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En plein confinement, nous avons eu les 3 membres de Bambara en visio en direct de New York et d’Athens pour nous en dire plus sur leur quatrième album, Stray.

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Saisir le moment.

Comment ça va ? Où êtes-vous confiné ?

Ici, à New York, c’est probablement assez semblable à Paris : c’est le même jour tous les jours.

Dix ans de carrière, quatre disques. Comment on se colle à un nouvel enregistrement et quel était l’état d’esprit avant de s’y mettre ?

Nous n’avons pas pris le temps de nous retourner. Nous avons beaucoup tourné après la sortie de Shadow On Everything et n’avons quasiment pas écrit lors de notre dernière tournée en Europe en 2018. Dès que nous sommes rentrés à la maison, nous avons commencé à travailler cinq jours par semaine dans notre sous-sol, huit heures par jour. Tous les mois pendant six mois et le soir, nous allions travailler dans des bars ou des restos. C’est une expérience assez isolante. C’était agréable d’être complètement immergé : j’ai l’impression que toutes mes pensées étaient centrées sur la musique pendant cette période. Ce qui est un luxe selon moi.

Nous écrivons encore beaucoup en ce moment, nous sommes en quelque sorte accros à cette sensation de mouvement perpétuel.

C’est Drew Vandenberg à la production qui fait un travail formidable sur l’espace et le souffle laissé à vos compositions. Comment s’est passé la transition du mix sur Shadow On Everything à la production ?

Le mix de Shadow On Everything s’est si bien passé que nous avons décidé de retravailler avec lui. Écrire Stray était fun car nous avions une date butoir pour faire l’album pour bosser à nouveau avec lui. Cela nous a aidés et nous a permis de nous immerger dans le processus.

La plupart de vos albums ont été enregistrés à New York. Comment êtes vous inspirés par la ville ou votre environnement extérieur ?

Je pense que je passe par des phases. Swarm est probablement le disque le plus inspiré par la ville. Ensuite, Shadow on Everything a été une rupture par rapport à cette inspiration en essayant de s’inspirer autre chose.

C’était un effort d’obtenir d’autres sortes d’images, au lieu de se contenter de la ville. Dans Stray, je suis revenu à des souvenirs de la Géorgie et des choses qui m’entouraient en grandissant. J’ai abandonné un peu l’imagerie urbaine : je ne veux pas dire que je ne suis pas ou plus inspiré par elle mais j’ai essayé d’éviter.

En général, il y a des lieux précis dont je parle et qui m’ont inspiré à un moment donné de ma vie, et j’ai pris des notes sur les décors et les images. Après, j’essaie de trouver lesquels vont ensemble pour établir une cohérence ou même un concept d’album. Nous sommes allés dans un lieu où il y avait des meubles cloués au plafond à Berlin. Quand vous êtes bourré, les choses vous touchent plus parfois. (Rires)

Comment travaillez-vous pour la composition : séparément ou en collaboration ?

Nous avons idées individuellement, nous les partageons et en discutons. Comme Reid chante depuis le début, il a naturellement écrit toutes les paroles. Mais la musique est un projet commun à trois.

Quel est le premier souvenir qui vous revient en pensant aux sessions d’enregistrement de Stray ?

C’est difficile à dire, c’était juste du travail. C’était presque ennuyeux d’une certaine manière parce que c’était juste de la concentration et du boulot. On s’ennuyait tellement parce qu’on ne quittait jamais le studio. Un jour, nous avons acheté un pistolet à billes. Nous avons travaillé toute la journée dans le studio, puis dès que nous avions fini, nous buvions et nous nous endormions sur les canapés, puis nous nous réveillions et recommencions. Trois semaines d’affilée, mais nous avons acheté un pistolet à billes et nous sommes devenus assez bons pour tirer sur des boîtes de conserve.

C’était le summum de l’excitation. Ce que tu peux voir sur Instagram est principalement lié à Dreamviolence et notre processus était bien différent. Nous étions vraiment claqués tous les soirs mais c’était comme si nous étions obligés de dormir. J’ai l’impression que les trois premiers disques sont des tafs de lycée mais que Stray, c’est une autre histoire : « garde la tête baissée et travaille comme un dingue ».

