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Après deux ans de disette, le Pointu Festival fête sa sixième édition du 1er au 3 juillet avec une belle affiche qui prendra ses quartiers dans le cadre magnifique de la presqu’île du Gaou à Six-Fours-les-Plages. Rencontre avec son programmateur Vincent Lechat pour en savoir plus sur les nouveautés de la prochaine édition.

Se renouveler en gardant son identité.

Quelle est l’ambiance à un mois du festival ?

Excellente ! On est contents de reprendre après deux ans d’interruption lié à la crise sanitaire, c’était un peu difficile à vivre. C’est bien parti pour que tout se passe bien cet été : on est super motivés, on a eu de très bons retours du public suite à l’annonce de la programmation. La particularité cette année, c’est le passage à la formule payante souhaitée par la ville. Le public a compris la démarche et les tarifs restent abordables. On a affaire chaque année à des coûts à la hausse en termes de cachets d’artistes et de production. Avec cette inflation, on ne pouvait pas rester en gratuit avec uniquement les recettes du bar. On a donc pris cette décision en maintenant un tarif d’entrée attractif.

La programmation est elle plus événementielle avec de plus grosses têtes d’affiches donc l’équilibre se fait comme ça.

On y voit des groupes comme Boy Pablo, The Avalanches ou Jungle qui ouvrent vers un style plus dansant que par le passé. Comment vous avez travaillé ces nouveaux noms tout en gardant l’identité du festival ?

C’est vrai que l’identité était assez marquée indie rock au sens large. Mais ma conviction, c’est que l’on reste dans ce genre indé avec ces groupes. Sur leur dernier album, The Avalanches invitent des guests comme Kurt Vile qu’on a eu dans le passé ou d’autres figures du rock comme Johnny Marr. Notre but, c’est d’ouvrir notre univers parce que je ne veux pas qu’à terme le Pointu soit étiqueté rock boomer.

Certains s’y trouveront plus, d’autres moins. J’ai l’impression d’être cohérent avec le festival dans la programmation tout devant gérer son évolution. Après, ce line-up est aussi tributaire des groupes disponibles à cette date dans une tournée internationale. Entre l’affiche officielle et les multiples propositions qu’on a faites, cela aurait pu être totalement différent. Par rapport aux 15 noms principaux, nous avons fait entre 50 et 70 offres concrètes. L’arrivée, c’est la concrétisation d’un travail de 6 mois avec un certain lot de tentatives.

 » Au début, je m’attendais à ce que ce soit plus simple que les autres années. Rapidement, je me suis aperçu que c’était l’inverse. »

Sur la route des festivals.

Est-ce qu’il y a eu un effet post COVID sur les festivals ? La plupart ont rallongé leurs formats initiaux, quitte à ajouter des dates en dehors des week-ends pour avoir des artistes supplémentaires dans leurs programmations. Est-ce que vous l’avez ressenti dans les cachets et les disponibilités ?

Oui. Au début, je m’attendais à ce que ce soit plus simple que les autres années. Rapidement, je me suis aperçu que c’était l’inverse. Notre week-end est déjà très concurrentiel avec des festivals partout dans le nord de l’Europe : Roskilde au Danemark, Down The Rabbit Hole en Angleterre, Beauregard, le Main Square et les Eurockéennes en France, etc. Leurs budgets sont honnêtement très supérieurs aux nôtres et en tant que petit poucet au milieu de tout ça, on essaie de capter tel artiste entre le Danemark et l’Espagne. On connaît notre place et ça fait partie des contraintes d’être dans cet environnement.

Je pensais qu’il y aurait beaucoup plus de groupes disponibles. Entre ceux qui n’avaient pas tournés en 2020/2021 et ceux qui ont sortis des albums. Sauf qu’avec les festivals qui ont rallongé leurs durées et augmenté les cachets, cela rend la concurrence encore plus marquée que dans le passé. Cela a été dur mais on s’en est sorti.

On se pose des questions : rester sur ce week-end ou décaler d’une semaine comme Beauregard a pu le faire par exemple. Le fait d’être à la croisée des chemins et d’avoir un cadre comme le vôtre fait de vous une belle étape sur la route des artistes.

Cela reste le cas et les productions françaises font très bien le travail de mise en avant du festival via le cadre et l’accueil. Pour certains groupes habitués aux grosses machines de 100 000 personnes, venir chez nous c’est presque un day off. Un cadre intimiste où ils peuvent se baigner par exemple et c’est très apprécié.

Ça se voit dans la programmation où on voit des groupes qui tournent beaucoup comme Shame ou The Hives qui viennent chez vous car ce n’est pas n’importe quelle date.

Carrément et c’est aussi grâce au travail de Radical Productions et Super dans ces deux cas, qui nous soutiennent et nous valorisent auprès des artistes. C’est un milieu très bienveillant en France qui apprécie beaucoup les initiatives comme le Pointu.

Le bouche-à-oreille des groupes est très important également. La baignade, le cadre, ça doit tourner entre eux. Ils n’arrivent pas dans un champ avec 100 000 personnes à l’intérieur. Ça doit quand même être une expérience à faire pour les artistes. Mais avec notre capacité maximale de 8000 personnes à la journée, on restera à taille humaine.

On a fait un podcast avec le Hellfest récemment et on parlait de la qualité du site et de l’expérience qui va avec, même avec la taille du festival.

On est limités par le site, on n’aura pas la place de mettre une grande roue par exemple : même si ça pourrait être sympa ! Le site est fréquenté toute l’année, même par les locaux. Une presqu’île en pleine mer Méditerranée, c’est exceptionnel. Pour ceux qui ont l’occasion de voir des concerts là-bas, c’est vrai que c’est magique quand tu y arrives pour la première fois.

