Avec ‘Tonnerre Binaire‘, on a cru déceler en Sna-Fu le chainon manquant entre The Hives et Refused. Beaucoup de chroniqueur leur prédisait un avenir radieux, fait de labels prestigieux et de tournées américaines. C’est n’est pas vraiment ce qu’il s’est passé. Comment l’expliquer ? Certains évoquent un problème de timing entre les deux premiers albums, d’autres une direction artistique trop expérimentale, d’autres encore un problème de nationalité (La France est allergique au rock’n roll, c’est bien connu). Confrontés à cette situation, la plupart des groupes auraient lâché l’affaire ou pire prôné le retour aux sources. Sna-Fu a préféré continuer à s’amuser avec sa musique quitte à faire des ajustements assez radicaux.

Si les 5 parisiens aiment toujours les rythmiques lourdes et le rock tapageur (‘That’s all I got‘, le riff destructeur de ‘Gangs‘) ils ne rentrent plus dans la surenchère de gros son et de structures ultra ébouriffantes façon The Dillinger Escape Plan. ‘Knives & Bells‘ est un album axé sur le fun : Le disque est rempli de clins d’oeil facétieux, le plus évident étant le son des guitares s’approchant des sonorités 8-bit. On sourit également à l’écoute de ‘I’ll giye money‘, sorte de crossover déjanté jazz manouche / hardcore’n roll ou sur la samba démoniaque de ‘Clairvoyant‘. Les mélodies sont enjouées, à l’image des couplets de ‘Furious & Fast‘ ou de l’air guilleret de ‘Serial Death Lane‘.

Oui, ‘Sna-Fu‘ assume désormais un côté pop qui était caché sous une tonne d’explorations diverses sur ‘Mighty Galvanizer‘. Clément chante autant qu’il ne crie, le groupe ose des refrains plus légers (l’excellent ‘Deadosaurs‘) et même des titres catchy comme ‘I hate Berlin‘, super agréable (malgré son titre injustifiable – Berlin über alles !). Même si cela n’est pas totalement maîtrisé – on esquivera des titres comme ‘All In‘, ‘Serial Death Lane‘ voire ‘Caterina‘ – le pari est tout de même réussi. Sna-Fu est parvenu à intégrer beaucoup d’éléments pop sans se trahir ni perdre de son identité, c’était loin d’être gagné d’avance. On rappellera à toute fins utiles que ces mêmes intentions ont conduit à des bouses comme My Chemical Romance.

Nous mentirions si nous disions que le coté fous furieux incontrôlables de Sna-Fu ne nous manque pas. ‘Knives & Bells‘ est donc un troisième album à la hauteur de ses ambitions, moins dense que les précédents mais bien plus accrocheur, à l’image des deux énormes tubes ‘You don’t like this song‘ et le final ‘Rising‘.