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Déjà trois jours à courir partout mais la fatigue disparaît immédiatement quand on ouvre l’incroyable running order de la journée. D’ailleurs, il semblerait qu’il se termine sur un truc qu’on attend depuis douze ans…

Le matin

La journée commence par une petite course pour aller voir les dernières minutes de DDENT. C’est beau, c’est dense et c’est… fini. La prochaine fois on courra plus vite. On constate quand même qu’en plus d’être talentueux les gars sont fort cools et jettent des CD’s aux spectateurs des premiers rangs. Un move totalement “caravane du Tour de France”, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

La course reprend pour aller jusqu’à la Warzone voir The Amsterdam Red Light District. Les lyonnais assurent le show et font sautiller une foule aussi matinale que motivée. Du groove, du scream propre, des circle pits et donc un gros concentré qui ne laisse pas le temps de souffler sur trente minutes de set et… on est déjà repartis vers la Valley pour ne pas rater le début de GOLD.

GOLD

J’arrive à l’heure et j’ai même le temps de reprendre mon souffle avant que ne commence la prestation des néerlandais. GOLD joue un heavy rock fort sombre aux paroles tout aussi poétiques qu’engagées. En live on ressent aussi fortement la modernité de la chose et les influences post-truc qui teintent la lourde douceur de l’ensemble. GOLD a donc un réel intérêt et n’est pas à ranger avec les groupes de reconstitution historique à usage unique.

On est forcément captivés par la présence de la chanteuse Milena Eva, qui semblait particulièrement émue ce jour-là. Son attitude de prêtresse associée aux mouvements frénétiques de posteux des guitaristes crée une certaine ambiance et ce malgré l’horaire assez matinal.

Nova Twins

Dernier jour, la fatigue se fait largement sentir mais la soif de découverte est toujours là. Cela tombe bien, on ne connaît pas du tout le groupe qui vient de se pointer sur la Main Stage devant un public de curieux. Nova Twins, c’est donc un duo anglais de jeunes femmes guitare/basse (accompagné par une batterie en live). Si leur son brut et le phrasé rappellent Rage Against The Machine, on est sur une registre bien plus dansant et orienté sample. La scène semble certes un poil surdimensionnée pour les filles, mais elles arrivent sans mal à faire réagir la fosse et faire dodeliner les plus réfractaires des metalleux présents.

Brutus

Direction la Warzone pour écouter Brutus dans une ambiance presque intimiste vu le peu de personnes présentes. On découvre un plan de scène assez inhabituel où la batterie est placée de côté et sur un promontoire bien devant. On l’aura deviné, le chant principal est réalisé par la préposée aux fûts.

Au delà de cette singularité, le trio livre un post hardcore délicat de bonne facture, avec une réelle sensibilité qui a su convaincre son auditoire. Si certains morceaux auraient probablement gagné à complexifier leur structure, le trio s’avère excellent quand il s’éloigne de son schéma préférentiel, notamment sur l’excellent “Space”. Une bonne surprise, donc.

Messa

On était impatients de revoir Messa après l’excellent concert qu’ils avaient donné à Glazart en mai dernier. Alors bien sûr on n’avait cette fois que quarante minutes, un concert de jour et un son bien moins parfait qu’en salle, mais les italiens ont pu donner au Hellfest un concert remarquable et remarqué.

 

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Quarante minutes peut-être, mais c’est avec joie qu’on constate que Messa ne sacrifie rien au format festival et se permet des pauses, des accélérations et cette importante part d’improvisation qui fait la force de ses prestations. On pourrait vous parler encore des qualités individuelles de chacun des musiciens, mais on rappellera surtout qu’on est ici face à un groupe qui joue comme il compose : ensemble, en s’écoutant pour mieux se complimenter et créer l’inattendu de façon organique.

Yob

Aujourd’hui encore je ne sais pas pourquoi on s’attendait à un set posé, mais on a eu tout le contraire. Mike Sheidt est arrivé le sourire aux lèvres pour tout de suite nous écraser une tarte à la lave en plein visage. Et il a passé tout le concert à rigoler en regardant nos visages fondre.

 

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C’est donc à ça que ressemble un cœur à l’état brut. Gros choc tellurique, aucun des festivaliers présents sous la Valley ne s’en est véritablement remis. Parmi eux on comptait d’ailleurs un certain Danny Carey, posé à la régie pendant une partie du concert.

