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Ca y est, ils l’ont fait : le label indé Recall lance son propre festival avec une programmation plus qu’alléchante étalée sur quatre dates. Ca faisait 7 ans que le label s’efforçait d’aller à contre courant. 7 années de découvertes et d’énormes coup de coeur, à raison. Et pour fêter ça, en vrac: The Servant, Hawksley Workman, I AM X , Elista, Les Yeuw Noirs, The Robots In Disguise, Serena Ryder, Terranova, Grand National, The AM, etc… Ce sont aussi 4 soirées aux ambiances différentes : pop / electro punk, electro, pop rock unplugged, rock français. Il n’y avait que le choix. C’est donc aux soirées Anglaises (pop-électro) et soirée unplugged que votre serviteur (entendre moi) décide de se déplacer…

Jeudi 25 Novembre 2004 – Soirée UK
… et nous voilà à l’Elysée Montmartre étrangement décoré de publicités pour l’I-Mode de Bouygues. On voit pas trop le rapport, mais après un rapide coup d’oeil sur les affiches du festival, on se rend compte qu’il s’agit en fait du Festival Recall i-Mode. On voit toujours pas le rapport, mais à vrai dire, on s’en tape complètement. Ce que veut voir la foule déjà nombreuse, ce sont surtout The Servant en tête d’affiche. En attendant, deux demoiselles fringuées par un Jean-Paul Gaultier sous hallucinogènes débarquent et hurlent dans tous les sens. Les Robots In Disguise entrent en scène et dès les 30 premières secondes on sait à quoi s’attendre : deux filles complètement barrées hurlant, chantant et dansant sur une musique electro-punk.
Leur tout nouveau répertoire issu de “Get RID” est largement mis en avant sans omettre quelques titres phares de leur premier effort éponyme. Mais leur impopularité ne les empêchera pas de faire danser les quelques fans au son de l’ultra motivant “DJ’s Got A Gun” ou encore de s’éclater à retranscrire (parfaitement) “Argument“, dispute musicale où Sue et Denim s’insultent à tout va, se frappent, se balancent des trucs dans tous les sens, le tout, dans une bonne humeur communicative : le spectacle n’est plus qu’audio mais visuel. L’impression qu’il s’agit d’un concert fait entre deux amies pour ces deux mêmes amies s’installe au fur et à mesure, sans que le public soit mis de côté. Entre quelques gorgées de champagnes avalées, les Robots cassent des “string“, gag récurrent lors d’un concert mais tellement plus amusant lorsque c’est une guitariste qui le dit (oui, ok, d’accord, c’est puérile, mais on aime), chantent dans un français hasardeux (“La Nuit“) ou reprennent “You Really Got Me” qui réveille les spectateurs tombés dans une sorte de coma d’étonnement. Etonnantes aussi leurs chorégraphies robotiques dignes d’un “girls powah” des Spice Girls. Mais plutôt que de tomber dans le cliché des girls band, les Robots In Disguise continuent de jouer sur le côté punk musical et continuent de se rouler à terre. Et nous, de sourire, bêtement, de sauter, et pour les plus courageux face à l’immense masse interne que sont les gens venus voir The Servant, de balancer ses bras un peu dans tous les sens à la DIY

… jusqu’à ce qu’entre en scène Chris Corner. Le charismatique (doux pléonasme) leader de Sneaker Pimps se lance dans sa première représentation en France sous le nom de “I AM X“. Look “artiste bobo“, bouteille de vin à la main, masque délibéremment libertain porté par la voix féminine qui se trouve être Sue Denim, aussi petite amie de Chris (oui, on se rendra rapidement compte que chez Recall, c’est avant tout une histoire de potes et potesses), écran géant diffusant différentes vidéos dont une dérangeante avec un doigt tripotant un oeil. Seul un lecteur de Technikart pouvait trembler d’émoi à la vision de tout ça (non, je n’en suis pas, enfin j’essaie). La musique n’a pas commencé qu’on est déjà en plein dedans… Mais pas de bol pour nous, les The Robots In Disguise ont pêté les amplis avec leurs voix aiguës. Résultat : les premières chansons, entre trip hop et electro glam, d’I AM X sont légèrement (doux pléonasme) douloureuses… Tant pis, on se contentera d’une voix grésillante posées sur des pistes instrumentales accrocheuses. Et passé ce léger problème technique, I AM X dégage quelque chose. Quelque chose de différent que l’on pouvait avoir avec Sneaker Pimps : une envie de cul, de sexe, de rapports coïtals. Car oui, dans I AM X, il y a X. Des rapports sensuels entre chacun des musiciens, entre chaque spectateurs. Et en fin de compte, on se met tous à vibrer sur les basses de “Sailor“, à se balancer sur la mélodie binaire de “Naked But Safe“. La grâce de Chris fait effet, ou peut-être est-ce dû aux gouttes de vin rouge balancée sur la foule qui montent à la tête. Quoiqu’il en soit, le groupe réussit à réunir toute la foule dans la fosse qui étaient alors majoritairement présent pour The Servant. Après “Sick“, une petite reprise de Sneaker Pimps (comme dit le proverbe, chassez le naturel et il revient à grand pas), I AM X finit son set sans avoir oublié “Kiss & Swallow” leur premier single pour ensuite être raccompagné par les Robots In Disguise dont les piles Duracell sont décidément éternelles ou rechargeables, c’est à voir.

