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Ces frères de guitares électriques ne se quittent plus. Depuis le printemps 2017, No One Is Innocent et Tagada Jones arpentent salles de concerts et festivals, jusqu’au Hellfest, escortés par des riffs foudroyants. Et même si leurs styles sont relativement proches, il n’est certainement pas question de concurrence, mais bien d’unir leurs forces sur scène pour que retentissent à haute puissance leurs messages engagés. De fait, il était important pour nous de passer cette froide et désormais triste soirée du 13 novembre à un concert, surtout avec ces deux groupes, dont la vigoureuse fièvre dénonciatrice donne un grand coup de pied dans les consciences. Au-delà d’un bon décrassage de tympans, le temps est venu de tirer la sonnette d’alarme et de faire monter la température au Grand Mix. Et il n’a jamais fait aussi chaud à Tourcoing !

DU BRUIT DANS L’HEXAGONE.

Ce soir au Grand Mix, ça sent la bière bio et le tabac tout juste consumé, mais pas encore la sueur. Les crêtes, toutes tailles, toutes couleurs, minent le paysage. Et si on se retourne, on croise des tee-shirts à l’effigie de vieux groupes de punks qu’on écoutait sur K7, des vestes en cuir que des potes ont tagué, des jeans qu’on a déchirés, des clous partout et, surtout, des Dr Martens qui trépignent d’impatience. Le rideau s’allume quand la lumière s’éteint. No One Is Innocent surgit comme un phare en fond de scène. Tandis que les musiciens mettent du charbon dans la machine rock, le fameux Kemar arrive, les traits du visage courroucés et les paumes levées vers les cieux pour accueillir une ovation déjà déchaînée. La bête est prête. La salle s’ébranle. La setlist, parfaite.

De l’impétueux « A la Gloire du Marché » au tempétueux « Kids Are On The Run », nos rockeurs bien énervés revisitent, pour le plus grand plaisir de nos oreilles, leurs deux derniers (excellents) albums, Frankenstein (2018) et Propaganda (2015). D’emblée, un feu de scène est déclaré, et pour rien au monde on ne l’étoufferait. Les flammes subsistent tout au long du show, attisées par une insolence à vif et des sonorités robustes. Évidemment, quand l’inévitable, et grand classique, « La Peau » revient comme un boomerang, le public affamé s’empresse de l’attraper.

ENVERS ET CONTRE TOUS.

Difficile de rallumer le feu après le passage des No One (et sans Johnny), mais il ne faut pas longtemps à leurs confrères pour réchauffer l’audience. Leur intro aux notes graves ponctuée de silences et de voix inaudibles laisse subitement rugir celle de Macron, qui s’échine à faire valoir son « projet ». Une forêt de majeurs s’élève, les riffs agressifs jaillissent en guise de réponse, Tagada Jones a réussi son coup et s’élance, sans plus attendre, « Envers et contre tous ».

Malgré le rude échauffement mené par No One Is Innocent, les pogos persistent et les cris du cœur reprennent en boucle des textes qui poignardent vivement une société de plus en plus individualiste, au détriment d’un sens opaque du collectif. Dès lors, les Tagada nous livrent une mixture ultra hard, essentiellement cuisinée aux saveurs de leur dernier album, La Peste et le Choléra (2017), le tout saupoudré d’anciens morceaux incontestables (« Zéro de conduite » ; « Karim & Juliette »). À son tour, le groupe instaure le calme pour prôner la paix à travers son « Vendredi 13 », avant de tout mettre en oeuvre pour faire renaître la turbulence intense. Et même si le petit Niko est contraint de rester derrière son micro car il gratte sa guitare à fond la caisse, il est sûr de pouvoir compter sur ses musiciens qui assurent un véritable échange avec le public dans une ambiance embrasante.

Bref, on vous recommande chaudement de voir No One Is Innocent et Tagada Jones en live, car personne ne renonce à une baignade dans la marée haute de rock hard et alternatif, aux vagues vigoureusement engagées.

J’en profite pour remercier les infaillibles Him Media, Charles et Elodie ! 🙂