshambles‘ dans la même phrase. Dans ton cul la légende. Mais sans le savoir, c’est un soleil couchant que nous observions ce soir-là. La fin d’une illusion. Ce ne sont pas les deux albums des Libertines et les quelques bonnes chansons enregistrées par le groupe chroniqué ici qui me contrediront. Quel maigre bagage, toutes proportions gardées. Et quel glorieux gâchis. D’aucuns soutiennent mordicus qu’une mort prématurée de Doherty aux alentours de 2005 eut été préférable, ou même un abonnement au ‘club 27’ l’année suivante. Notons au passage que ce n’est pas moins vrai pour Carl Barât. Car magie il y eut bien. On pourra toujours débattre de l’importance de cette musique à une période donnée, de ce qu’elle représente encore pour certains. Mais que de promesses non tenues. Et pour compléter le tableau la vie de Pete Doherty dans l’oeil du Média, la perversion, l’exagération des voyeurs et la manipulation des images. Ceux qui insultaient et ceux qui tombaient amoureux. Tous dupes en fin de compte. Et puis les fêtes, les drogues, l’alcool, les bagarres, les cambriolages, les stars de la mode, les concerts foirés ou annulés, les procès, les séjours en prison, personne d’autre n’aura provoqué autant de scandales, de commérages, de moqueries et suscité autant d’atermoiements au début des années 2000. Ou depuis.

Méfaits mis à part, Pete Doherty était un frontman hors-catégorie et son groupe valait le coup rien que pour ça. Le saltimbanque douteux mais follement charismatique capable de temps à autre de soulever les passions avec un ‘Killamangiro‘ ou un ‘Delivery‘, juste pour emmerder. L’ultime diva, ou le ‘dernier des bohémiens‘ dixit Noel Gallagher. Ce qui est toujours le cas, à la différence près que cela ne trouble plus grand monde. C’est d’ailleurs tout juste si ça nous fait plaisir, voyez un peu les ravages du temps. ‘Nothing Comes To Nothing‘ est un très bon single qui aurait eu sa place à la grande époque, mais répétons ces mots tous ensemble : ‘nothing comes to nothing‘… tragique, n’est-il pas? Cela fait trop longtemps que Pete Doherty brasse du vide, qu’il a arrêté de battre le fer, de convaincre à l’arrache, de vouloir exister pour un public, et cela s’entend. 34 ans reste un âge relativement jeune pour un retraité du rock, alors pour un poète…

Sequel To The Prequel‘, donc. Reste à voir de quel film. L’album semble à première vue replet d’énergie renouvelée, d’optimisme et de verve dylanesque, mais une vague désillusion perdure après chaque écoute. Ce groupe conspué et lynché à maintes reprises revient 6 ans après comme si de rien n’était, en tendant l’autre joue. Comme tout le monde. Avec sa douzaine de petites chansons indés sous le coude, dont certaines sont toujours aussi mal foutues (le bâtard ‘Farmer’s Daughter‘ avec son joli couplet du Velvet Underground et son épouvantable refrain d’on ne sait où), paresseuses (le très con ‘Penguins‘) ou décoratives (du Sex Pistols sur ‘Fireman‘, du ska sur ‘Dr. No‘, l’habituel moment cabaret sur la chanson-titre). Au fond, que la pâte prenne ou non – ce qui arrive tout de même sur plusieurs titres – on est souvent plus attentif à la belle interaction entre Mick Whitnall et Drew McConnell qu’au chant et aux paroles, qui n’ont jamais été plus anodines. Cette fois-ci le groupe tient la baraque et notre rock star n’est qu’un invité de luxe qui pousse la chansonnette. Le mec blasé affalé dans le salon qui parle de ‘garder la tête haute‘ à ses groupies tandis que le petit personnel s’affaire aux cuisines. Un seul diagnostic possible: Pete Doherty n’a plus très envie de faire des disques. ‘Sequel To The Prequel‘ ne déroge pas à la règle du ‘T’as entendu le Babyshambles ? Pas trop mal hein ?‘, mais on l’oubliera certainement plus vite que tout ce qui a précédé. La franchise aurait bien besoin d’un reboot.