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C’est en milieu d’un bel après midi ensoleillé lillois, derrière le Splendid, que votre serviteur réussit, après avoir demandé à une demi-douzaine de personnes, à rentrer en contact avec Doug, le manager de Fear Factory, que personne n’arrivait à trouver (chose d’ailleurs assez surprenante au vu de la dégaine et la carrure du bestiau…). Originellement parti pour interviewer le frontman du groupe, Burton C. Bell, on me dit que ce dernier préfère économiser sa voix qu’il a fragile en ce moment. C’est donc Christian, originaire de notre voisine Belgique, ex-bassiste, propulsé à la guitare depuis le départ de Dino Cazares, qui se coltinera l’interview, scotché sur son ordinateur portable à surfer sur le net… Si je dérange…

Peut-on parler tout d’abord de votre dernier album, « Transgression » ? Vous l’avez sorti en 2005 or votre précédent album, « Archetype », était sorti en 2004, plutôt court comme laps de temps ?
Ouais, ça s’est fait assez rapidement, tu vois.

Comment ça se fait ?
Ben, parce qu’on ne voulait pas laisser retomber la pression, on voulait ressortir un album aussi vite que possible, mais on aurait quand même voulu passer plus de temps sur celui-là, c’est vrai qu’on ne s’est pas trop attardé dessus parce que le label nous a poussé à le sortir au plus tôt. J’aurais aimé qu’on passe plus de temps sur la pré-production, mais ça n’a pas vraiment été le cas, tu vois. La prochaine fois on prendra plus notre temps pour le suivant.

Et vous envisagez ça vers quand ?
Peut-être en 2008, quelque chose comme ça…

OK, pour revenir au dernier en date, comment s’est passé l’enregistrement de l’album ?
Toby Wright (Alice In Chains, Korn, …) l’a produit et mixé, et c’était complètement différent pour nous par rapport à tout ce qu’on a pu faire par le passé, mais c’était plutôt cool comme expérience. Tous les producteurs ont un avis différent sur comment doit sonner un album, donc là, c’était plus son interprétation, sa vision à lui du truc. Tu vois, ça a donné ça, c’était une expérimentation et on a expérimenté avec lui.

Vous aviez choisi de travailler avec lui ou bien…
Non, on l’a pas vraiment choisi, ça a été plutôt genre on s’est rencontré par hasard et il nous a dit « Hey, j’aimerais bien vous produire un album ! », du coup nous on lui a dit « Ca marche ! »

Par contre sur « Archetype », vous vous étiez chargé vous même de la production, pourquoi ?
Et bien parce qu’on avait le sentiment de ne pas avoir besoin d’un producteur, d’ailleurs ça a été un peu pareil pour le dernier album, sauf que c’est juste tombé comme ça, un peu par hasard, et on a laissé les choses se faire d’elles même et pris la chance de travailler avec un mec comme lui, on était un peu curieux aussi…

A ton sens, qu’a-t-il apporté à l’album ?
Tu peux l’entendre par toi-même ! Chacun a des goûts différents sur comment doit sonner la musique, c’était donc sa vision au final.

Et tu es content du résultat ?
Non, pas vraiment, parce qu’on aurait pu passer plus de temps dessus, tout finaliser un peu mieux. Je trouve qu’on a un peu bâclé le travail, c’est dommage quoi, c’est une bonne leçon pour la prochaine fois, on fera plus gaffe.

Qu’en est-il à présent de ton rôle dans le groupe ? Tu as troqué ta basse pour la guitare, peux-tu nous parler de ce changement ?
Burton (C. Bell) et Raymond (Herrera) ont décidé que c’était probablement plus facile pour moi de passer à la guitare que de trouver un nouveau guitariste.

Ce n’était pas complètement ta décision alors ?
Oui bien sûr que c’était ma décision aussi ; c’est juste qu’ils ont pensé que ça serait préférable que je joue de la guitare plutôt que de chercher un autre guitariste.

Comment s’est passé le processus d’écriture de l’album ?
On a conçu l’album à peu près de la même manière que pour « Archetype », juste Raymond et moi en studio ou ailleurs, on a écrit les chansons ensemble, rien de différent par rapport à la manière dont on a écrit « Archetype ». La prochaine fois, on fera ça un peu différemment en consacrant plus de temps à l’écriture.

