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Chez VisualMusic, on aime bien les hérétiques, la preuve, on n’a pas encore brûlé [team]theghostchild[/team]. Alors quand AqME nomme son quatrième album “Hérésie“, ça m’interpelle, et quand ils font escale non loin de ma tanière, ça prépare quelques questions. Entretien avec Thomas + sa Heineken® (chant) et Etienne (batterie), deux musiciens sympathiques, bavards, et qui parlent sans langue de bois.

Tout d’abord, la question con : vous passez aux Passagers du Zinc d’Avignon lors de chacune de vos tournées. Qu’est-ce qui a changé depuis votre premier passage dans cette salle ?
E : Pas grand chose ! (rires)
T : On a vieilli, on a sorti des albums !
E : Et on aime bien revenir aux Passagers du Zinc, il y règne une atmosphère particulière, la configuration de la salle est atypique.
T : C’est toujours le feu, c’est plaisant de venir ici ! Quand t’as toute la salle qui saute, t’as l’impression que tu vas atterrir dans le Lidl en-dessous ! (rires – la salle est situé au-dessus d’un supermarché, ndlr)

Hérésie” vient de sortir, et c’est Daniel Bergstrand qui était aux manettes. Pourquoi un retour vers ce producteur, après avoir bossé avec Steve Prestage sur votre troisième album (“La Fin des Temps“) ?
E : D’abord, les morceaux correspondaient bien à Daniel, on lui en a parlé. Lui, il nous a dit qu’il s’était séparé de son assistant, avec qui on ne s’entendait pas très bien. Et puis Thomas a bien parlé avec Daniel, pour éviter les prises de tête qu’il y avait eu sur le deuxième album (“Polaroïds & Pornographie“). On est super potes avec Daniel, mais au niveau du travail ça ne s’est pas toujours bien passé. On a voulu un nouveau départ avec lui, car c’est un peu le cinquième membre d’AqME ! On a appris beaucoup de choses avec Steve Perstage, et on s’en est servi pour faire quelque chose de nouveau.

Ce retour vers Daniel Bergstrand n’est donc en aucun cas dû à une déception liée à la production de “La Fin des Temps” ?
E : Non.
T : Déception oui, mais pas de la production, plutôt de notre façon de jouer. On n’a pas donné le meilleur de nous-même.
E : On n’a pas eu assez de recul, on a manqué de fougue. C’est aussi pour ça qu’on a fait un CD/DVD live, on nous a souvent dit qu’on était meilleur sur scène que sur disque. Et on trouve que c’est particulièrement flagrant sur “La Fin des Temps“. On trouve qu’artistiquement, les morceaux sont bons. On assume le fait d’avoir fait un disque plus expérimental avec “La Fin des Temps“. On aime être là où les gens ne nous attendent pas, et c’est un peu ce qu’il se passe avec “Hérésie“, on revient avec un album rentre-dedans, et qui ne ressemble en rien à ce qu’il se fait actuellement sur la scène metal française.
T : On a fait venir Daniel à l’une de nos répètes, on l’a foutu au milieu de la pièce, et on lui a dit : “voilà, on veut ça”.
E : Quelque chose de brut, d’agressif. Très rock. On n’aime pas trop les productions metal actuelles, où t’as l’impression que tout est parfait, propre et froid. Nous, ce qui nous a nourri, c’est un rock organique, chaleureux, sale.

Justement, si je vous dis que, pour moi, AqME, actuellement, c’est plus proche d’un Will Haven que d’un KoRn ou d’un Nirvana, vous êtes d’accord ?
E : Je trouve que c’est un bon mélange de tout ça.
T : Un truc puissant, quoi.
E : On assimile souvent la puissance au metal, alors qu’on peut rester très rock en étant puissant. Il y a des groupes de rock qui envoient le pâté, et des groupes de metal très mous, c’est juste une question de forme. D’ailleurs, aujourd’hui, on se sent plus proche de l’énergie de Nirvana que pendant la période de “Sombres Efforts“.
T : Maintenant, on a un peu ce côté imprévisible.

