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À Lille, nous avons la chance de posséder de nombreuses salles de concerts et en tant que provincial, j’en ai toujours eu conscience ! Lille se situant sur la route de la soie du rock (Paris/Bruxelles/Amsterdam), nous sommes souvent gâtés par les différentes programmations. En plus, les dites salles organisent régulièrement des soirées pour leurs abonné(e)s, comme ce soir à L’Aéronef. Contre 10/15 balles en solo et 25 en duo à l’année, vous bénéficiez de réductions sur TOUS les concerts et accédez même à des concerts gratuits. Pourquoi ce laïus ? Et bien parce que ce soir, c’est exactement ça ! Une soirée gratuite pour les abonné(e)s qui permettaient de voir deux groupes prometteurs de la jeune scène irlandaise.

Rien ne sert de courir.

J’avoue, j’avais initialement peu relevé la première partie. Mais preuve que les gens de la com’ sont utiles, c’est en relançant l’événement sur Facebook (merci la com de l’Aéronef) avec un clip des Sprints, « Delia Smith », que je me suis rendu compte que la programmation n’avait rien d’anodine. Bercé par ses sonorités 90’s, son garage punk et son cynique refrain « Who Wants To Be Special Anyway ? », j’étais refait ! Il faut dire que le single résonne pas mal face à un « Popular » de Nada Surf. Mais en 2022, la jeunesse se prend les crises financières, politiques, environnementales et sociétales dans la gueule là où dans les années 90, elle avait le luxe de se chercher de façon plus personnelle. Et bien m’a pris de cliquer sur ce lien car depuis, je me suis ingurgité l’intégralité des singles sortis ! J’avais donc un peu révisé avant ma venue.

Je ne m’attendais pas néanmoins à un live de ce type. Les irlandais ne se ménagent pas même s’il est vrai qu’il est toujours plus difficile d’ouvrir sur une affiche qui reste, avant tout, une affiche de groupes en devenir ! Alors forcément, quand Karla Chubb, chanteuse du groupe, annonce, taquine et joueuse, que Paris était plus énergique que nous, ça pique au vif notre fierté provinciale ! Pas de mauvais esprit ici, juste l’envie de chauffer comme il se doit un public alors encore timide.

Et pourtant, force est de constater que les Sprints valaient clairement le coup d’œil ! Karla se révèle être une frontwoman pleine d’énergie et dont la voix éraillée ne transparaissait pas sur les enregistrements ! Mais sur scène… De par l’attitude, cette voix, difficile de ne pas penser à Courtney Love ou encore Brody Dalle, ajoutant un peu plus à la qualité de ce garage punk rentre dedans ! En tout cas, on vous recommande chaudement de jeter une oreille sur les titres comme « Little Fix » mené par une basse bien nerveuse et des chœurs porteurs ou encore « How Does The Story Go ? » et son chant, ou plutôt son phrasé obsessionnel. Clairement la belle découverte/confirmation du soir que l’on continuera de suivre avec plaisir.

Like Clockwork.

Puis viennent les têtes d’affiche du soir. The Clockworks ont déjà une petite renommée, coup de cœur d’Annie Clark sur la BBC, les 4 garçons pleins d’avenir sont suivis par Alan McGee, LE mec qui a découvert Oasis. Et même si les irlandais n’entament là que leur première tournée européenne, ils reviennent d’une tournée US où ils ouvraient pour les Pixies ! Excusez du peu. Il faut dire que The Clockworks ont fait preuve d’une certaine solidité musicale, enchainant les singles uppercuts les uns après le autres. Et si je ne peux trop en dire en attendant la publication de leur interview, le groupe aura entamé son set avec « Endgame » issu de son tout premier EP (alors qu’ils ont de quoi faire un LP) et à l’image de leur rock. Des titres rock sans prétention mais suffisamment efficaces pour vous coller à la tête de la meilleure manière possible. « Bills & Pills » qui suit en est encore l’exemple parfait avec son refrain ultra catchy.

Point commun des Sprints et de The Clockworks, la description d’un quotidien loin des poètes tourmentés façon Fontaines DC ou Irlande insoumise de The Murder Capital. Ainsi, James McGregor prend plaisir à écrire sur le quotidien et les contrariétés de notre époque, évoquant à la fois les paris (« Money »), les affres des aéroports et de Ryan Air (« Stranded in Stansted ») ou encore l’horreur des SAV téléphoniques (l’imparable « Can I Speak To A Manager ? ») Mais ne vous y trompez pas, la légèreté des situations décrites cache en fait une critique acerbe pleine d’ironie de notre quotidien.

Ceci étant dit, The Clockworks montrent déjà une certaine maîtrise du live ! Personne ne se ménage et tout est ultra carré, on comprend dès lors qu’Alan McGee ait été séduit par le groupe lors d’une simple répétition. Le public ne s’y trompera pas non plus et ne manquera pas de monter en température au fur et à mesure de la soirée. La setlist se terminant par « The Future Is Not What It Was » qu’une partie du public aura réclamé, rigolard, tout au long de la soirée. Il faut dire que le titre est l’exemple typique de ce que le groupe sait faire de mieux, les ayant écumés de pubs en pubs et d’émissions TV en émission radio.

Vous l’aurez compris, le combo Sprints /The Clockworks fait partie de ces soirées qui ne résonnent pas toujours aux oreilles du grand public, mais qui auront su révéler toute la richesse de la scène irlandaise pour les plus averti(e)s. Une soirée comme on les aime. Un mardi très ensoleillé qui se termine par deux concerts de qualité et qui donnent le sourire quand on rentre chez soi, les vitres de la voiture ouvertes et que les décibels ont laissé place au silence de la nuit.
Merci l’Aéronef, parce que parmi les prochaines soirées abonné(e)s, un autre gros nom en devenir, Yard Act qui passera par la salle le 14 Juin.