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Seul avec le batteur pour commencer, Protomartyr nous a parlé de leur nouvel album, de leur amour récent pour le Maroilles, des problèmes de toilettes sur la route et de leurs potes Metz avec qui ils partagent souvent des dates.

Vous avez joué à la Péniche à Lille récemment, comment c’était ?
Alex (batteur) : C’était cool, le proprio de la salle nous a fait faire un tour ! On a bu pas mal de bières belges et on a aussi gouté un fromage excellent. Salé, blanc, servi avec du poulet…

Du Maroilles ! Tu sais que la blague en France, c’est que dans le nord on mange ce fromage aussi au petit-déj en le trempant dans notre café. C’est faux. (Greg, le guitariste se pointe.) Bref, Félicitations pour Agent Intellect, c’est un album incroyable. Au vu des critiques élogieuses, je ne pense pas être le seul à penser que c’est le meilleur de l’année, malgré une cuvée ultra riche. Comment avez-vous reçu cet accueil si chaleureux ?
Greg (guitariste) : C’est sympa mais je n’y porte pas vraiment attention. Je suis assez sceptique par rapport aux critiques d’albums. Du moment qu’ils trouvent une manière dont ils veulent présenter l’album et que ça permet d’avoir de nouvelles personnes qui nous écoutent, tant mieux. Mais il arrive régulièrement qu’un très bon album se prenne une crampe de la part d’un gros site ou d’un blog influent, ce qui fait que je n’y fais pas gaffe. Perso, j’aime l’album. Je ne pense pas que ça changera ma perception d’avoir des reviews bonnes ou mauvaises. Bien sûr, ça aide à gagner des auditeurs et je suis content de savoir que des gens aiment ce qu’on fait mais ce n’est vraiment pas un de mes objectifs. C’est assez bizarre au final. Ce site t’a filé 5 étoiles, ok. Mais ça ne veut pas dire que tel rédacteur en particulier t’as apprécié. J’ai du respect pour certaines plumes de magazines ou de sites mais moins pour leurs entités.

Et est-ce que vous sentez une différence dans l’accueil entre la sortie de votre précédent album et celui-ci ?
G : A peu près pareil. Sauf que le précédent, c’était vraiment nouveau parce que c’était la première vraie sortie qu’on avait et donc aussi la première fois qu’on avait des critiques sur le net.

Pour revenir sur No Passion, All Technique, votre son y était plus abrupt. Même si on retrouve évidemment le corps de ce que vous faites encore aujourd’hui. Est-ce que vous avez voulu cette évolution ou elle est venue naturellement ?
G : A l’époque du premier disque, on ne savait pas encore ce qu’enregistrer un disque représentait et impliquait. Ce qui explique l’aspect très brut du disque. A part deux chansons, nous n’avions jamais rien enregistré. Il y a d’ailleurs quelques erreurs restées sur l’enregistrement final mais c’est aussi pour ça que je l’apprécie, parce que ça fonctionne avec ses chansons. C’est vraiment un disque où le son est lié au contexte dans lequel il a été fait.

Je pense que c’est arrivé naturellement mais le but avec le dernier album était d’y apporter plus de temps, plus d’expérience et de sortir quelque chose de plus abouti. Plus de guitares, plus de variations, plus de temps en studio… On commence à connaître le son qu’on souhaite avoir. Et du coup avoir un son proche du nôtre certes, mais meilleur. Les changements viennent aussi du producteur ayant travaillé avec nous cette fois. Il ne nous imposait pas ses choix mais nous aiguillait sur des choses comme essayer de jouer avec une autre guitare par exemple. Parfois un groupe peut bosser avec un producteur qui ne connaît pas vraiment ce que tu fais et ça fout en l’air le disque. Ici, il a vraiment été très bon car il nous a permis d’un son plus agressif, plus « rock », tout en respectant ce qu’on est.