Vous vous dîtes plus puissant, mais le morceau d'”Hérésie” qui a bénéficié d’un clip est “Karma & Nicotine“, la chanson la plus calme du disque. Pourquoi ne pas faire un clip pour des titres comme “312” ou “Casser/Détruire“, et en même temps calmer les détracteurs qui ne se basent souvent que sur un single ou une vidéo ?
E : C’est l’avantage de pouvoir faire un single : pouvoir peut-être le passer à la radio, et faire découvrir notre musique à d’autres gens. Nous, on aime tous nos titres, même si en ce moment on a une préférence pour les morceaux les plus lourds. Mais on aime beaucoup “Karma & Nicotine“, c’est l’un des morceaux les plus pop du disque, certes, mais si la maison de disque croit que c’est le meilleur titre pour passer à la radio, on n’a pas de raisons de dire non. Si tu proposes un titre comme “312” en clip, les télés ne le passeront jamais. Donc si on a une petite chance d’être diffusé de la sorte -surtout qu’en ce moment la fenêtre est toute petite pour des groupes comme nous- et de proposer un morceau relativement plus cool, on la prend. Et tant pis pour nos détracteurs.
T : Les détracteurs, on ne fait pas de la musique pour eux. Après s’ils veulent discuter de ce qui ne leur plaît pas dans notre musique, on est tout à fait ouvert, mais sinon fuck off, on ne va pas faire des trucs plus bourrins pour leur faire plaisir, comme on ne se forcera pas à faire des trucs plus calmes pour les radios. Nous, on fait notre musique. C’est la notre, on en fait ce qu’on veut. Donc, détracteur, enfonce-toi ton doigt dans ton cul ! (rires)
E : On a toujours aimé les contrastes calme/puissant. C’est sûr que ce qui domine le plus dans “Hérésie“, c’est le côté massif et lourd, mais on a quand même besoin d’accalmies au milieu de tout ça : l’intro’, ou “Karma & Nicotine” par exemple, qui sonne comme une respiration après trois titres violents.

Alors vous ne tournerez pas de clip pour un morceau plus violent ?

E : Si si !
T : Pour “Casser/Détruire“, c’est en projet, on le foutra sûrement sur MySpace.
E : En même temps, je ne comprends pas les gens qui s’arrêtent à un clip. Surtout que nous, pour “Karma & Nicotine“, on n’est pas tellement diffusé.

(L’un de mes deux acolytes intervient) Je suis tombé dessus, sur MCM, à cinq heures du mat’ !

(rire général)
E : Tu vois, faut s’accrocher ! Mais bon, je pense surtout qu’il faut venir nous voir en concert, plein de gens ne nous aimaient pas avant de venir nous voir en concert, et après ils sont devenus accro’ à notre musique, ça arrive souvent depuis les six ans qu’on tourne. Faut juste être un peu curieux. Mais on ne peut pas plaire à tout le monde, on peut toujours tailler le bout de gras avec un mec qui nous expliquera pourquoi il n’aime pas notre musique, et nous on lui expliquera pourquoi on fait notre musique avec sincérité, pas comme beaucoup de gens dans notre milieu.

L’actualité d’AqME, c’est aussi les side-projects. Il y a eu Grymt avec toi, Etienne, et maintenant il y a Vicki Vale pour Thomas et Die On Monday pour Ben (guitare). Outre le fait de se faire plaisir, n’est-ce pas aussi un moyen de jouer des plans musicaux qui étaient présents dans AqME par le passé, mais qui n’ont plus leur place actuellement dans les compositions du groupe (sauf peut-être pour Grymt, qui était beaucoup plus extrême) ?
E : Très bonne question…
T : Je pense que eux comme moi en avaient un peu marre de…
E : (l’interrompt) C’est une très bonne question !
T : Ouais… Bravo ! (rires) Je pense qu’on ne voulait plus faire tous ensemble des titres calmes comme “Tout à un détail près” (présent sur “Sombres Efforts“, ndlr), limite acoustique, même si on a “Romance Mathématique” sur le dernier album, mais qui reste bien rock ! Avec Vicki Vale, je voulais faire un truc plus acoustique… Et encore parler d’amour. Dans “Hérésie“, sauf “Romance Mathématique” -encore-, je n’en parle pas. J’avais vraiment envie de détacher ça d’AqME.

C’est sûr que dans Vicki Vale on retrouve une voix fragile proche de “Sombres Efforts“, et pour Ben dans Die On Monday, il y a ses riffs bluesy de “La Fin des Temps” qui, je trouve, sonne beaucoup mieux que dans AqME

T : C’est peut-être pour ça aussi. Ça nous permet de ne faire que du “AqME” quand on est ensemble.
E : Sur “Polaroïds & Pornographie” et “La Fin des Temps“, on s’est pas mal cherché, et avec ces side-projects, ça nous permet de vraiment composer le son qu’on veut faire dans AqME.

