Load‘. L’album le plus critiqué de l’histoire du métal, aucun doute là-dessus. Pour les néophytes, je vous résume vite fait. Metallica, les icônes du métal, après avoir sorti le trio magique que constituent ‘Kill’em All‘, ‘Ride The Lightning‘ et ‘Master Of Puppets‘, ont effectué un revirement ‘commercial’ en 1991 avec le mythique ‘Black Album‘. Après 22 mois de tournée sans interruption, le groupe au bord su split a pris une année de repos, et a préparé la succession difficile de cet album au succès phénoménal. Un an d’enregistrement, 30 morceaux, Metallica n’a pas fait les choses à moitié. Pour un résultat qui continue toujours de faire scandale auprès des soi-disant fans…

Cet album, produit par le très controversé Bob Rock, choque dès les premières secondes. ‘Ain’t My Bitch‘, malgré son côté bourrin, ne possède plus le son brut et hargneux de Metallica. La voix rauque et juvénile de Jaymz a disparu, pour faire place à une voix plus posée, moins ‘arrachée’, mais beaucoup plus puissante et mélodique. Le premier solo surprend également : fini le shredding à la vitesse démesurée, Kirk Hammett impose désormais une sonorité plus bluesy, avec de nombreux effets (merci la Wah Wah…).

Contrairement aux apparences, les Horsemen n’ont pas choisi la facilité. Il eût été plus facile pour eux de vouloir refaire un ‘Black Album n°2‘. Et bien, encore une fois, ils ont allé à l’encontre des attentes des fans. Dans cet album, ‘Alcoholica’ a revisité l’histoire de la musique américaine, en allant de Pink Floyd (comme en atteste le solo fabuleux de ‘The House Jack Built‘), à la country (la controversée ‘Mama Said‘), en passant par le blues (‘Poor Twisted Me‘) et le progressif (‘The Outlaw Torn‘). Le duo Hetfield/Ulrich s’est auto-censuré, en s’interdisant les compositions faciles, et en s’obligeant à innover. En allant ainsi à contre-courant, le groupe a peut-être perdu en spontanéité, mais il y a gagné en richesse et en ouverture d’esprit. Cet album est ainsi bourré de détails, et chaque écoute vous fera découvrir un petit truc. En outre, si la vitesse a disparu du registre des Mets, le côté heavy est encore plus présent qu’avant.

En ce qui concerne les chansons en elles-mêmes, l’album s’ouvre comme d’habitude par un morceau accrocheur et rapide, puis suit un ‘2×4‘ déroutant de prime abord, mais à la batterie originale et au solo long et complexe. ‘The House Jack Built‘, monstre de lourdeur, est passée inaperçue, mais elle représente un véritable défi pour Jaymz : les modulations de voix, la lourdeur extrême, associées à des paroles très complexes en font un des atouts majeurs de l’album. ‘King Nothing‘, et son intro ‘moustique’, est le morceau le plus ‘typé Metallica‘ de l’album : on y retrouve une rythmique simple et sublime, et sa structure ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de ‘Enter Sandman‘. James y est très vindicatif contre les petits groupes qui s’autoproclament rois d’un genre musical. Le message est passé… ‘Bleeding Me‘, ou le ‘One‘ moderne, nous montre un Metallica comme il n’a jamais été : mélodique, mystique, lourd et montant peu à peu en puissance. Un morceau absolument prodigieux, qui est d’ailleurs le préféré de Lars en live. Des morceaux comme ‘Cure‘ ou ‘Thorn Within‘ restent assez simplistes à côté des autres joyaux de l’album, mais ils possèdent de belles intros et sont globalement efficaces. ‘Mama Said‘, sorte de ‘Nothing Else Matters‘ dans un registre country, est sublime, sans une once de guitare saturée : James y parle de sa mère décédée lorsqu’il était encore un enfant. ‘Wasting My Hate‘ est la chanson défouloir de l’album : le leader du groupe y crache toute sa haine, dans un registre nouveau mais sans pour autant retrouver la fougue d’antan. Notez par ailleurs qu’il s’agit du premier titre du groupe sans solo… Deux morceaux assez bluesy sont également présents sur la galette : ‘Poor Twisted Me‘ rappelle fortement AC/DC (en moins bon, soyons honnêtes), alors que ‘Ronnie‘ traite d’un massacre perpétré dans une école par un gamin justement dénommé Ronnie. L’album se clôt par ‘The Outlaw Torn‘, morceau d’anthologie s’il en est dans la carrière des ‘cavaliers’ : 10 minutes de pur bonheur, avec à la clé un solo intermédiaire de Kirk sorti de nulle part, une basse fortement mise en avant, et un solo final interminable de ‘Head Banging Hetfield‘.

Alors que penser de cet album ? Doit-on condamner son côté plus accessible et moins torturé, ou saluer le courage d’un groupe ayant déjà tout prouvé ? Metallica a vieilli, et a éprouvé le besoin de se remettre en question, d’explorer de nouveaux genres. Bref de mûrir. Le rythme est certes plus posé, mais la hargne du groupe s’exprime autrement, via notamment des paroles d’une complexité rare (James aborde de nombreux sujets très personnels via des métaphores). Cet album, très difficile à accepter pour un ‘die hard fan’ des débuts, nécessite des dizaines (des centaines) d’écoute pour être apprécié comme il se doit. Donnez-lui sa chance, et ne vous limitez pas aux mauvaises critiques, au nouveau look des Horsemen ou encore à la pochette tendancieuse. Car on sait désormais que ‘Load‘ n’a pas été une finalité pour Metallica (cf. ‘St. Anger‘), mais qu’il lui a permis de créer une musique honnête, sans se forcer à répéter des schémas 100 fois éculés. Les années lui rendront la valeur qu’il mérite. De mon côté, je lui accorde la note maximale. Non pas pour relancer la polémique, mais tout simplement car des albums aussi riches, c’est rare, extrêmement rare…