Dès le moment où nous avons commencé à écrire, nous n’avons pas arrêté et quand nous avons fini toute la musique, je suis parti jouer de la batterie avec un autre groupe pendant un mois en Europe. Reid s’est isolé dans sa chambre pendant tout ce mois et a écrit des paroles. Le jour où je suis rentré de cette tournée, nous sommes allés à Athens et nous avons enregistré le jour suivant. Les paroles de Serafina ont été terminées le jour où Blaze est rentré de tournée. Tout était stressant et concentré mais ça ne me dérange pas. Il ne s’est donc rien passé de fou ou alors nous ne voulons tout simplement pas nous incriminer. (rires)

Inspiration & Isolation.

Est-ce que tu trouves que la période est propice à la création musicale ?

Je ne sais pas, car beaucoup de gens seront simplement déprimés. Il m’a fallu un certain temps pour sortir de l’état d’esprit, car toutes nos tournées ont été annulées. Mon esprit était préparé pour cela, mais maintenant je travaille depuis quelques semaines à écrire.

Si quelque chose d’intéressant doit sortir de cette période sur le plan artistique, je pense que ce sera plus divisé comme un avant et après. Il y aura une période où personne ne voudra plus entendre parler de la pandémie et où il faudra décompresser avant que de bons morceaux et des morceaux originaux ne sortent à nouveau. L’inspiration n’est vraiment lié qu’à l’ennui. J’ai travaillé très dur sur quelques projets, mais je ne dirais pas que c’est tiré de cette expérience. Je pense que c’est juste que je suis isolé dans mon appartement et que c’est une réponse à ce temps libre.

Ce qui est fou, c’est que cette chose arrive au cerveau de tout le monde en même temps. C’est sans aucun doute une expérience traumatisante à laquelle tout le monde est confronté. C’est difficile d’être créatif quand il y a un traumatisme. Je me mets en mode survie et j’essaie de me calmer.

Est-ce que vous avez déjà eu envie de vous atteler à ré-enregistrer Dreamviolence ?

Nous avons commencé à y réfléchir sérieusement au début de l’année 2020 et le virus a frappé. Nous voulons remixer et remasteriser Dreamviolence et Swarm. Nous n’avions pas vraiment le matériel nécessaire, il était donc difficile de trouver les moyens de pouvoir reproduire le son que nous avons maintenant. Le rendu est donc assez proche d’un disque fait dans un sous-sol de Brooklyn, c’est sûr.

Nous aimerions leur faire un lifting car nous pensons que certaines personnes peuvent être repoussés par le son. C’est cool qu’il faille creuser et rentrer dedans pour comprendre les chansons mais on pourrait le nettoyer un peu, cela serait bénéfique pour tout le monde. Notre intention n’était pas de faire un son aussi lo-fi.

Quels sont vos conseils pour t’occuper en ce moment ? J’ai lu que vous étiez des fans de Wong Kar Wai par exemple. L’occasion de rattraper des films ratés ?

En ce qui concerne le cinéma, je pense que nous sommes toujours attirés par les films qui ont une ambiance et un environnement spécifiques, où l’intrigue est secondaire. Nous sommes de grands fans de David Lynch et de Wong Kar-Wai. Nous les avons toujours à l’esprit quand nous écrivons et travaillons. Beaucoup de nos influences sont assez intériorisées à ce stade où nous n’avons pas vraiment besoin de les revisiter. Parfois, c’est une bonne chose, un bon exercice à faire. Je pense que je vais lire certains passages et des choses comme ça qui trouvent toujours de l’inspiration.

Bambara devait être à Paris en juin pour défendre son disque en pleine tournée européenne. Des dates ont été reportées à Juillet/Août pour la partie anglaise sans concerner Paris pour le moment. En attendant, vous pouvez réécouter Shadow on Everything et Stray.

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Confinement is on and we took some time to speak with Bambara, right from New-York and Athens in Georgia. Chatting around their last album Stray, productions and anecdotes from touring.

Seize The Moment.

How’s it going? Where are you confined?

New York and Georgia. It’s probably pretty similar as in Paris: basically the same day every day.

Ten-year career, four records. How did you start the work on Stray and what was the mindset at that time?

It was the quickest turn around we ever had for a record. We toured a lot after Shadow and Everything came out. We didn’t really do much writing during our last tour in Europe in 2018. And then right when we got home, we kind of hit the ground running and spent like five days a week in our basement, 8 hour per day. Every month for six months and at night we would go to our jobs at bars and work. Those are pretty isolating experience. It was nice to be completely immersed in it at the same time. I feel like all my thoughts were around music during that time period. Which I think is a luxury. We are writing a lot right now to, we’re kind of addicted to the feeling of perpetual motion.

 

 

Drew Vandenberg is in charge of the production and does a great job on the space and the breath. How was the transition from the mix he did on Shadow On Everything to production here?