Aussi comme j’ai maintenant mon propre ampli de guitare, bien que je ne sache pas encore tout à fait m’en servir, ça me permet de faire d’avoir d’autres sons. (rires)

Joe, je suis curieux d’apprendre comment tu as commencé à chanter. Tu as répété dans les interviews que tu ne considérais pas comme un chanteur et que tu ne faisais que « mettre de la merde » sur la musique du groupe. Comment t’as démarré : par la voix direct ou un instrument ?
Joe (chant) : Pas d’instruments. Je me rappelle avoir essayé vainement de jouer de la guitare mais c’est resté sans suite. Pour le chant, je connaissais juste deux mecs qui avaient une guitare et une batterie. Et on était assez bourrés pour qu’ils me laissent chanter. Pour autant, cela n’a pas duré non plus car je ne me suis pas lancé dans de grands projets. Ensuite, un de mes potes m’a laissé tourner en tant que roadie. J’ai été sûrement l’un des pires roadies de la Terre car je n’ai jamais touché de matos. Par contre, je voyais du coup comment il branchait leurs trucs et comment ça se déroulait. Bref, j’ai continué à vivotait jusqu’à ce que j’ai eu la chance de mettre de la merde sur la musique de Protomartyr. (rires)

Heureux hasard donc. La question suivante est débile mais je peux pas m’empêcher de la poser : quel est l’origine du nom Protomartyr ?
J: J’ai toujours eu ce nom dans un coin de ma tête pour un potentiel nom de groupe. Les autres jouaient dans un groupe qui s’appelait Butt Babies, Protomartyr sonnait un peu plus sérieux et donc approprié à ce qu’on allait faire. Puis pour eux ça allait leur permettre de dire le nom du groupe dans lequel ils jouent à leur grand-mère sans être honteux. (rires) On en avait d’autres comme Idiot Manchild, qui est assez débile aussi. Protomartyr, c’était aussi pour avoir le mot « proto » qui est beaucoup utilisé pour décrire une musique assez expérimentale donc ça nous paraissait intéressant. Mais au-delà de ça, ça sonnait cool.

J’écoutais votre podcast avec Pitchfork la semaine dernière et j’ai été surpris par votre attitude. Comme vous le dites, votre musique est assez sérieuse et du coup vous passez pour des mecs assez taciturnes alors que ce n’est pas le cas. Qu’en pensez-vous ?
J: Si on se marre, c’est de la faute de Scott (le bassiste). Si les gens pensent que notre musique peut être déprimante, elle l’est. Après, je ne pense pas que les artistes font forcément une musique qui leur ressemble et leurs personnalités.

Greg : je ne suis pas d’accord. Je ne pense pas que notre musique soit dépressive. Il y a un certain sens de l’humour, on s’éclate à la jouer, ce n’est pas pour frimer, ni une posture. C’est difficile de savoir comment et pourquoi les gens peuvent percevoir notre musique d’une manière et en déduire nos personnalités mais c’est ce qui est certain, c’est qu’elle représente ce qu’on est et qu’on ne peut pas écrire ou sonner autrement. Mais nous n’avons pas l’intention d’écrire des chansons tristes, bizarres ou autre…

Question plus légère : j’ai lu qu’un de vos gros problèmes en tournée, c’était les chiottes. Hélas ici, vous êtes tombé sur les pires que j’ai pu voir dans une salle de concert. A vous rappeler Trainspotting…
J : Hélas, on a déjà pu s’en rendre compte. Je pensais qu’ici en coulisses, on aurait le droit à des toilettes de meilleure qualité mais c’est la même histoire. (rires)

A : A New-York, t’as des salles où c’est improbable : pas de portes, pas de cuvettes, pas d’eau potable. C’est toujours un défi !

Au moins, on est tous logés à la même enseigne ! On vous demande souvent vos influences mais rarement ce que vous écoutez sur la route ? Quels disques tournent en ce moment ?
J : Pas grand-chose, à part les groupes avec lesquels on joue en première partie. Ce qui fait que j’ai découvert Shake Shake Bolino, que j’aime beaucoup. Mais c’est le silence qu’on écoute beaucoup ces derniers temps, même si on ne l’aime pas trop à la base.

G : On écoute aussi pas mal de podcasts par l’intermédiaire de Scott. J’essaie quand même d’écouter du son régulièrement parce que sinon tu te retrouves à écouter seulement ta propre musique, ce qui peut être assez répétitif.

