Qualifier les 5 membres de Sna-Fu d’« énergiques », ce n’est pas un compliment : c’est un piteux euphémisme. Voila 4 ans que Sna-Fu distille son hardcore – rock’n’roll à qui veut l’entendre lors de concert épileptiques laissant les spectateurs rarement indifférents. Après un EP, le groupe sort son premier véritable album, Tonnerre Binaire.

Alors, qu’en est-il ? Nous allons tenter ensemble une petite expérience.
Petit un : Placer Tonnerre Binaire dans une platine CD.
Petit deux : Appuyer sur le bouton « Lecture ».
Petit trois : Tenter (vainement) de contenir l’ouragan sonore qui jaillit dans vos enceintes. Chant hurlé, rythmique supersonique, guitares affolées ; Sna-Fu, ça va vite, très vite. Coeurs fragiles s’abstenir.

Voici un album résolument rock’n’roll. A entendre les rythmiques binaires de Transcending Reality, ou les riffs assassins de Route 66, on ne peut s’empêcher de penser que les franciliens doivent se délecter des albums d’AC/DC, Motorhead, voire Led Zep. L’album est très référencé, et je rajouterai à titre personnel que les gars de Sna-fu ont vraiment bon goût… Cependant, cet album n’est pas une repompe des maîtres du genre sous prétexte de retour au rock. Sur ce Tonnerre Binaire, l’ambiance rock’n’roll est une composante soutenant leur hardcore abrasif et nerveux ; la voix screamo, le tempo frénétique, les breaks aussi nombreux qu’excellents le rappelle constamment (Dilligence). On peut noter de bons passages post-hardcore au milieu de ce déluge de riffs assassins, sur Cinnamon, l’interlude And, ou Stones of Hawaï tout en retenue.

Les compos de Sna-Fu sont très riches, on ne compte plus les riffs ou les changements de rythme, ces jeunes gens ont décidément de la ressource. Les titres s’enchaînent très naturellement, le groupe joue de façon très carrée, et n’hésitent pas à s’autoriser des fantaisies sonores, comme le final de Saltimbanco ou la rupture totale dans Route 66. Certes, on pourra dire que certains titres sont brouillons (White Journey), mais il en ressort un coté complètement barré – ce n’est pas pour rien que les Sna-fu se surnomment Grand Désordre Orchestre- notamment sur le très rockabilly Robotoy, qui me fait penser à The Hives, époque Barely Legal.

Bref, les Sna-Fu signent là un très bon album, barré, efficace, sans fioriture. Les allergiques au rock’n’roll passeront leur chemin, les autres ne bouderont pas leur plaisir et iront confirmer leur bonne impression lors du prochain concert du Grand Désordre Orchestre.