Il y a trois ans, le premier album de Dagoba avait mis une claque à tout le monde. Vite suivi d’une réputation scénique plutôt flateuse, le groupe avait réussi à imposer son nom sans problème au sein de la scène métalleuse française grâce à un style mélant habilement des compos à la puissance et à l’impact Machine Headesque et une multitude de samples et autres arrangements originaux qui donnaient au tout une profondeur et une complexité remarquables. Ces trois années séparant les deux opus ont donc été plutôt longues pour tous ceux qui avaient apprécié l’éponyme et c’est avec d’autant plus de curiosité qu’on se lance à l’écoute de ce second volet nommé ‘What Hell Is About‘.

Et à quoi on a droit en intro ? Un peu moins d’une minute de gros blast pur, une énorme claque au niveau du son. C’est à ce moment là, une fois qu’on a repris ses esprits, qu’on se rappelle que c’est ni plus ni moins Tue Madsen (The Haunted, Kataklysm, Aborted…) qui a produit cette galette. Mais on se dit aussi que ça change pas mal par rapport au précédent album et son intro électro chaotique, samplée dans tous les sens. Et en effet, le groupe a bien pris une toute nouvelle direction : cap sur la brutalité. Et oui, là ou son prédécesseur se contentait de rythmiques bien écrasantes, ‘What Hell Is About‘ blaste, blaste et blaste encore.

Du coup, ce groupe qui s’était fait étiquetter ‘néo’ par certains pour toutes leurs mélodies à une époque où ‘ça le faisait trop pas d’être néo, non trop trop pas…’ a revu sa copie histoire de prouver cette fois qu’ils savent aussi jouer les méchants. Alors en effet, c’est définitivement beaucoup plus ‘méchant’ mais ça risque aussi de déstabiliser ceux qui aimaient le côté plus facile d’accès de l’éponyme. Par contre, c’est le batteur qui a du s’amuser et il a du en user des doubles pédales pour rentrer tous ces mitraillages sur cet album. A part quelques titres qui relâchent un peu la pression (les instrumentaux, ‘Cancer‘ et ‘The Things Within‘), ce ne serait presque pas mentir que de dire que ça blaste du début à la fin.

Mais alors elle est où la mélodie ? me direz-vous. Et bien elle est dans le chant. Et c’est là qu’on éprouve le plus de regrets : autant Shawter sait gueuler comme un dieu, autant la qualité de son chant est bien plus discutable. Alors vu que désormais il chante même sur des rythmiques extrêmement bourrinnes, ça passe, mais on sent bien que les notes tiennent sur le fil, que la voix est forcée et que si il n’y a pas plusieurs voix superposés pour couvrir tout ça comme sur le très bon ‘The White Guy (Suicide)‘ (qui fait écho au ‘The White Guy (And The Black Ceremony)‘), ce n’est pas loin d’être hésitant.

Heureusement, Dagoba sait toujours aussi bien composer des tueries forgées pour la scène, destinées à faire bouger les foules sur des rythmiques accrocheuses. De ce côté-là on a droit au furieux ‘The Fall Of Men‘ et son refrain qui reste en tête ou encore le très brutal ‘Morphine – The Apostle Of Your Last War‘ qui nous propose des styles de chant gueulé différents sur des blasts diaboliquement efficaces.

What Hell Is About‘ surprendra donc ceux qui étaient habitués à un Dagoba plus subtil. Heureusement, ce qu’il perd en subtilité, cet album le gagne en puissance. Maintenant à chacun de décider si cette évolution est pour le meilleur ou pour le pire. Quelque soit le jugement qu’on porte sur ce second album, on ne peut que s’enorgueuillir, le temps d’un petit relant patriotique, d’avoir en France un groupe de cette envergure, au talent indiscutable et au style si particulier. Reste à voir quelle surprise ils nous réservent pour le troisième opus.