Vos pochettes sont toutes assez intrigantes. D’où vient la dernière ?
La pochette de l’album précédent est un chien, je l’avais utilisé pour le poster d’un concert. Concert qui n’était pas génial mais j’aimais la photo donc je voulais la réutiliser. Pour Agent Intellect, c’est une statue appelée « The Spirit of Detroit », j’ai gardé le cadrage que j’avais pris pour le chien histoire de garder une unité visuelle entre ces deux albums.

Quelle est l’anecdote qui est pu vous arriver avec un autre musicien que vous avez pu croiser sur la route ? Ou la dernière chose à vous avoir fait marrer ?
J : Happy Birthday Eric nous fait beaucoup rire en ce moment. En fait, Scott a un pote dont c’était l’anniversaire récemment. Il a eu l’idée de se filmer en train de lui souhaiter bon anniversaire juste en disant « Happy Birthday Eric ! » Ca a commencé quand on était au Danemark et on a ensuite demandé à des mecs du public à chacun de nos concerts de dire ce qu’il voulait devant la caméra. Par exemple, un gars avant de parler nous a demandé si Eric avait un surnom et ce n’est pas le cas. Ce qui a donné : « Happy Birthday Shitty Eric ! ». Ensuite, on lui a mis ça sur son Facebook.

G : Aussi à Copenhague, on a eu l’occasion d’avoir une visite assez intéressante par un local. A un moment, je demande à notre guide comment les gens arrivent à vivre ici parce que le quartier qu’il nous montrait était assez dur. Il me répond avec une voix grave : You have to fuck your way in ! Depuis, c’est devenu un running gag.

Je vous ai vus l’an dernier pendant la Route du Rock et j’avais vraiment adoré votre show. Je suis donc très content de vous revoir ce soir et de savoir que ça a été maintenu malgré les événements de vendredi dernier. Je voulais en profiter pour vous dire que vous êtes l’un des groupes actuels les plus différents et que j’ai hâte de vous entendre.
G : Merci beaucoup. On ne voulait pas annuler, on était prêts à jouer mais on voulait être sûrs que tout le monde était d’accord : le promoteur et la salle. Comme c’est le cas, on est vraiment très heureux aussi de pouvoir jouer ici.

On vous entend déjà parler de la suite puisque l’album a été enregistré il y a 8 mois. Est ce que vous avez envie de raccourcir les délais des process pour que vous puissiez en sortir deux par an si jamais vous souhaitez ?
J : Ce serait super de pouvoir en sortir un par an. Mais je ne pense pas que ce sera possible parce qu’on va tourner intensivement l’année prochaine. On a besoin de temps pour écrire, on n’arrive pas à écrire sur la route. C’est sûr qu’il n’y aura pas de nouveau disque l’année prochaine.

G : On va aussi arrêter nos jobs pour pouvoir se vouer pleinement au groupe et aux concerts donc on entre dans une phase très excitante avec une bonne centaine de shows prévus. Peut-être qu’on arrivera à sortir un EP, tellement on sera désespérés de toujours jouer les mêmes morceaux. (rires)

Ca me rappelle une discussion que j’ai eu Metz l’an passé à la RDR où ils me disaient que leur rythme de tournée était complètement taré avec plus de 200 shows en un an.
G : Leur album est sorti en 2012 et à l’été 2014, ils tournaient encore ! Ils ne sont juste jamais arrêtés. Maintenant, c’est des potes et on est hallucinés de les voir toujours s’entendre si bien. T’imagines qu’ils ont partagés nettement plus de temps ensemble à 3, qu’avec leurs femmes. En plus, leurs sets sont tellement intenses. Rien qu’en les regardant sur scène sauter dans tous les sens, je suis crevé. (rires)

Après avoir signé mon coup de coeur de l’année et une rencontre très sympatoche, Protomartyr a continué son parcours sans fautes avec un concert généreux muni de deux rappels. On attend avec impatience leur retour puisqu’une tournée européenne est déjà prévu en mars 2016.