Defleshed est un de ces groupes qui ne fait pas d’immenses vagues médiatiques mais qui pourtant continue régulièrement à s’assurer une production de qualité. Le trio allemand, avec ses dix années de carrière passées nous sort donc ‘Reclaim The Beat‘, son septième album en date. La dernière fois qu’on les avait vus, pour ceux qui auront fait un peu attention, c’était le chanteur seul en featuring sur l’énorme ‘Irradiant‘ de Scarve. On se demande lequel de l’invité ou de l’invitant doit se sentir le plus honoré maintenant, vu l’acceuil phénoménal réservé à l’album en question. Néanmoins, même si le temps d’un titre les deux formations se sont mélangées, leurs styles respectifs n’ont rien en commun. On pourrait presque dire que, s’ils restent tout de même tous les deux globalement death, ils sont plutôt opposé : là où Scarve mise tout sur la technicité, les longs passages instrumentaux style expérimental et des changements de tempo constants, Defleshed joue la carte de la spontanéité, de la vitesse et d’un chant oldschool.

‘ – Ca sent le brûlé chez toi ? – Non, c’est parce qu’il y a Defleshed qui joue, c’est pour ça…’ Les trois bougres distillent en effet ce qu’on apellerait communément, dans le petit monde des gens qui aiment mettre des étiquettes à rallonge, du brutal speed death. Décomposons tranquillement cette appellation non contrôlée : brutal, ils le sont sans conteste possible avec leur riffs tranchés à la machette mal aiguisée (‘Under Construction‘ qui rappelle furieusement un certain Blood Red Throne, les rois du brutal), speed sans aucun doute vu les rythmiques de leur excellent batteur totalement enragé (‘Grind And Rewind‘ qui porte merveilleusement bien son nom) et enfin death avant tout avec cette voix oldschool à la Thomas Lindberg, surtout dans sa période The Crown comme sur ‘Aggroculture‘ et son refrain répétitif qui se grave définivement dans votre cerveau.

Et c’est donc ce style bien particulier auquel vos tendres tympans auront droit pendant la courte demi-heure de cet album. En même temps, le faire durer plus longtemps aurait sûrement nuit à l’impression qu’il laisse, car il faut bien avouer que c’est presque essouflé, voir exténué que l’on se retrouve à la dernière seconde de ‘Over And Out‘, titre de clôture (dont le refrain rappelle bizarrement le chant de Dez Fafara sur le dernier Devildriver). Les raisons sont simples : pas une seule pause dans cette avalanche de riffs, ce déboulement de beats grind qui alternent avec du punk, heavy, death…et toujours aussi speed que possible. Sur ce point, chapeau au batteur qui, avec son jeu de cymbales incroyablement léger et son ping d’une puissance phénoménale (‘Reclaim The Beat‘, ‘Abstinance For Turbulence‘) qui évite de brouiller les autres instruments d’harmoniques inutiles aère complètement le son global. Evidemment, une production de qualité comme celle-ci aide aussi, mais ne rabaissons pas le mérite de ce technicien hors-pair.

Le point faible de ce ‘Reclaim The Beat‘ reste que, d’un côté, pour ceux qui aiment son aspect heavy, traditionnel et ses phrasés groovy, le rapidité d’execution inhumaine et surtout sa répétitivité risquent de lasser. De l’autre côté, ceux qui cherchent du bourrinnage à tout va risquent d’être déconcertés par certains passages qui passeraient presque pour du AC/DC (l’excellente mais du coup méconnaissable reprise des Mötley Crüe, ‘Red Hot‘). A chacun donc de se faire son propre avis, sachant que si l’on est un minimum ouvert, ce ‘Reclaim The Beat‘ peut très bien devenir une vraie machine à headbang, tant ses refrains (‘May The Flesh Be With You‘, ‘Ignorance Is Bliss‘) sont entrainants.