Y aura-t-il une tournée pour Vicki Vale ?

T : Ce n’est pas prévu pour l’instant. En tout cas je ne le ferai pas pendant AqME. Je le ferai pendant une pause ; on est en train d’en parler avec Yann (Heurtaux, Mass Hysteria, et guitariste de Vicki Vale, ndlr)
E : Justement, je me permets de te pauser une question, est-ce que le fait de composer dans Vicki Vale, c’était un besoin ponctuel, ou est-ce que tu l’auras toujours du moment que tu composes aussi avec AqME ?
T : Je trouve déjà super cool de bosser avec d’autres musiciens…
E : Mais sur ce style précis – t’as vu, je suis bon journaliste, hein (rires) ?
T : Sur ce style précis, je ne sais pas. J’aime beaucoup bosser avec Yann et Nick (piano et arrangements dans Vicki Vale, ndlr), surtout Nick car c’est un chef d’orchestre à la base, et je le connais beaucoup moins que Yann, que je fréquente pas mal. C’est surtout ça qui est intéressant.
E : Ben lui, il a envie de continuer régulièrement avec Die On Monday, mais que ce soit Grymt ou Vicki Vale, finalement, on ne sait pas vraiment si on continue ou pas.

Une suite pour Grymt est donc compromise ?

E : Je suis en train d’y réfléchir, j’ai composé quelques morceaux, et si je ne m’y mets pas cette année, les morceaux vont mourir et ça va me faire chier, donc je pense que je vais me donner une petite mission dans l’année, de trois ou quatre semaine, pour faire un second disque. Grymt m’a permis d’avoir une approche différente de mon jeu de batterie, et ça m’a réellement fait passer une étape durant la tournée de “La Fin des Temps“, notamment sur mon solo de batterie. (S’en suit, sans transitions, une légère parenthèse humoristique sur la personnalité de Ben, que l’on entend jouer au ping-pong hors de la salle)

Vous avez joué il y a deux semaine deux soirs de suite à l’Élysée-Montmarte, avec en première partie, divisés sur les deux concerts, Ed-Äke, Sna-Fu, Headcharger et Dysfunctional By Choice. Vous en pensez quoi, vraiment, de la scène rock française actuelle ?
T : C’est compliqué car elle disparait un peu, mais d’un autre côté il y a pas mal de groupes qui chantent en anglais qui arrivent, complètement décomplexés, avec un chouette niveau, qui ont leur propre identité. Il y a juste certains “post-groupes” qui le font pour de mauvaises raisons, juste pour être connus.

Mais vous ne pensez pas que pour la plupart, à cause des magazines, le rock français décalé, maintenant, c’est Vegastar ?
E : Bah justement, comme on disait, il y a des groupes qui disparaissent, et pour nous, Vegastar, c’est fini… Champagne ! (rire général) Il y a moins de groupes qui chantent en français par rapport à l’époque où on a commencé. A l’époque, les groupes qui chantaient en anglais le faisaient souvent mal, avec un mauvais accent, et une ringardise absolue. Mais Dieu merci, peu de ces groupes ont tenu, et maintenant ne reste que ceux qui importe vraiment : Mass Hysteria, Lofofora, AqME… Maintenant, en anglais, il y a Gojira qui cartonne, et qui, je trouve, n’entraîne pas assez de formations de metal extrême français dans son sillage. Mais dans la scène rock’n’roll, je trouve qu’il se passe pleins de bonnes choses, et ce déjà avec Lazy il y a 4 ans.

En ce moment on entend beaucoup parler de Nowhere Production. On vous a approché pour faire partie de la structure ?
T : Non, nous c’est fini ça. On a quitté Nowhere, à l’époque, car on pensait qu’il y avait d’autres groupes qui en avaient besoin. En ce moment, je sais qu’ils sont en train de donner un coup de main à Die On Monday, tout en se détachant de l’étiquette Nowhere.

Et cette étiquette Nowhere, ce n’est pas devenu un fardeau ?

