Trois ans après la sortie de l’excellent ‘The Wretched Spawn‘ qui tourne encore sans aucun doute dans de nombreuses platines, voici que le Cannibal Corpse nouveau est arrivé. Ce petit dernier se nomme donc très sobrement ‘Kill‘ et il faut bien dire qu’on est pas peu surpris de ne pas trouver sur la pochette un cadavre éventré ou autre zombie machette à la main prêt à se livrer à un obscur rituel nécrophage. Mais l’artwork épuré n’est pas le seul changement notable puisque, on le sait déjà depuis quelques temps, Rob Barrett, déjà guitariste du groupe sur les très bons ‘Vile‘ et ‘The Bleeding‘ est de retour. Et c’est donc forcément un autre guitariste, Jack Owen, qui s’en va, et qui, malgré le fait qu’il ait déclaré en avoir assez du death, fait désormais ses petites affaires avec Deicide. Mais ça, c’est une toute autre histoire.

Au rayon des changements conséquents, on notera aussi le fait que ce n’est plus Neil Kernon qui s’occupe de la production comme sur les deux opus précédents, mais Erik Rutan. Et il ne faudra pas longtemps pour se rendre compte à l’écoute qu’il a fait au moins un aussi bon boulot que sur son monumental ‘I, Monarch‘ avec Hate Eternal. Pas de panique, ça sonne toujours comme du Cannibal Corpse, et sur chaque riff comme une lame de rasoir, tranchant, précis, le rescucité Barrett charcute les compos toujours aussi chaotiques de la formation légendaire. Le son est donc d’une lourdeur et d’une puissance extrême, toujours dominé par les grognements inninterrompus du Corpsegrinder.

Si le son possède cette petite touche de fraîcheur nouvelle grâce à une production mise au goût du jour, la musique en elle-même n’a strictement rien de nouveau. Du death bien gore et bien brutal, c’est ce que le groupe sait fair de mieux, il n’y a donc aucune raison qu’il fasse autre chose. On se doutait bien que seize années d’intégrité musicale innébranlable n’allaient pas s’écrouler comme ça, et c’est tant mieux. On se demande quand même où ils vont chercher des riffs toujours plus efficaces. ‘Make Them Suffer‘ joue le rouleau compresseur en alternant rythmiques thrash, lead bourdonnante et mid-tempos dissonants à une vitesse impressionante, le tout accompagné d’un refrain accrocheur qu’on imagine déjà sur scène, hurlé par une foule conquise. On aura droit également à des titres aux mélodies plus malsaines comme l’opressant ‘The Discipline Of Revenge‘ dont l’intro sert de mini solo à Alex Webster à la basse qui en profite pour faire une démonstration de son doigté incomparable.

Le Corpsegrinder débite quand à lui des obscénités à une vitesse toujours aussi constante. Il aura donc à de nombreuses reprises l’occasion de mettre son souffle à rude épreuve, comme sur les couplets interminables du très technique ‘Brain Removal Device‘ qu’il enchaîne sans faiblir de sa voix toujours aussi puissante. Les solos sont toujours aussi bien utilisés, le meilleur exemple étant surement celui qui clôture ‘Death Walking Terror‘ après plus de trois minutes de martelement d’un seul et unique riff (ou presque) d’une simplicité et d’une efficacité assassine.

Kill‘ est donc non seulement meilleur que son prédécesseur mais aussi une preuve de plus que Cannibal Corpse est toujours aussi productif et inventif après toutes ces années passées à composer des classiques du genre. On ne peut maintenant qu’espérer que ce line-up restera en place le plus longtemps possible, le retour de Barrett ayant apparement fait beaucoup de bien au groupe apres ces quelques années d’incertitude.