Depuis leur démo révélatrice il y a quelques années déjà qui avait impressionné tout le monde, Kerplunk s’est forgé une renommée scénique béton pour enfin aujourd’hui nous offrir le fruit de leur maturité, un premier album : ‘Brotherhood‘.

Malgré ce parcours plutôt classique, cette formation est une sorte d’ovni sur la scène métal française à cause ou plutôt grâce à leur style très particulier. Et là c’est vraiment très difficile à décrire, il faut écouter pour le croire. On ne peut pas s’empêcher de sourire lorsqu’on entend pour la première fois la voix d’Etienne, le chanteur : celle-ci pourrait facilement être comparée à celle d’un petit lutin mécontent ayant oublié de muer (NDA: Pfiou, méchant ça!). Au début on peut croire à une blague, qu’il va reprendre sa voix normale d’un moment à l’autre, mais non, il persiste tout au long de l’album et débite ses lyrics contestataires avec un flow très inspiré du ‘gros’ son US à la Papa Roach ou Linkin Park (ce qui n’est pas, du moins dans ce cas précis, une insulte infâme). Il lui arrive à lui aussi, à de (trop) rares moments, de casser un peu sa voix souvent outrancièrement claire.

Malheureusement on a parfois l’impression de tomber juste dans une sorte de diction un peu passive et très aigüe. D’un autre côté, la performance mérite un certain respect surtout lorsque la voix monte dans des notes assez impressionnantes toujours bien dans la tonalité où il faut, ce qui arrive relativement fréquemment, pour redonner le dynamisme qui vient tout de même souvent à manquer, laissant place à une monotonie vite lassante. Alors soit on aime, soit on déteste, mais ce qui est certain c’est que ça ne laissera personne indifférent. De nombreuses écoutes sont donc nécessaires pour apprécier pleinement ce style, d’autant plus que la voix est accompagnée d’une musique entre hardcore et néo mélodique, créant un contraste plutôt agréable. Les fonds sonores électros légers comme il faut sont omniprésents et se fondent parfaitement dans leur environnement en allégeant de gros riff bourrins (‘Flashback‘) ou en donnant un côté plus aérien aux mélodies (‘A New Step‘), le tout étant imprégné d’une touche un peu underground ‘bad boys’ très communautaire propre au métal français. Néanmoins, malgré tout ces aspects très intéressants, au bout du compte on reste un peu sur sa faim. Kerplunk ayant depuis ses débuts très prometteurs bénéficié d’une couverture médiatique assez importante, on s’attendait, pour un premier album à quelque chose de plus ‘énorme’. Malheureusement, peut-être à cause des trop grandes ressemblances flagrantes entre tous les titres, ou encore des lyrics très creuses et tournant en rond (excepté le très beau ‘Lobotomie Sporting Club‘ de Thiéfaine) à cause d’un vocabulaire anglais assez limité nécessitant l’intrusion d’un ‘Fuck‘, ‘bitch‘ ou ‘shit‘ tous les 2 mots, l’album n’a pas l’effet ‘grosse claque’ attendu.

Beaucoup de bons points, donc, mais aussi certains mauvais avec au final un équilibre très fragile entre les 2 : il ne reste plus à chacun qu’à se faire son opinion. On tient peut-être là le renouveau du néo français, peut-être un autre groupe passager de plus à inscrire sur la liste des pseudos révélations, tout reste à voir, mais la frontière est ici, comme dans la plupart des cas, très mince.