Après un ‘Always Outnumbered, Never Outgunned‘ en forme de caprice de producteur pour Liam Howlett, un best-of salé et un retentissant ‘Voodoo People‘ remixé par les nouveaux venus de Pendulum, fin 2005, je me disais que ça sentait le sapin pour The Prodigy. La lassitude d’un cerveau (Howlett) vis-à-vis des deux branleurs qui lui servaient de vocalistes (Keith Flint, cocaïnomane pseudo-punk plus blanc que son cul, et Maxim Reality, ex-rastafari adepte de high kicks rotatifs dans le vide), pendant que le projet semblait prendre un sacré coup de vieux avec l’arrivée de jeunes artistes dépoussiérant le mix ‘machines + énergie rock’… comme Pendulum, en osant s’attaquer à leur répertoire — fougueux mais salauds, les minots. Une fin peu rock n’ roll, en somme. Et puis finalement, que dalle : The Prodigy repart pour un tour en 2009 avec ‘Invaders Must Die‘, synonyme de retour sur disque pour les Omar & Fred du big beat, mais aussi pour les vieux synthés cheaps délaissés depuis le délicieusement vieillissant ‘Music for the Jilted Generation‘. Ils ont de la chance ces anglais, nous, quand on associe les invaders à des vieilleries, ça donne le ministère de l’immigration.

Avec ce cinquième album studio, pas de traces d’un ‘Fat of the Land‘ bis ou d’auto-parodie comme sur le néanmoins plaisant EP ‘Baby’s Got a Temper‘. Non, ‘Invaders Must Die‘, c’est un ménage à trois entre synthés old-schools pré-1994, électronique tapageuse et beats actuels et massifs. Pas de place pour la finesse. Malin comme Judas, le blondinet Liam (le Reznor du groupe) a même discrètement fait appel à James Rushent, jeune malfaiteur dance-punk avec Does It Offend You, Yeah?, pour co-produire avec lui les deux premiers morceaux (et singles) de l’album. Mais le résultat aurait surement été sensiblement similaire sans lui. Sale jeune.

Outre une paire de compositions electropunk efficace mais pas vraiment novatrice (‘Colours‘ et ‘Piranha‘) et un morceau éponyme s’avérant être une vitrine du nouvel habillage sonore du groupe, ce skeud regorge d’attaques sonores aussi inspirées que jouissives. Le single ‘Omen‘, sans atteindre la puissance d’un ‘Smack My Bitch Up‘, hypnotise l’auditeur avec ses lignes de claviers perchées, et produit un écho jusqu’à sa ‘Reprise‘, courte et expérimentale. ‘Thunder‘ renoue avec une approche musicale ‘londonienne’ que pouvait avoir la bande par le passé, à savoir une mixture de son rave européen du début des 90’s (la boîte à rythme type TR-909, les grosses basses) avec des guitares et de grosses pulsions métissées (la voix, ressemblant aux vocalises d’un morceau de reggae jamaïcain). Preuve que cet ‘Invaders Must Die‘ tire plus du ‘Music for the Jilted Generation‘ que du ‘Fat of the Land‘, ‘Warrior’s Dance‘ est emmené par un sample vocal fleurant bon (?) la dance du siècle dernier, à la manière de l’hymne de 1994 ‘No Good (Start the Dance)‘. L’enervée ‘World’s On Fire‘, scandée par Maxim, oscille entre engagement politique Bisounours, beat imparable et jumpant, choeurs féminins nasillards et synthés tous droits sorti du premier album d’Hadouken!. Un comble, quand on sait que ces petits cons pompent les maîtres sur une bonne moitié de leurs morceaux.
Enfin, parlons des titres comportant ce salopard de Dave Grohl derrière les fûts. ‘Run With The Wolves‘, le morceau rock le plus frénétique que The Prodigy n’ait jamais sorti, urgent et percutant, dynamisé par les attaques de Keith Flint, où le Foo Fighters ne tire son épingle du jeu qu’avec ses breaks fracassants, alors que ses paternes font pale figure par rapport aux beats écrasants que produit Howlett — il faut dire que le combat ‘batterie acoustique vs. machine électronique’ est déséquilibré. Le ‘Stand Up‘ de conclusion, lui, est un véritable ovni dans la discographie du gang ! Turbo-décontracté, cuivré, aidé par quelques basses et autres synthés justes, et rythmé de manière idéale pour bouger sereinement son rectum. La croisière s’amuse sous LSD, quoi. Succulent.

Enterré par la nouvelle génération, The Prodigy ? Jamais ! Au lieu de faire du neuf avec du vieux, Liam Howlett et ses sbires se sont servis du vieux pour bonifier le neuf. ‘Take Me To The Hospital‘ -pièce maitresse d »Invaders Must Die‘ avec une rythmique incendiaire, des phrases samplées épileptiques dignes des meilleurs moments d’antiquités type ‘Fire‘ ou ‘Out of Space‘, des synthés perçants et assassins, et des crachats vénéneux de Keith– est sûrement autobiographique pour ce dernier, voire pour The Prodigy. Ils choisiront eux-mêmes leur mort. Overdose sur un lit d’hôpital ? Trop prévisible. En attendant, le trio est bien vivant, et n’a pas fini de faire danser tous les amateurs de musique pyromane, des caves londoniennes aux raves vauclusiennes, en passant par les dancefloors baléares. Mythique.