Depuis le départ de Dino, c’est donc vous deux qui vous chargez d’écrire la musique, et Burton les paroles comme d’habitude, ce n’est pas trop compliqué de fonctionner comme ça ?
En fait ça a été plus facile, carrément plus facile (sourire). C’était beaucoup plus facile de se mettre d’accord sur certaines décisions que quand il y a trop de cuistots dans la cuisine…. (sourire) On sait ce qu’on veut, on sait comment on veut sonner, on expérimente juste sur de nouvelles chansons et on se décide sur ce que ça donne à la fin.

Quel est le thème ou l’histoire dans « Transgression » ?
En fait, chaque chanson explique un certain type de transgression, un acte de violence, les paroles viennent de Burton, chaque chanson vient de lui, c’est vraiment sa vision, son interprétation ; mais bon, ouais c’est ça, chaque chanson est l’explication d’une transgression, par exemple, « 540,000° Fahrenheit » décrit l’explosion d’une bombe atomique, donc chaque chanson est un peu comme un cliché se rapportant au thème de la transgression.

Ça t’intéresserait un jour de prendre part à l’écriture des paroles ?
Non, moi, j’écris pas de paroles. Burton, c’est son boulot à lui (sourire), moi, j’ai le mien. C’est lui le chanteur, c’est lui qui écrit les paroles.

Comment Byron (Stroud, le nouveau bassiste attitré du groupe) a rejoint le groupe ?
Je l’ai juste appelé, c’est un ami de longue date du groupe, c’était donc facile pour nous de l’appeler pour savoir s’il était intéressé de jouer avec nous, d’ailleurs j’avais le sentiment que ça le brancherait. C’était donc une audition facile, en plus c’est un mec bien, un bon bassiste, il s’intègre parfaitement dans le groupe.

Penses-tu qu’un jour il s’impliquera dans l’écriture avec vous ?
En fait, c’est plus un problème d’emploi du temps, il tourne avec nous mais il n’a jamais pu être là lors de la conception de l’album.

Comment écrivez-vous vos albums, vous faites ça en tournée ou vous attendez d’être chez vous ?
On écrit sur la route, en fait, on compose n’importe où c’est possible de jouer. On se retrouve avec Raymond et c’est parti ! On compose l’album comme ça en jammant à deux.

Peut-on revenir sur le moment où le groupe a splitté ? Burton est parti mais que s’est-il passé ensuite ?
Oui, Burton a quitté le groupe donc on a splitté, mais on était encore en contrat avec Roadrunner, on a dû se remettre ensemble et finir un autre disque.

Il s’agissait des Hatefiles ? (album de remixes et d’inédits sorti en 2003 après le split du groupe)j
Non, non, il s’agissait d’Archetype.

Je suppose donc que ça a dû vous plaire de vous retrouver ensemble pour Archetype puisque maintenant vous avez Transgression…
Ouais on s’est bien marré à faire « Archetype », c’est pour ça qu’on a fini les démos qu’on faisait pour Roadrunner, on a fait l’album puis on a cherché un autre label.

Vous n’êtes plus chez Roadrunner ?
Seulement en Europe, et encore, on n’est plus sur le label, on a juste la licence.

Vous avez deux reprises sur cet album, peux-tu nous en parler ?
La maison de disque voulait qu’on mette la reprise de U2 sur l’album, il nous ont un peu poussé à la mettre parce qu’il pensait que c’était une super chanson. Par contre, la reprise de Killing Joke était une autre chanson que l’on voulait vraiment mettre, nous, sur l’album. On voulait aussi vraiment faire la reprise de U2 mais on ne pensait pas la mettre sur l’album. C’est un peu merdique comme situation, mais bon comme ils sont prêts a investir de l’argent sur nous… Les maisons de disques, quoi…

Vous avez également collaboré à des musiques de jeux vidéos comme « Descent » ou « Messiah », vous avez d’autres projets ?
On participe toujours à ce genre de trucs, pour les jeux vidéos, les films, même des pubs, on a même eu une de nos chansons pour une pub du Superbowl, ce sont de bons moyens pour se faire connaître.

Et vous avez un projet en préparation par rapport à tout cela ?
Oh, tu sais, il y a toujours un truc comme ça en cours (sourire). Je peux pas te dire précisément, mais il y a toujours des choses en préparation.

