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L’orage tombe sur Paris pendant 5 minutes et les Tropical Fuck Storm sont tranquillement en train de se préparer dans leur loge pour leur concert du soir. Gareth Lidlard prend sa guitare et tous les quatres répondent à nos interrogations sur ce nouveau projet passionnant et intrigant. 

Comment se sont passés les derniers jours, vous étiez à Nantes le week-end dernier non ? 

Oui, on a passé une bonne partie de la journée sur la route. On revient de Suisse et on est allés en Italie entre deux où on a eu un temps de malade avec un lac et des montagnes. On a fait un drôle de trajet mais on est partout ! 

Après The Drones, c’était quoi le déclencheur pour démarrer Tropical Fuck Storm ? 

Fiona : Ça faisait 18 ans qu’on jouait avec les Drones alors on a voulu faire autre chose. On a rencontré ces deux-là avec Gareth, on a fait un date et on a signé un pacte en se rencontrant autour d’un verre.

Comment s’est construit le groupe ? 

On s’est occupés non stop à partir du moment où on a décidé de se mettre ensemble. Nous sommes partis directement en studio enregistrer, jouer en concert et depuis ça ne s’arrête plus. On n’a pas eu à réfléchir à quoique ce soit. On a joué 3 shows en Australie et on s’est retrouvés dans un vol pour les États-Unis. C’est la meilleure des manières pour savoir si ça marche. Et nous voilà, toujours dans le van ! (rires) 

Comment vous fonctionnez en termes de création ? Vous aviez des bouts de chansons en stock ou vous êtes partis de zéro ? 

Gareth : Non, on a dû écrire. Je n’ai jamais de chansons dans la manche. Si je termine la chanson, c’est que c’est bon. Non pas parce que je n’écris jamais de chanson merdique : tu te rends compte assez rapidement quand c’est merdique. Par contre quand c’est pas mal, tu insistes encore plus pour la finir. Avoir un groupe sans chansons, c’est la meilleure des motivations. Surtout quand tu cales un communiqué de presse annonçant un premier 2 titres en vinyle ! Sinon tu vas jouer quoi ? 

Fiona : Des reprises ! 😀

Sans critique aucune, une bonne partie de ce que vous faites a l’air de laisser place à l’imprévu et à la réaction. Et ça se voit aussi dans vos clips. Vous aimez vous mettre dans une situation où vous n’avez pas le contrôle ? 

Gareth : Comme nous étions dans The Drones pendant longtemps, on savait à quoi s’attendre. Ici, on essaie vraiment d’aller dans tous les sens sans se poser de questions. On expérimente. 

Pour les clips, vous faites comment ? Vous avez toujours des univers bien forts visuellement et différents styles très marquants comme sur Chameleon Paint et son style 8-bit ou You Let My Tires Down et un style shooté assez typique. 

Gareth : C’est le même gars qui s’occupe de tous nos clips pour le moment : Chris Matthews. Habituellement, il tourne des vidéos de BMX. Parfois, il vient chez nous, on boit des bières et on balance des idées à la con. La plupart du temps, il vient avec un concept. On s’arrête sur un truc, il vient avec son matos et sur le tournage on se demande ce qu’on fout là ! 

Pour les pochettes, c’est la même personne ? 

Gareth : C’est une autre personne, un canadien. Il est incroyable. Joe Baker, on ne l’a jamais vu mais on l’a découvert sur le net. On lui a écrit pour savoir combien c’était pour utiliser son travail. Pour le prochain, on lui a envoyé quelques lignes pour qu’il puisse dessiner quelque chose de dédié. 

Votre musique est fortement liée à l’actualité, la politique et l’environnement qui nous entoure. Avec le Brexit, Trump et tout le reste, vous n’êtes pas prêts de manquer d’inspiration. 

Gareth : Et le Frexit, alors ? On a vu des affiches sur la route ! Ça avait l’air d’être un vieux monsieur assez riche derrière. 

Ça fait deux ans que ces affiches sont là, merci la colle ! Mon point était donc que malgré que ce que vous racontez est loin d’être gai, vous gardez une musique loin d’être déprimante. C’est important pour vous ? 

Haha, on peut la garder comme quote celle-là ? (rires). 

Gareth : Avec les Drones, on n’a jamais trop fait dans le groovy. Ou peut-être sur la fin mais on a commencé à être dépressif et ça me gonflait. J’adore les Talking Heads, James Brown ou le Wu-Tang, j’aime quand ça bouge aussi donc ça doit influer dans nos chansons sûrement. 

