Dans ce genre musical surchargé qu’est la folk, la troupe de barbus d’Other Lives a réussi à une vitesse folle à sortir du lot. A l’artillerie habituelle de compositions sensibles et d’harmonies vocales parfaitement maîtrisées s’ajoute un goût pour les productions chiadées. Plus mouvementé qu’un Alt-J, moins aérien qu’un Grizzly Bear et plus constant que les Fleet Foxes, Other Lives s’est retrouvé dès leur second album à ouvrir pour Radiohead. La suite s’écrit avec Rituals. On prend les mêmes et on recommence ?

A l’aspect fragile des chansons de Tamer Animals s’est ajouté une assurance et une immédiateté bénéfique. Les morceaux prennent de l’ampleur sans s’alourdir et garde leurs sonorités majestueuses. Le premier extrait ‘Reconfiguration‘ en est un bel exemple avec un groove des plus agréables. ‘2 Pyramids‘ est de la trempe de ces titres qui feront passer un cap aux groupes, les rendant plus accessible et entraînant. A force de s’acoquiner avec Tom Yorke et sa troupe d’Atoms For Peace, les américains ont clairement lâché leurs guitares au profit des claviers et d’un son plus ambiant. Si la différence avec l’album précédent n’est pas flagrante aux premières écoutes, il suffit de voir le groupe en live pour voir que le nombre de manches utilisés sur cette nouvelle cuvée a été vu à la baisse. Pour autant les violons sont toujours là pour amener un peu de tension et de robe comme sur l’intro de ‘Beat Primal‘, avec une touche à la Sigur Ros pour les notes très aiguës tenues par Jonathon Mooney.

Étonnant en termes de timing de sortir un album si automnal en plein printemps. Les Other Lives ont beau être talentueux, leur musique ne respire pas souvent les cotillons et la farandole. Ce qui n’enlève rien à un disque très réussi et plus enlevé qu’il en a l’air. Certains titres plus mous du genou tendent vers le flottement (‘Easy Way Out‘, ‘English Summer‘, ‘For the Last‘), quitte à nous perdre en route. Peut-être qu’une tracklist gourmande de 14 morceaux ne facilite pas la tâche et pousse à activer le mode automatique… A nous en faire oublier Rivals ne manque pas de belles pépites s’y cache comme ‘New Fog‘, ‘Patterns‘, ‘Untitled‘, ‘No Trouble‘ et les autres singles déjà cités plus haut.

On tient un album intéressant certes, ayant la fâcheuse tendance de souffler le chaud et le froid à jongler entre morceaux élancés et lénifiants. Un soin tout particulier a été apporté pour qu’aucun n’instrument ne prenne le pas sur la voix, au détriment d’une batterie en sourdine. C’est un disque parfait pour s’y perdre en regardant la pluie tomber ou les paysages défilés à travers une vitre. Dommage qu’on doive zapper de temps à autre, sous peine de sombrer dans l’ennui.

On mettra à jour cette chronique avec une vidéo du concert auquel nous avons assisté le 29 Avril à la Flèche d’Or, filmé par les équipes d’Arte Live Web.