Il y a pas mal d’éléments de science-fiction dans vos chansons, vous seriez intéressés par l’écriture de scripts pour le cinéma ?
Bien sûr mais ça coûte très cher de faire un film, et il faut tomber sur les bonnes personnes pour le faire.

Et vous avez des idées concrètes pour ça ?
Oui, Burton a écrit un scénario, pour « Obsolete », dans le livret, il y a un scénario.

Oui, d’ailleurs presque chacun de vos albums a son propre scénario…
Oui, c’est vrai, il y a toujours quelque chose. En tout cas, c’est sûr qu’on a assez d’éléments pour faire un film. Va savoir, un jour peut-être… si on trouve la bonne personne, mais bon, ça coûte tellement cher…

Sinon j’ai pu voir sur le DVD bonus d’Archetype, au fait, je trouve ça vraiment excellent d’incorporer vos « home videos » dans vos albums…
Ouais, j’aime bien ça aussi, pouvoir regarder un DVD sur un groupe, et puis ça permet aux fans de pouvoir regarder un truc, et en le regardant ils peuvent partager un peu l’intimité du groupe.

Je t’ai donc vu te faire tatouer en Australie, tu te rends toujours chez ce tatoueur ?
Ouais, toujours chez le même tatoueur, chaque fois que je vais en Australie je vais le voir.

Et tu te fais faire un nouveau tatouage à chaque fois ?
Ouais à chaque fois, j’aimerai bien voir fini tout ce que j’ai envie de faire.

Et quand est-ce que tu en auras fini ?
Ah, ça, j’en sais rien ! (sourire)

Vous allez tourner en Australie ?
Je pense oui, en fin d’année.

Ca veut donc dire un nouveau tatouage ?
Exactement !

Comment choisis-tu tes tatouages ?
Je m’intéresse uniquement aux dessins d’art japonais. J’ai trouvé que ce tatoueur en Australie qui en faisait de vraiment beaux, à chaque fois que j’y retourne, j’en profite !

Tu te fais faire tatouer ailleurs ?
Il n’y a que deux tatoueurs qui me tatouent, un en Australie donc, et un autre à Vancouver. Je n’ai jamais voulu me faire tatouer à L.A., je sais pas très bien pourquoi, mais c’est comme ça !

Que fais-tu pour t’occuper quand tu es en tournée à part vérifier tes mails ? (Christian sera resté accroché à son ordi tout au long de l’entretien)
Je reste juste assis à m’ennuyer. (sourire)

Tu aimes partir en tournée ?
Ouais, j’aime ça mais j’aime pas rester à m’ennuyer. Non, mais faire des tournées c’est fun, il faut juste trouver à s’occuper.

Tu es originaire de Belgique, donc tu es assez proche de ton pays natal, ça te fait quelque chose quand tu y reviens ?
Ouais c’est plutôt cool, en fait on était à Bruxelles hier, j’ai donc pu retrouver pas mal de famille et de potes. C’était vraiment sympa.

Je ne sais pas ce qu’a donné ce concert en Belgique mais il faut croire que cette région géographique de l’Europe réussit au groupe ! Le public lillois avait été admirablement chauffé par le death metal bien boosté de « Misery Index ». Sachant en plus que ça faisait sept ans, depuis 1999 pour « Obsolete », que le groupe n’était pas revenu à Lille, les ch’timis étaient sur le pied de guerre et je pense que le groupe a répondu à leurs attentes (à la mienne en tout cas !). Certes il est vrai qu’il faut un petit moment à Burton pour se chauffer la voix, mais tel un diesel, une fois qu’il est lancé, on ne l’arrête plus. Le groupe a réussi un bon dosage de tous leurs albums en passant de « 540,000° Farenheit » à « Slave Labor », « Linchpinch, Replica », « Shock », « Cyberwaste », « Edgecrusher », et même le bon vieux « Martyr » de « Soul Of A New Machine » ; bref tous les éléments étaient là pour un bon concert : track list bien trouvée, son béton, prestation puissante, contact et participation du public qui fait qu’on sent que les gars se prennent pas le chou et ont une base de fans très solide, le light show sombre et inquiétant, bref une bonne grosse claque !

Je tiens à remercier le label Roadrunner pour m’avoir permis ce reportage ainsi que le fan de toujours Thibo, qui m’aura bien épaulé pour cette interview.