Attention disque dangereux. On nous rapporte que des metalleux chevelus et autres punks à crêtes ont revendu leurs blousons en cuir badgés Guns N’ Roses et retiré de leurs nez les épingles à linge de mamie après l’écoute de ce disque. On les apercevrait maintenant déambulant vêtus en fins dandy subversifs pour les plus raffinés, en petit Pete Doherty pour les autres. On dit même qu’ils auraient tiré un trait définitif sur la bière et les concours de rots. Pire, des fans de Radiohead et Arcade Fire auraient remisé au placard leurs ouvrages de Kafka et revendu leurs dvd des documentaires d’Al Gore et de Leo DiCaprio et écouteraient de manière compulsive Kinks, Zombies, Sagitarrius et autres Alzo & Udine. On en aurait même aperçu jouant au criquet. Le responsable de ce cataclysme sismique est un jeune anglais dont le second album est, en exagérant un chouïa (mais il faut comparer ce qu’on aime à ce qu’il y a de meilleur afin de mettre ce qu’on conchit plus bas que Terre) une sorte de rêve dans lequel se croiseraient Beck et Robert Wyatt, Super Furry Animals, Bertrand Burgalat et XTC, le tout supervisé par Brian Wilson et produit par la paire Lennon-Macca. Carrément.

Le croirez-vous ou non, mais ce petit miracle est artisanal, catégorie « disque réalisé dans ma cave/chambre/cuisine ». Jim Noir, puisque c’est de lui qu’on parle, produit des mélodies hallucinantes mais qu’il aime cacher -peut être un peu trop d’ailleurs- dans un psychédélisme enrobé de guitares fuzz et de synthés cheap qui font pouêt pouêt. Ce qui explique que la révélation n’est pas forcément immédiate. Pas du genre à coucher le premier soir. Il faut imaginer ce sacré Jim Noir. Grand dadais à chapeau melon, tête de con anglais ultime, sourire malin. En l’écoutant on l’imagine tel un Charlie Chaplin marchant, s’arrêtant pour sentir une fleur avant de se ramasser la tronche, se relever, outré, remettre son chapeau en place et repartir. Chaplin oui, mais dans le regard triste, il y a Buster Keaton. Car le tout est bercé dans une petite mélancolie, une perte d’innocence à la Brian Wilson, justement. L’homme assume son décalage (‘Good old vinyl‘) mais vit bien son temps (‘Day by day by day‘), entraînant comme du Beatles saupoudré de sergent poivre et malheureux derrière les façades (‘Happy day today‘). Cet album est une oeuvre complète, peut être un peu exigeante mais toujours passionnante. Une petite symphonie pop qui s’écoute d’une traite, encore et encore. Déclaré d’intérêt publique pour nos amis cités plus haut.