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dEUS a un statut de groupe culte depuis près de 15 ans par son rôle de précurseur des scènes musicales belges mais aussi par son influence sur de nombreux groupes et pas des moindres (Radiohead, Muse, Michael Stipe …). Si j’ai un point commun avec Thom Yorke, c’est bien pour le culte que je voue à dEUS età celui qui se cache derrière ce groupe : Tom Barman. Bon ok, ils ont été nombreux à apporter leur pierre à l’édifice et pas des moindres, quel fan de dEUS ne regrette pas un peu dans un coin de sa tête le départ de Stef Kamil Calens ?
Mais voilà le rescapé Tom Barman, c’est celui qui peut enflammer une salle avec l’hymne de la Belgique (suds & soda), pondre la chanson pop parfaite (instant street), ou faire pleurer n’importe quel cœur de pierre avec une version acoustique de Right as rain. Il peut aussi remuer un dancefloor, sortir une compil de jazz incroyable, réaliser des clips étranges et même un film, pas mal pour un mec qui s’est fait virer de son école de cinéma pour avoir triché. Gros respect. C’est donc avec une bonne dose de pression et malheureusement sans écoute de leur nouvel album Vantage Point que je me suis rendue près du Panthéon pour cette interview. D’entrée, l’attachée de presse me balance « il est à toi ». Je vous laisse imaginer l’attachée de presse de Trent Reznor qui sort ça à Ross pour comprendre la répercussion de cette phrase sur moi. Ni une, ni deux, je prends mon papier, j’allume le dictaphone et c’est parti …

Pour commencer, je voudrais que l’on parle de l’album Vantage Point que je n’ai pas eu la chance d’écouter.
Tu n’as pas pu écouter l’album ?
Non, je ne l’ai malheureusement pas eu par ton label, tout a été très rapide en plus. J’ai cependant écouté les deux singles, The architect et Slow qui sont excellents et je voudrais que tu me présentes Vantage Point, comment pourrais-tu me le décrire ?
C’est un petit peu étrange de t’en parler si tu n’as pas pu l’écouter mais je dirais que c’est un album qu’on a fait pour jouer en live, il est donc assez direct. On sortait d’une longue tournée donc on était en plein dans cette énergie et on a commencé à écrire des morceaux immédiatement. On a essayé de ne pas écrire des morceaux trop calmes. C’est un album très compact et direct, il y a 10 morceaux, cela dure 47 minutes. On voulait avoir 5 faces A, 5 faces B, c’était l’idée de base. Les morceaux que tu as entendus, sont venus assez tardivement dans le processus, ils sont issus de jam.

En tout cas, je ne sais pas si les singles sont à l’image de l’album mais juste après les avoir entendus, je me suis replongée dans la discographie de dEUS et j’ai été frappée par l’évolution que vous avez eu car à la base vous aviez un son très marqué et on n’aurait jamais imaginé qu’un jour vous partiriez dans une direction comme celle de Pocket Revolution ou de Slow et The Architect avec leurs airs très sexy. Cependant on reconnaît très bien le « son » dEUS. Selon toi, à quoi tient le fil conducteur de dEUS ?
Je pense que c’est probablement ma voix et puis les nouveaux qui sont arrivés dans dEUS comme les derniers Mauro Pawlowski et Alan connaissaient déjà la maison, ils savaient où étaient les meubles, où appuyer pour avoir la lumière donc ce n’était pas complètement nouveau pour eux. Chaque personne qui entre dans dEUS cherche d’abord sa place puis se met à jouer dans une sorte de tradition de son et ensuite ils trouvent vraiment leur place et c’est là que ça devient très excitant. Les morceaux que tu as, ont un son d’Alan très puissant avec une basse et une batterie hautes dans le mix. Il y a toujours ce vent frais d’un côté et ma voix de l’autre. Sur cet album, j’ai écrit 50 % des morceaux et je pense que c’est la clé de la continuité.

dEUS a toujours connu des changements de line-up plus ou moins faciles et pour la première fois il n’y a pas eu de départs entre deux albums. Je suppose que cela a une influence sur l’enregistrement d’un album, selon toi l’impact a-t-il été important ?
Absolument, on sortait d’une grande tournée et il n’y avait aucun stress sur les gens qui allaient partir ou rester, pas de bagarre même si quand il y a 5 mecs dans la même pièce il y a toujours une tension palpable. Il y avait un « focus » que je n’avais pas vu depuis longtemps dans dEUS et l’énergie qu’on pouvait mettre à trouver des compromis ou à fixer des bagarres était maintenant dirigée sur la musique. Du coup on a fait tout cela rapidement, ça nous a pris 8 semaines d’enregistrement et 4 semaines de mix alors que pour Pocket revolution cela nous avait pris des mois. The ideal crash aussi avait duré 9 mois donc tu vois …
Oui et puis du coup vous vous perdez forcément moins sur les morceaux, c’est plus instinctif et ça doit jouer sur l’aspect direct dont tu parlais plus tôt.
Oui et puis sur les morceaux que tu as, j’espère qu’il y a une énergie assez light.