T : Non, ce n’est pas un fardeau ! Nowhere, ça a été des potes pendant longtemps, on ne regrette rien. Nous, on était dans Nowhere pour : un, signer, deux, tourner, et trois, faire des trucs ensembles. On a signé, on a tourné. On voulait faire des trucs ensembles, mais c’était compliqué à organiser. A partir de là, on s’est dit : “les gars, on laisse la place à un autre groupe qui en a besoin”. Maintenant dans Nowhere Prod. il y a Bukowski, Hewitt, Die On Monday

Empyr ?

T : (rires) Non, eux, je ne pense pas que ça les intéresse une seule seconde. Et puis David (d’Enhancer, initiateur de la Team Nowhere et de Nowhere Prod.) n’a pas forcément besoin d’Empyr dans Nowhere Prod..
E : Si je peux me permettre, je pense que pas mal de ceux qui essaient d’entretenir ça, ils devraient arrêter… On ne s’est jamais senti soutenu par aucun groupe de Nowhere, sauf par David d’Enhancer, qui lui a toujours lutté pour tout le monde, a toujours été là pour les groupes et pour se bouger le cul pour tout le monde. Mais pour Pleymo par exemple, quand ils ont signé, on n’a pas fait une seule date avec eux, sauf pour leur Zénith, pour leur sauver la date, car ça ne s’annonçait pas très bien ! Et on s’est dit que si Nowhere c’est chacun pour sa gueule, nous on se casse et on va vraiment soutenir des jeunes groupes. Et immédiatement après on a embarqué des groupes en première partie, comme quoi c’était pas si compliqué ! On a fait venir Nine de Suède, Lazy… C’est possible quand tu te donnes les moyens ! Je pense qu’on entretient l’esprit de base, qui n’a pas été appliqué pendant l’existence de Nowhere. Pour moi, on a fait plus pour la scène française que Nowhere ne l’a fait.
T : Ou alors ils auraient dû être plus malin et refourguer le truc à quelqu’un d’autre pour monter une structure comme Coriace, où t’as un vrai label et des tournées en place. Nowhere, c’était un truc de vente de t-shirt. Inutile ! En même temps, quand on faisait des réunions Nowhere, on n’arrivait jamais à s’entendre, sur tous les sujets.

Dernière question, il y a eu un CD’Aujourd’hui spécial AqME sur France 2, et Thomas, tu as affirmé que tu étais clairement mélancolique, à cause de ce qu’il se passait autour de toi… Qu’est-ce qu’il te faudrait, en France, pour te rendre le sourire ?
T : Pas qu’en France ! Il y a un sacré problème mondial […] D’abord, je pense que personne n’en a rien à foutre que je sois mélancolique (rires). Mais je pense aussi que se respecter plus, et respecter la planète, ça pourrait nous faire avancer vers un truc meilleur. Mais depuis “Sombres Efforts“, le monde s’est vachement assombri !
E : Mais pour “Sombres Efforts“, t’étais dépressif ! Maintenant, tu t’es ouvert au monde. Mais on n’est pas forcément plus triste que les autres, car on peut l’exprimer par la musique !
T : Ce sentiment de frustration, on a la chance de pouvoir l’exprimer, et l’assumer ! On accepte que le monde soit sombre, et à côté, bah on rigole et on déconne. La musique, c’est une bonne thérapie. Et sûr “Hérésie“, il y a moins de mélancolie, et plus d’explosion ! (rires)
E : C’est pour ça que cela doit être plus facile pour nous, que pour des gens qui gardent cette frustration pour eux.

C’est l’heure de la pitance, merci pour vos réponses, et bon concert !
E & T : Merci à vous les gars !

Une discussion entre le groupe et mon autre acolyte sur la b-side “Automédication“, de chaleureuses poignées de main, et l’entrevue prend fin. Quelques heures plus tard, le groupe livrera une prestation efficace, avec un son gras et massif, devant un public relativement jeune. La salle a tremblé, mais aucun effondrement, puis atterrissage dans le Lidl du dessous, n’est à signaler. Un bon moment, qui confirme certains propos de l’interview : AqME, c’est en live qu’ils sont les meilleurs.

Un grand merci à Thomas et Etienne d’AqME pour leur sympathie, leur tour-man Guillaume, et bien sûr à mes amis (et gardes du corps, j’bosse sur VisualMusic, merde !) David “La Grotte” et Flo “En Screud” pour leurs interventions et leur aide précieuse !