Soudain, c’est la crise. L’hystérie. En exagérant à peine, une foule de gens, au moins un million, se jète dans la fosse, s’écrasant sur elle-même et laissant derrière elle un amas de corps amorphes et immobiles. Bon, certes, il y a peut-être un tout petit peu d’exagération, mais c’est tout comme : The Servant vient tout simplement d’entrer sur scène. Mais pas de bol, il se fait déjà tard pour les jeunes travailleurs exploités comme moi et l’heure est venue de repartir ratant la tête d’affiche. Pas grave, chuis pas vraiment fan.

Mardi 30 Novembre 2004 – Soirée Grand Nord Acoustique (US)
Quatrième et dernière date du festival qui se déroule cette fois au sublime Cabaret Sauvage. Sublime car sous ses airs de vieux café d’autoroute protégé par une simple bâche se cache une salle chaleureuse couverte par un chapiteau. A l’intérieur, on y mange, on y boit tout en regardant le spectacle, comme dans un cabaret. Et à l’intérieur, c’est encore un petit public qui s’amasse autour d’un type que personne ne semble connaître. Seul avec sa guitare, il enchaîne ses chansons et cultive une relation public / artiste comme seuls les grands songwriters arrivent à le faire. Un air faussement timide, souriant, le bonhomme joue avec tant d’aisance qu’on se dit qu’il est impossible qu’il n’ait pas baigné là-dedans tout petit. Bonne pioche : Chris Stills est le fils de Véronique Sanson. Bon, forcément, quand on est pas particulièrement fan de la dame, apprendre ça ne fait pas grand chose, c’est pour cela qu’il est toujours mieux de découvrir le fils sans connaître son passé familial. Alors il ne reste plus qu’à écouter sans supputer sur sa vie. Et écouter son son pop rock acoustique teinté de sonorités folks devient un plaisir. On est loin des ambiances reposées de Tom Mc Rae ou à des milles des performances vocales de Damien Rice, Chris préférant une musique plus légère, et forcément, plus apte à charmer facilement. Le bonhomme part déjà sans qu’on ait réellement eu l’occasion de savoir ce qu’il valait vraiment, mais on attendra en mars prochain la sortie de son nouvel album.

C’est au tour de Serena Ryder d’entrer dans la salle. Découverte par Hawksley Workman (… une histoire de potes et potesses hein), la demoiselle est rapidement comparée à Aretha Franklin, Janis Joplin. Et soudain, c’est le choc. Une sorte d’explosion vocale nous bouscule tous en arrière : la demoiselle à peine âgée de 21 ans a du coffre. “At Last” fait figure d’introduction, sorte de rentre dedans qui capte très rapidement l’attention de tout le monde, y compris des vigiles étonnés de voir et d’entendre une telle voix… Bon, il faut bien l’avouer : je n’ai pas accroché à son premier album, “Unlikely Emergency” sorti en juin dernier. Mais pour l’occasion, la voir sur scène est autre chose. Largement influencée par Tracy Chapman, le concert a des allures de showcases convivial au coin du feu. Grâce à Serena et ses éclairages rougeâtres tous droit sorti d’un MTV Unplugged, le Cabaret semble rayonner sur sa musique, sorte de croisement entre country, folk, jazz. Et la demoiselle se veut aussi extrêmement causante, au point d’apprendre le français avec le public et reprendre le refrain de “Just Another Day” en français. On salut l’effort et on salut aussi la demoiselle à la fin de sa performance qui en laissera pas mal sur le cul. Voilà, ça c’est dit.

Mais à défaut d’être sur le cul, The AM semble avoir la tête dans le cul. Accoutrés comme des cow-boys, les 3 membres du groupe (amputé d’un batteur puisque session acoustique oblige) investissent la scène. Encore endormi ou en tout cas l’air désespéré, le leader s’exclame être trop pauvre pour être obligé d’emprunter la guitare de Chris Stills. Venant d’un groupe dont deux des membres officiaient en tant qu’instrumentalistes de Jeff Buckley, on se demande où va le monde. Mais non, on se demande où va le groupe comme ça : prometteurs avec leur premier album (chroniqué ici), le trio joue en enchaînant chansons sur chansons, sans transitions, sans conviction avec un son tout simplement immonde. On est pas mal dégoûtés et eux aussi, mais peut-être sont-ils encore sous le choc de leur ancien pote noyé, nous ne voyons pas d’autres explications. Pire : ce qui pouvait passer pour une bonne intention (jouer des morceaux non présents sur leur premier effort) devient très rapidement une très mauvaise idée. Personne ne connaît ou reconnaît aucun morceau, mis à part “If I Was The Sheriff” qui passe très mal en acoustique saturée ou “It’s Not For Me“. Il est triste de voir la salle se vider peu à peu alors que The AM aurait très bien pu attirer les foules. Dommage aussi de voir que “Colors Are Beginning To Deepend“, à l’origine acoustique ne convainc pas plus, victime des autres chansons bâclées. Alors le concert se finit déjà avec peut-être une certaine joie mais surtout l’idée qu’écouter à nouveau leur album risquerait de rappeler de mauvais souvenirs.

Et enfin… enfin… la tête d’affiche, monsieur Hawksley Worman, qui s’apprête à chauffer la salle. Hawksley qui m’aurait certainement charmé et rendu vert de jalousie Bat si ma non-vie-active ne m’appelait. Mais contrairement à The Servant, c’est la tête basse que je quitte la salle.

Voilà, le premier Festival Recall se finit. Et malgré le fait d’avoir pu profité que de deux des quatres dates prévues et de manière incomplète, le label reste une des valeurs sûres de l’indé, n’hésitant pas à mettre en avant des groupes qui se seraient autrement limité à un public d’initiés. Vivement les 14 ans du label qu’ils refassent un festival du genre, ou alors vivement l’an prochain. Ouais, plutôt.