Carrément et est-ce toi qui a décidé de repartir immédiatement sur un nouvel album pour éviter d’ouvrir la porte à une longue période comme après The Ideal crash qui a été compliquée pour toi à gérer.
Non, tout le monde en avait envie. On était à la maison et puis quand tu rentres d’une tournée, tu as cette énergie qui te donne envie de jouer donc on a répété pas tous les jours mais 3 fois par semaine pendant quelques heures, on a rassemblé des idées et j’ai apporté quelques morceaux. En parallèle on a crée notre studio, en mai il était terminé et on a commencé à enregistrer.

J’ai lu dans un entretien que tu trouvais Vantage Point plus accessible que Pocket Revolution. Sur quels éléments base-tu cette analyse ?
J’ai dit ça ? J’ai dû dire plus ouvert, non ?
Peut-être, ça n’a pas été retranscrit comme cela en tout cas et c’est d’ailleurs ce qui m’a surpris car personnellement je n’ai pas considéré Pocket Revolution comme un album peu accessible.
Oui c’est pour ça que je doute avoir dit cela, je trouve que tous les disques de dEUS sont accessibles si tu es prêt à donner un peu de temps, c’est pas le genre de musique construite par des managers pour un marché mais ce n’est pas non plus une musique qui nécessite d’avoir fait des études soniques. Je trouve qu’on a toujours été accessibles mais parfois je me plante. Il m’arrive de croire qu’on a écrit la pop song parfaite et les gens me disent “oui après 20 écoutes, elle est cool » mais non, dEUS a toujours été accessible.
Oui c’est pour cela que j’étais étonnée.
Ça m’étonne aussi, c’est peut-être un journaliste qui comme souvent veut que tu confirmes son idée. Il a dû me demander ça 3 fois et j’ai dû finir par dire « oui peut-être qu’il est plus accessible » et il a ensuite mis ça à côté de mon nom.

Vous avez prévu une tournée des petites salles en avril et je me souviens qu’après une tournée que vous aviez fait dans des petites salles aux USA, tu avais dit que certaines de vos chansons comme Bad Timing étaient trop grandes pour le lieu.
Ah oui mais là c’était vraiment des touts petits bars, comme à San Francisco c’était si petit. C’était cool de voir que des morceaux étaient trop grands, on jouait et on se disait qu’il n’y avait pas assez d’espace, c’était amusant.
Donc tu penses que des salles du même type que le Trabendo ont une bonne dimension ?
Oui en plus on va sûrement faire le Zénith à la fin de l’année donc c’est sympa de démarrer dans ce genre d’endroits, en plus toutes les salles seront pleines ça va nous aider avant de partir sur des festivals comme les Eurockéennes, il y en aura peut-être 2 ou 3 autres en France.

Vous emmenez régulièrement un autre groupe belge en tournée, je me souviens d’ailleurs que ça devait être Millionaire en 2005 puis ça avait été annulé, j’étais dégoûtée. Pour vos prochaines dates, avez-vous choisi vos premières parties ?
Oui là nous partons avec The Black Box Revelation, ils sont tout jeunes. Ils sont tous deux âgés de 16 et 17 ans et c’est du rock très direct, ça va être bien.

J’avais lu dans une interview après la sortie de Pocket Revolution que tu n’étais capable d’expliquer les chansons qu’en fin de tournée. Est-ce encore le cas pour celui-ci et peux-tu nous expliquer pourquoi tu as besoin de tout ce processus sachant que les chansons sont forcément basées sur ton vécu ou ton imagination à un instant T ?
J’ai parfois besoin de me laisser séduire par des paroles, il y a des univers qui ne se présentent pas directement avec une idée claire mais plus un jeu de mots même si ça ne m’intéresse pas d’écrire que comme ça parce qu’on finit par avoir un collage de mots qui ne veut rien dire. Et parfois je me rends compte que les mots que j’avais choisi, les atmosphères que je voulais mettre en place pour une raison définie ne collent plus. Ensuite quand tu joues en live pendant des années, c’est toujours plus amusant de chanter des chansons comme ça. Roses par exemple, c’est un régal de la chanter car j’avais une idée précise il y a 10 ans et aujourd’hui elle a pris un tout autre sens pour moi et c’est ma définition hyper personnelle de bons lyrics.