Morning Again

Honnêtement, je ne pensais pas voir un jour un concert de Morning Again. Et vu l’air tout impressionné des Floridiens sur scène, eux non plus ne pensaient jamais être invités ici. On parle en effet d’un groupe de hardcore straight edge actif à la fin des années 90 aux côtés d’autres formations comme 25 Ta Life. Même s’ils se sont réformés récemment, ils sont bien plus habitués aux squats et aux salles de concerts DIY qu’aux grands barnums des festivals comme le Hellfest. Malgré les hésitations et une certaine timidité, les américains ont fait le taf avec un set bien plaisant, agrémenté par une reprise sympathique du “Refuse/Resist” de Sepultura.

Arabrot

Je me retrouve devant Arabrot sur le conseil d’une amie et avec zéro connaissance du groupe. Ce qui frappe dans un premier temps, mais aussi dans un second, dans un troisième et jusqu’à la fin du concert, c’est le frontman Kjetil Nernes. Sa dégaine d’amish imberbe et en particulier son superbe chapeau, ses pauses de jeune vieillard, ses réactions surjouées face à un public il faut le dire assez clairsemé… On est face à un alien qui doit créer une ambiance folle lorsque les bonnes conditions sont réunies. Ce n’était malheureusement pas le cas cette après-midi.

 

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Le groupe dépouillé de sa superbe, il ne nous reste plus à apprécier que la nature très expérimentale et variée des morceaux en espérant les revoir un jour dans un lieu surement plus petit et plus clos.

Cancer Bats

Après une petite pause devant la grande scène assis dans l’herbe pour profiter au mieux de Clutch et de son combo rock / blues / groove champêtre, on retourne sur la Warzone pour voir Cancer Bats, fermement attendu par un fan club motivé.

Le hardcore dynamique et sautillant des canadiens met tout le monde bien à l’aise, bien aidé par les lances à incendies des pompiers arrosant la foule, ce qui s’avère salutaire vu la chaleur écrasante. Si le concert est sans surprise pour qui a déjà vu le groupe, le français/québécois un poil chancelant du chanteur Liam Cormier entre les morceaux donne une couleur très JCVD pas désagréable.

Wiegedood

Wiegedood (“mort subite du nourisson” en V.F.) c’est le groupe de black metal de la Church of Ra. On y retrouve Levy Seynaeve (Amenra), Gilles Demolder (Oathbreaker) et Wim Sreppoc (Oathbreaker aussi).

 

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Sur le concept seul on peut être sceptique : pourquoi faire du black pur quand l’intérêt des différents groupes de l’église provient de la grande variété de leurs influences et de leur refus de réciter la partition d’un genre propre ?

Heureusement, Wiegedood ne se limite pas à ça. Le groupe est direct, brutal, sans concessions mais pas sans intérêt. Il est au final super intéressant d’entendre ces musiciens utiliser le genre pour transmettre leur perception du deuil, avec la sensibilité qu’on leur connait.

Acid King

Cette année encore Lori et ses copains étaient de retour pour une fin de week-end comme on les aime. La setlist faisait cette fois la part belle à l’album “Busse Woods”, qui fêtait ses vingt ans.

 

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On regrettera une balance approximative causant un son assez brouillon sur la première partie du concert, bien heureusement corrigée au fil des riffs. On se laisse alors porter par le doux vrombissement pour pleinement apprécier la rêverie motorisée des californiens. Rien à redire, tant qu’ils reviendront on sera là pour les applaudir.

Nasty

Quand les gars de Nasty arrivent sur scène, le moins qu’on puisse dire c’est qu’avec leurs bras de bûcherons, leurs coups de taureaux, leur tatouages jusqu’au yeux et leur look de clodos fluos on s’attend à du brutal. Et bordel, on est servi !

Rythmique lourde, riffs simples et efficaces, le set complet est une invitation moshpit et la fosse s’en donne à coeur joie. Il est bien amusant de comparer le message d’unité et de respect du groupe et les grandes tatanes qui se distribuent dans le public. Après 50 minutes compactes, les Belges nous laissent avec en fond sonores l’excellent “Welcome to Jamrock”. Un concert rondement mené.

Mars Red Sky

On sort alors du festival pour nous rendre à la Hell Stage, la petite scène en plein milieu du Hellcity Square. Il fallait être au courant, mais ceux qui suivent Mars Red Sky sur les réseaux sociaux avaient été prévenus quelques semaines auparavant de la tenue de ce concert pas tout à fait au festival mais pas au camping non-plus.

 

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Le moins qu’on puisse dire c’est que la kiffance était grande et sûrement démultipliée par la cadre un peu atypique et le soleil de fin d’après-midi. Tout était en place pour qu’on se délecte de leur délire futuristico-bordelais entre grosses lignes de basse rugueuse, chants de séraphin, grandes envolées spatiales et vannes jimmyesques d’une gênance extrême.

