Avec deux albums au compteur, les allemands de Fragments Of Unbecoming sont un peu toujours restés au rang de ‘groupe-hommage’ à la scène death scandinave des années 90 tant leurs influences sont évidentes, sans qu’on ne puisse jamais distinguer leur vraie personnalité musicale. Mais un groupe qui reprend ‘Blinded By Fear‘ d’At The Gates en live ne peut pas être foncièrement mauvais, non… Au moins ça prouve qu’ils ont très bon goût. Alors est-ce enfin avec ce troisième opus, ‘Sterling Black Icon‘, sous-titré ‘Chapter III – Black But Shining‘, que ce quintet va s’affirmer et passer outre cette image de formation qui imite à merveille sans apporter grand-chose de nouveau au style ? On est peut-être en bonne voie.

Pour la petite précision, Stefan Weimar n’est plus seul au chant puisqu’il a décidé de se consacrer plus exclusivement à l’instrument qu’il maniait déjà dans les albums précédents, la guitare, et de laisser place à un nouveau venu, Sam Anetzberger, qui s’occupera donc désormais de tout ce qui est hurlements et growls en tous genres. Et on sent bien que la guitare tient désormais une place plus qu’importante. Le tout commence d’ailleurs par une petite mise en bouche, une courte minute de douce ballade à l’acoustique. Si on en croit cette intro, la mélodie semble être à l’honneur et on ne s’en plaindra pas. C’est pourtant le titre éponyme de l’album, ‘Sterling Black Icon‘ qui est chargé d’en venir aux choses sérieuses et il ne faut pas longtemps pour comprendre pourquoi ce titre a été choisi pour donner son nom à l’album : sur les cinq minutes qu’il dure, on aura droit à une grande majorité de mélodie à la double lead qu’on avait honêtement que rarement entendue aussi dévastatrice depuis ‘With Fear I Kiss The Burning Darkness‘. Et si ce n’est pas cette mélodie envoûtante, on nous assène d’énormes mid-tempos aux rythmiques écrasantes, le tout accompagné d’un chant au phrasé inhabituellement rapide et accrocheur. Bref, pour ouvrir un album, on pouvait difficilement faire plus efficace.

Malheureusement, même si à de nombreuses reprises, cette double lead magique donne des frissons de plaisir, un constat indéniable s’impose : le groupe use et abuse toujours autant des ficelles du genre. Les riffs qui manquent sérieusement d’inspiration sont nombreux, les gros blasts sont souvent juste là pour combler et au lieu de donner de la patate aux compositions ils sonnent tout simplement très très creux. ‘Scythe Of Scarecrow‘, par exemple, qui possède pourtant de très bonnes idées comme son riff d’intro chaotiquement haché finit par ennuyer sévèrement. Puis il y a ces quelques titres au tempo molasson, comme ‘Dead Floating Water‘ ou ‘Live For This Moment, Stay ‘Til The End‘ qui cassent complètement et de manière plutôt désagréable avec l’ambiance générale de l’album. Bref, si on a l’intention d’écouter tout ça d’une traite, les occasions de décrocher ne manquent pas.

Malgré tout, la production de qualité et les entrelacements de riffs bien complexes aidant, il faut bien avouer que le tout est loin d’être désagréable. Chapeau également à la nouvelle voix du groupe, Sam, qui s’en sort à merveille avec un éventail de possibilités impressionant, allant du hurlement façon black, maléfique comme il faut, aux grognements bestiaux et puissants. Mais au bout du compte, c’est quand même les guitaristes qui se régalent, car même si ça sent parfois le réchauffé, Stefan, l’ex-frontman et Sascha Ehrich qui s’occupe entre autres des passages accoustiques, savent tout de même y faire lorsqu’il s’agit d’harmonies épiqueset compagnie. Il suffit d’écouter ‘Onward To The Finger Of God‘, instrumental d’une trop courte minute et demie représentatif à lui seul du talent de ces compositeurs lorsqu’il est parfaitement exploité. D’innombrables riffs aériens s’empilent les uns sur les autres jusqu’à donner cette impression de mur mélodique à la richesse digne d’un orchestre symphonique. Magnifique.

Du coup, le bilan de ce ‘Sterling Black Icon‘ est mitigé. Il est certes meilleur que son prédécesseur mais n’innove pas non plus assez pour proposer quelque chose de vraiment enthousiasmant. Quelques titres se laissent écouter avec grand plaisir, pour le reste, attendons le prochain en espérant que le groupe aura enfin su se forger un son bien à lui.