Et à l’opposé, as-tu des chansons que tu ne veux plus jouer parce que tu as le sentiment d’en avoir fait le tour ?
Oui, les morceaux très clairs de Pocket Revolution par exemple comme If you don’t get what you want dans laquelle il n’y a rien, pas de mystère, c’est vraiment des paroles de premier niveau et si je chante ça aujourd’hui je ne ressens rien, je n’ai pas de réflexion et j’aime avoir une réaction à mes propres paroles chaque soir. Si je ne peux plus donner un nouvel élan au morceau, ça ne m’intéresse plus.

Sur le plan cinématographie, tu avais parlé il y a quelques années d’une adaptation d’un roman ou d’écrire une comédie. En ce moment tu es très pris par dEUS mais penses-tu te remettre sur un nouveau projet prochainement ?
Je prépare cela pour dans 4-5 ans, là je veux me concentrer sur dEUS. L’écriture prend beaucoup de temps donc je suis en train de le faire avec 3 potes. Je voudrais faire l’adaptation, une comédie et un thriller donc trois univers très différents. Je suis en train de préparer ça mais je ne peux pas trop en parler car tout est encore très embryonnaire mais si dans 5 ans il y a un nouveau break de dEUS, j’ai mes scénarios prêts et je commence à chercher l’argent.

Et avec Magnus, des projets ?
Pareil, si ça se présente pourquoi pas mais il n’y a pas de plans. Ma priorité actuelle est focalisée sur dEUS.

Tu as récemment été décoré par le Parlement Flamand pour ta contribution à la musique moderne, la cérémonie a d’ailleurs été boycotté par le parti d’extrême droite qui n’a toujours pas digéré l’impact du festival 0110* sur les dernières élections municipales. Malgré tout que représente cette distinction pour toi ?
C’était un honneur. En plus les gens qui étaient là avec moi sont des monuments en Belgique, tu ne les connais probablement pas car ils chantent en flamand donc ils s’exportent moins que des artistes anglophones. J’étais le plus jeune, j’ai pris cette médaille avec beaucoup de plaisir et ma mère était ravie.

Tu es engagé dans l’avenir de la Belgique en tant qu’artiste, qu’as-tu pensé de la situation politique des derniers mois ?
Je n’ai pas trop envie d’en parler car c’est une situation très complexe qui prendrait des heures mais vous êtes beaucoup informés par la presse belge francophone ce qui est normal, malgré tout il y a deux côtés et la situation n’est pas irrécupérable. Il y a juste trop de préjugés et de paranoïa.
C’est vrai que l’information en France était comme souvent pathétique. Le conflit a été réduit par la presse aux bons Wallons contre les méchants Flamands, ce qui est stupide.
Voilà, vous êtes très colorisés par la presse que vous lisez, c’est dommage mais compréhensible.

J’avais lu une interview il y a quelques années où tu disais que c’était toujours plus dur pour un groupe belge parce qu’on se permettait avec vous des remarques qu’on ne ferait pas à des suédois ou à des islandais. Donc quels préjugés sur la Belgique aimerais-tu faire disparaître ?
Aucun parce c’est ça le charme de la Belgique. Aucun de ces préjugés n’est vrai mais c’est notre secret.
Tu as bien raison !

Après cela, nous avons parlé de la gare du nord, sa gare préférée de Paris … enfin « la seule qu’[il] connaît ». Il m’a posé des questions sur un projet de webzine dédié aux groupes belges sur lequel je travaille avec des copains, notre fascination pour le plat pays l’a d’ailleurs bien amusé. Un sacré moment passé avec un des artistes que je respecte le plus et qui se trouve être également une personne attentive et très cool. Pas grand-chose à dire de plus Tom Barman, c’est juste la grande classe. Je souhaite maintenant à Ross de rentrer un jour chez lui avec un clin d’œil de Trent Reznor …quoique non il risque de nous saouler encore plus après ça !

Un grand merci à Tom, Guillaume, Julie et Carine.

* A l’initiative de Tom Barman, plusieurs concerts gratuits ont été organisés le 1er octobre 2006 en Belgique “pour la tolérance, contre le racisme, l’extrémisme et la violence gratuite” , la semaine suivante le partie d’extrême droite perdait les élections municipales en Flandres.