Refused

La nuit tombe et un choix se pose devant nous : Slayer pour leur dernière tournée ou Refused ? C’est évidemment vers la Warzone que l’on se dirigera pour voir la bande à Dennis Lyxzén.  A peine le set débuté par un “Rather Be Dead” percutant que le chanteur se retrouve au milieu de la fosse à beugler le refrain, avant de retourner sur scène pour enchaîner sur “The Shape of Punk to Come” puis “Elektra”. Comme introduction, on est pas loin de la perfection.

 

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Le concert continue sur le même ton, entre facéties (le riff de “Raining Blood” par ici, une pique à Shakaponk par là) et thèmes bien plus sérieux – on pense notamment à un “Blood Red” dévastateur juste après un discours enflammé de Lyxzén  évoquant les dégâts du capitalisme et du patriarcat. Tout se termine évidemment sur un “New Noise” libérateur qui aura mis tout le public à genoux. Refused are fucking dead, vive Refused !

Slayer

En allant se placer pour Tool, on passe devant la Main StageSlayer termine son show. On a juste le temps de remarquer le très seyant t-shirt “Kill the Kardashians” porté par le guitariste Gary Holt et d’apprécier “Raining Blood” pour un baroud d’honneur.

Tool

Enfin

La dernière fois que je les avais vus c’était à Rock en Seine, le 25 juin 2007. Et c’était aussi leur dernier concert en France. Mon attente était grande, et très probablement partagée par le reste du public. Est-ce qu’on peut juger honnêtement un concert qu’on attend depuis douze ans ? Non.

Difficile de distinguer les frissons causés par l’anticipation de ceux résultant de la qualité intrinsèque de la prestation… mais au final on s’en fout, parce que l’émotion était là.

On a droit à un set quasi best of parfait pour la saison des festivals où toute la discographie est représentée. On aura notamment droit à “Part of Me” d’“Opiate” et “Intolerance” d’“Undertow”.

La défaite des plebs

Ayant maintes fois exprimé ma crainte de me retrouver devant une affluence monstre digne du mémorable concert de Rammstein, je fus autant de fois rassuré par mes potes qui m’assuraient que, de toute façon, Tool c’était pas aussi accessible et qu’il y avait pas de risque.

“Enfin, que diable !” m’exclamais-je. En 2019 Tool est maintenant ultra-connu, c’est presque devenu un meme sur internet ! Les gens attendent ça depuis douze ans ! Et puis le fameux “Il faut être très intelligent pour apprécier Tool.” c’est une blague et un cliché, on le sait bien !

Et pourtant… Et pourtant, après de nombreux témoignages de spectateurs placés tant devant que derrière on a pu constater un défilé quasi ininterrompu de plebs quittant le concert et ce jusqu’à la fin. Le cliché était vrai. Les blagues des fans insupportables étaient justifiées. Tool fait fuir les cons.

Le détail qui fâche

Tool c’est quatre musiciens au sommet de leurs arts et on a eu la chance d’avoir un son clair. On distinguait parfaitement chacun d’entre eux, l’occasion de s’extasier tant sur la section rythmique que sur le chant de Maynard. Seul Adam Jones paraissait malheureusement un peu en retrait.

Tout aurait été absolument parfait si ce n’avait été pour un phénomène observé par une partie des spectateurs. Un bruit d’une saleté absolue produit par la basse de Justin Chancelor, qui se déclenchait à certains moments biens précis pour recouvrir absolument tout le reste. On ne parle pas d’un détail un peu gênant mais bien d’un énorme bruit qui étouffait tout le concert et empêchait logiquement à ces moments-là de l’apprécier. Heureusement il semblerait que seule une partie des spectateurs ait été victime de la chose. Si vous étiez bien placés vous n’avez rien entendu, sinon tant pis pour vous (et pour nous donc).

Vous l’aurez compris, mis à part quelques détails c’était magnifique et on attend maintenant une date en salle et de préférence dans moins de douze ans.

On a l’habitude de conclure le dernier jour du Hellfest sur les possibles pistes d’amélioration du festival, mais là c’est la deuxième année qu’on ne retrouve à peu près rien à redire. Optimiser le merch pour que les queues ne débordent pas sur le chemin ? C’est déjà prévu pour l’an prochain avec le déplacement de la Valley. Non vraiment, le Hellfest est aujourd’hui en configuration quasi-optimale et fait figure d’exemple en France comme en Europe.


Le podcast :