Battles en est seulement à son troisième album. Le départ de son chanteur dès la fin de la tournée du premier disque a précipité leur trajectoire pour dériver vers un statut de culte aussi précoce que malsain pour la suite. Glass Drop signait la chasse aux featurings et même si musicalement on y perdait par moments, il faut avouer que le virage a été négocié avec habilité. En live, la manoeuvre était plus complexe. Un batteur à la cymbale jonchée à 2 mètres de haut ne cachant une mise en branle poussive, quasi autiste de leur musique avec des voix posées en play-back et des mises en routes parfois très longues, voire pénibles.

La Di Da Di, avec une pochette à la Animal Collective, promettait de belles heures de What The Fuck. Pourtant, les premières minutes sont très engageantes : des riffs entraînants, une nouvelle couche sonore s’ajoute toutes les minutes 30 pour un résultat bordélique qui pose les bases d’un de leurs morceaux les plus excitants. Parti pris définitif : adios le chant ! Battles prend donc de sacrés airs de post-rock et c’est pas plus mal. Dans un genre bouché, ils parviennent à apporter un peu de fraîcheur grâce à leur folie, aux claviers disloqués et à un batteur toujours au-dessus du lot. ‘Summer Sinner‘ , ‘Non-Violence‘ qu’on parie prochainement samplée pour le hip-hop tellement elle est gangsta, ‘Dot Com‘ débute comme une cousine funky des B.O d’Atticus Ross et de Reznor à laquelle And So I Watch you from afar aurait ajouté des riffs épiques. En résumé, ce disque ne manque pas d’idées et elles sont intégrées sans être cintrés, ni usantes. Un demi-exploit pour une formation aussi éparpillée et le single ‘The Yabba‘ n’est qu’une illustration de plus de la volonté de Battles à avancer en évitant les zigzags plus souvent.

Bien entendu, le trio ne peut pas se renier et nous gratifie de quelques titres tirés par les cheveux. L’interlude ‘Cacio e Pepe‘, ‘Luu Le‘ bande son d’un conte de fées sous stupéfiants remplissent grassement la partie expérimentale dans laquelle le math rock du groupe se complaît…

A l’heure des comptes, on s’attendait à voir Battles se vaudrait dans le n’importe quoi et ne jamais résoudre l’absence de chant. Heureusement, tout le contraire est arrivé. En affirmant et en martelant qu’il n’avait plus besoin de voix, le groupe a retrouvé la sienne. Lors du Pitchfork, Battles a signé une déclaration d’intention avec un concert saignant et agressif destiné à nous en mettre plein la couenne. Bien sûr, le disque connaît quelques loupés mais disposent de moments tellement plaisants qu’on leur pardonne allègrement.