Aussi, on essaie d’éviter les écrans également pour privilégier le focus sur le site et les artistes. Bien sûr, on a des demandes auxquelles on ne peut pas couper de la part des artistes donc on aura un écran en fond de scène mais on souhaite garder un cadre épuré. C’est un positionnement. Cette année particulièrement, on accentue le côté nature avec un scénographe qui a pensé le site autour de la thématique du vent.

« Pour certains groupes habitués aux grosses machines de 100 000 personnes, venir chez nous c’est presque un day off. »

Quelles sont les nouveautés qui nous attendent sur cette édition ? Il y aura des concerts dans l’espace Chill Out maintenant.

En 2019, on a en effet inauguré l’espace Chill Out qui permettait de profiter du festival avec un espace limité à 1000 personnes. Plus confortable, avec des endroits plus conviviaux pour s’asseoir et se détendre tranquillement ainsi qu’un bar privatif. Ca nous a permis de se rendre compte du potentiel de cette partie du site.

Avant on avait des DJs qui animaient le lieu. Ici, on a décidé de développer ça avec un groupe live supplémentaire par jour. Deux des trois groupes sont issus de la région et c’est important pour nous de les mettre en avant. Comme la région n’est pas spécialement connue pour sa scène rock, ça permet de valoriser sa qualité. Il y aura un concert dessiné le samedi soir avec un artiste qui sera accompagné d’une artiste sur scène.

Il y a aussi des expos :

  • le collectif Arrache Toi Un Oeil qui exposera ses affiches dont celle du festival
  • Madame Ag est une artiste locale qui fait des collages numériques dans l’esprit « cabinet de curiosités ».
  • Dans l’espace chill out, du live painting avec Chloé Bernard. Une artiste connue aussi parce qu’elle est tatoueuse et skateuse.

On voit ça comme un espace expérimental et laboratoire où on peut tenter plein de choses, au-delà même de l’aspect musical.

La jauge est forcément limité à une certaine taille et au vu des groupes que vous avez cette année, il se peut que vous arriviez sold-out et que la question de l’agrandissement du festival se pose. Comment tu vois ça ?

J’adorais être sold-out mais ce n’est pas certain. Avec la crise sanitaire, on a senti un changement dans les habitudes du public. Sur ce type d’événements, il y a beaucoup d’achats à la dernière minute. Contrairement à des festivals comme le Hellfest ou les Vieilles Charrues où les gens achètent vite parce qu’ils savent que ça va être complet.

Même en formule gratuite, on n’a jamais du refuser de monde. Alors là en passant payant, on s’attend à ce que la fréquentation baisse sur la première année. En 2019, on a accueilli 17000 personnes sur les 3 jours. On table sur un objectif de perte d’un tiers du public cette année avec le passage au 100% payant.

La force de la région, c’est son attractivité touristique et on s’inscrit dans cette démarche où on fait partie du planning des vacances. Avec le passage en payant, on a des outils statistiques plus développés qu’avant via le vente de billets. C’est gratifiant car on voit qu’on voit qu’on vend des billets partout en France. La majorité vient du Sud bien sûr mais ça part aussi à Lyon, à Paris et dans tous les départements. Même à l’étranger comme aux Etats-Unis ou en Mongolie. Peut-être que le VPN rentre en ligne de compte. (rires)

Ca fait aussi vivre culturellement la région.

Effectivement et on n’est pas les seuls.
Avant, il y avait TINALS à Nimes mais il y a toujours le Midi Festival à Hyères, le Moko à Toulon, Plages de Rock à côté de Saint-Tropez. Il y a une proposition intéressante de festivals sur la région pendant l’été.

Et à l’année, tu t’occupes toujours de l’espace Malraux ?

On est sur une proposition de type SMAC, plus grand public. De temps en temps, on va avoir un artiste qui rentre dans l’esthétique du Pointu de passage sur notre route mais ça reste un peu dur de les faire venir. Ils vont faire 3/4 dates en France et ils descendent rarement en-dessous de Lyon. La programmation a été mise en pause pendant 2 ans avec le COVID et des travaux en devanture nous impactent pour la réouverture de la salle. Nous allons pouvoir reprendre à la fin de l’année.

Par curiosité, vous travaillez déjà sur 2023 ?

Concrètement, non pas encore.
J’ai déjà reçu des mails de tourneurs anglais qui me demandent les dates de la prochaine édition et des dates de groupes qui préparent 2023. Mais l’idée avec la ville, c’est de faire un bilan de cette édition et de voir quelles décisions prendre. Par exemple, le fait d’accueillir des groupes plus importants comme Jungle ou The Hives, on se rapproche de la limite en termes de production. En plus, on a une scène unique donc il faut gérer les changements de plateaux pour que ça ne dure pas trop longtemps. Et on a rajouté un groupe par jour. Il va falloir faire des choix comme celui de rester à la même taille ou de grossir. On peut y perdre.

Sachant que vous avez déjà été plus « gros » avec le festival des Voix du Gaou.

Oui, on a cet historique. On a envie de rester un festival de défricheurs qui va plutôt mettre en avant des noms à en devenir. Parfois, le public demande des têtes d’affiches. Cette année est un test sur ce mix entre headliners et propositions alternatives. Pour nous, le point fort c’est l’accueil et l’ambiance du festival. On est d’ailleurs toujours très surpris des retours très positifs en France et à l’étranger de la presse sur la conception et la programmation du festival. Pour nous, c’est important de garder cet équilibre de festival amical, à taille humaine à la fois pour le public et les artistes dans une formule qui marche depuis 6 éditions. Et de garder cet esprit tout en le faisant évoluer, pour ne pas se répéter.

Tu peux aussi lire notre interview réalisée en amont de l’édition 2018 !