Comme on l’a dit, en formant le groupe nous n’avions pas d’idées en tête ou d’attente particulière. En plus comme on a eu d’autres groupes avant, c’était important de ne pas refaire la même chose encore et encore. Essayer de faire quelque chose de différent, être intéressant pour nous, dépasser ce qu’on peut faire et sortir des limites inhérentes au rock. 

Après du point de vue de nos personnalités, on passe notre temps à se marrer. Ou à se marrer de. On passe du bon temps.

“It’s a party band, but a depressive one.”

Celle-ci aussi est une bonne quote ! 

La scène australienne est démente et il est impossible de citer tous les groupes sortis récemment de chez vous. Pour être allé en Australie pendant un an en 2009, j’ai l’impression que ça n’était pas le cas à l’époque. Comment vous sentez tout ça ? Car ça fait un bail que vous êtes en place et actif sous différentes formations à travers le temps.

Erica : Oui, c’est vrai : je pense que nous avons actuellement certains des meilleurs groupes au monde. Donc, tu peux revenir ! (rires) 

Ce qui est intéressant, c’est que c’est très difficile de vivre économiquement de la musique rock là-bas car il y a peu d’opportunités. Trouver des salles pour jouer, c’est horrible. Il y a aussi beaucoup de groupes qui ont essayé pendant un an ou deux et ont arrêté. 

C’est aussi pour ça que nous les voyons 1 à 2 fois par an en Europe avec une salle différente comme les King Gizzard par exemple. 

Gareth : Ces mecs bossent ! Ils ne sont pas comme les autres. Ils ont un studio /bureau / entrepôt à Melbourne où ils vont chaque jour pour jouer à des horaires fixes. Ils sont incroyables : ils sont venus chez nous pour enregistrer leur dernier disque en 3 jours, Fishing For Fishes. Quelques jours plus tard, ils en avaient fini un autre qui n’est pas encore sorti. Ce sont des malades. 

Infest The Rats’ Nest a en effet été annoncé depuis et vient de sortir vendredi dernier. 

J’ai eu la chance d’écouter Brainstorms cette semaine. Vous avez enchainé directement avec des pistes mises de côté pour le premier disque ou vous avez des choses en termes de mode de travail et de composition ? 

Fiona : Après avoir fini une tournée, on se demandait si on ne devait pas prendre du temps pour nous. Puis Gareth avait déjà écrit quelques morceaux. De janvier à mai, on s’y est mis et l’album était fini. 

Vous êtes assez actif en musique entre vos différentes formations et vos projets solos. Je me demandais si vous aviez d’autres territoires d’expression : photo, peinture, écriture ? 

La fête, les tournées, boire, faire de la bouffe, manger des pâtes. Non, la musique c’est tout ce qu’on fait. Que veux-tu qu’on donne de plus ? (rires) 

Oh, c’est déjà beaucoup ! Depuis quand êtes-vous ensemble ? 

On vient de fêter nos 2 ans ! Le premier show date du mois d’août mais on répétait avant. Gareth demande la date exacte. 

Quelle est la dernière chose qui vous a fait marrer en tournée ou en studio en tant que groupe ? Ou la dernière que vous pouvez dire… 

(Ils se regardent et claquent une énorme barre.)

Fiona : Aujourd’hui, pas beaucoup car on a du se lever super tôt pour rouler des centaines de kilomètres. On a écouté un podcast super déprimant sur un mec qui a assassiné sa femme et on cherche à résoudre le crime.  

(Serait-ce Australian True Crime Podcast ? Le mystère reste entier… )

Le pays est tellement grand que tu peux y cacher ce que tu veux. Sale pays pour un détective. (rires) 

On se marre trop, on ne se souvient plus et personne ne comprend notre sens de l’humour. Puis, c’est toujours trop vulgaire. Ah si ! Notre ingénieur son est hilarant. Il porte aujourd’hui un double canadian tuxedo : chemise en jean, pantalon en jean. Tu le reconnaîtras immédiatement. 

Dernière chose ? 

On a des dates européennes en novembre donc si vous souhaitez nous voir…

Malgré la fatigue de leur road-trip, on en sait plus sur Tropical Fuck Storm. Après une date mémorable au Petit Bain et un deuxième disque à sortir vendredi, on mise clairement sur eux pour nous remuer régulièrement à Paris et ailleurs.