The Cribs tiennent à ce que vous le sachiez (le sachiez-vous?): un album rock vraiment rock supervisé par Steve Albini est dans les tuyaux depuis un certain temps mais le groupe a préféré finir ‘For All My Sisters‘ en priorité, soudainement saisi par une inspiration pop pressante. Évitons tout malentendu: comme d’habitude ‘pop’ veut bien dire des refrains faciles à chanter même après douze pintes, des petits riffs crados percutants joués avec deux doigts dans le nez, des « wouhou » en falsetto et des paroles de rebelle gentil qui vient encore de craquer une capote. 2005 forever, en somme, comme quand The Cribs étaient [url=http://www.visual-music.org/chronique-514.htm]un peu nuls mais bons quand même[url], quand The Cribs enchainaient les hymnes miniatures ‘You Were Always The One‘, ‘Another Number‘, ‘Mirror Kissers‘ et autres ‘We Can No Longer Cheat You‘ avec un naturel désarmant qui faisait oublier la platitude de leur patronyme en The et leurs dégaines d’étudiants Erasmus pas douchés. Quand The Cribs donnaient envie d’être un crib, ou presque (on n’est pas masochistes non plus).

Cela n’en fait pas une merveille mais ‘For All My Sisters‘ est sans doute leur meilleur album depuis ‘Men’s Needs, Women’s Needs, Whatever‘, disque curieusement passé à côté du jackpot en 2007, produit par Alex Kapranos en mode ‘l’indé commercial des années 2000, mode d’emploi’. Le début de l’ère people pour les frères Jarman, qui restent pourtant sur deux déceptions consécutives: l’insipide ‘Ignore The Ignorants‘ (2009) plus ou moins inspiré par Sonic Youth avec Johnny Marr en renfort (?) et le suivant de 2012 qui pue un peu de la gueule malgré Steve Albini. Des chansons qui craignent, un son enrhumé et des anglais qui n’arrivent pas à sortir le Weezer qui est en eux – pas étonnant puisque Weezer n’y arrive pas non plus. Alors non, ‘For All My Sisters‘ ne réconcilie pas The Cribs avec le grand art du songwriting mais, quel hasard ça alors, Ric Ocasek est là pour assurer l’efficacité de refrains faciles à chanter même après douze pintes (‘Finally Free‘), de petits riffs crados percutants joués avec deux doigts dans le nez (‘Burning For Noone‘), de « wouhous » en falsetto (‘Different Angle‘) et de paroles de rebelles gentils qui viennent encore de craquer une capote (‘Simple Story‘). ‘An Ivory Hand‘ sort tout droit du ‘Green Album‘, ‘Mr. Wrong‘ sonne comme une face b de Green Day période ‘Dookie‘, l’épique ‘Pink Snow‘ comme un amalgame d’influences indie rock. Le twitter du groupe renchérit: «The World’s Premier Mid-Fi Band». Sympa, mais que de demi-mesures et de manque d’ambition pour un sixième album.