Mixing Shadow on Everything just went so well we decided during that process that we’d like to do more of the next one with him. Writing Stray was fun as we have the deadline to do the album by a certain time, to work with him again. It helped us and just immersing ourselves in the process.

Most of your albums were recorded in New York. How are you inspired by the city or your environment?

Lyrically, I think I go through phases. I think Swarm was probably the most city inspired record that we’ve done. Then Shadow on Everything was a departure from being inspired by it: like trying to get inspiration from something else.

It was an effort to get other sort of images, instead of city images. On Stray, I went back to more of images of Georgia and things I was around growing up. Usually, they’re specific places that I’m talking about that have inspired me at some point in my life and I’ll just take notes of settings and images. After I try to find which one fits the other to set a consistency or even a concept of a record. For example, we went to a venue where there were furnitures nailed to the ceiling in Berlin. When you are hammered, things impacts you more sometimes.

How do you create the music: everybody has his own role or it’s collaborative?

We always individually come up with ideas, bring them to the band and then we flash it out evenly. As Reid was singing early one, he naturally did all the lyrics. But the music is kind of a shared three-way project across the board.

What is the first memory which came out from Stray recording sessions?

It’s hard to say as so much of it, it’s just work. It was almost boring in a way because it was just pure focus and work. We were so bored because we never left the studio. One day, we bought a BB gun. We worked all day in the studio then as soon as we finished we would just drink and go to sleep on the couches there and then, wake up and do it all over again. Three weeks straight, but we got a BB gun and we got pretty good at shooting shooting cans.

That was the pinnacle of excitement. What you can see on Instagram is mainly linked to Dreamviolence and our process was way different. We were definitely hammered every night but it was like necessity just to go to sleep then. I feel the other records are high school experience and Stray was a grad school “keep your head down and work your ass off”.

From the second we started writing, we didn’t stop and when we finished all the music I left to play the drums with another band and for a month in Europe. And Reid isolated himself in his room for a month for that entire month and wrote lyrics. The day I got back from that tour we drove down to Athens and sort of recording the following day. The words from Serafina were finished the day Blaze got back from tour. Everything was stressful and focus but I don’t mind it. Nothing crazy happened or we just don’t want to incriminate ourselves.

Inspiration & Isolation.

Do you think confinement is helpful to create or it’s just leading to the most boring days ever?

I don’t know as a lot of people just will be depressed. It took me a while to get out of the mindset, having all of our tours cancelled. My mind was wired for it but now, I’ve been working the past few weeks on writing music.

If anything interesting is going to come out of this time artistically, I think it’s gonna be split up more as before and after. There’s going to be time period where nobody wants to hear about the pandemic anymore and will need decompression before good material and original material starts coming out again. The inspiration is really just boredom. I’ve been working very hard on on a few projects to and but it I wouldn’t say it’s the information from this experience. I think it’s just that I’m isolated in my apartment and an answer to free time.

What is crazy is that thing happening to everyone’s brain at the same time. It’s definitely a traumatic experience that everyone’s dealing with. It’s hard when there’s a trauma to be creative. I kind of go into a survival mode and try to calm myself down.

What are your tips for keeping yourself busy right now? I read that you are fans of Wong Kar Wai for example. The opportunity to catch up on failed movies?

As far as film, I think we always drawn to movies that have a specific mood and environment to them, where the plot is almost secondary. We are all big David Lynch and Wong Kar-Wai fans. Having those play in the back of our minds all the time when we’re writing and working. As far as something new. I was listening to a lot of music that I hadn’t really spent much time with. Like Sade I got really into during the album during writing the album.  A lot of our influences are pretty internalized at this point, as we don’t really need to revisit them. Sometimes it’s a good thing a good exercise to do. I think I’ll read certain passages and things like that where I always find inspiration.

Have you ever wanted to work on re-recording Dreamviolence?

We started to think about it at the beginning of 2020 seriously and, the virus hits. We want to remix and remaster Dreamviolence and Swarm. We didn’t really have nice equipment so it was hard to meet the means to have this expansive canvas. It definitely sounds like it was made in a Brooklyn basement for sure. We would love to get them a facelift as we think people are turned off by the sound. It’s cool you have to dig and penetrate into it to get the songs but it could be cleaned up a little bit as it would be beneficial for everybody. It wasn’t our intention to make it sound that low-fi.

Bambara should have been playing in Paris in June. Gigs have been rescheduled in England but we still have no details yet. Meanwhile, you can listen to their records.