D’instinct, d’entrée de jeu, Depeche Mode, c’est le groupe qui a tout pour faire rire, et pas qu’un peu. Des raisons ? En veux-tu, en voilà : leur look, leur musique de salon de coiffure branché, la voix de Gore, le nom de Gore, la coiffure de Gore, les tenues de Gore, les plumes dans le cul de Gore, les paroles imprégnées de Bible de Gore, ses thèmes habituels (sa culpabilité, son envie), l’autre, l’allure de comptable de l’autre, le balais dans le cul de l’autre, l’apparente inutilité totale de l’autre, l’allure d’éléphant dans un magasin de porcelaine de l’autre, les poses christiques de Gahan, l’allure de tox repenti de Gahan, la voix de Gahan, les ambitions solo de Gahan, des sons synthétiques plus ringards que Robert Miles, les décors de leur scène, leurs clips, le « on secoue les bras de gauche à droite » de ‘Never let me down again‘, ‘Just can’t get enough‘, l’affreux remix d”Enjoy the silence‘, le nom de leur groupe, tout on vous dit.

Difficile de prendre ces gugus au sérieux tant ils ont tout contre eux. Pourtant, à quelques exceptions notables, Depeche Mode a ce que beaucoup n’auront jamais : des chansons valables. Donc respect, même si on avoue éprouver les pires difficultés à ne pas pouffer de rire à leur simple évocation.
Le précédent album ‘Playing the angels‘ était une collection de singles tout à fait valable (‘A pain that I’m used to‘, ‘John the revelator‘, ‘Lilian‘, ‘Precious‘…) qui visiblement avait pour but de rattraper le pas très excitant ‘Exciter‘ (album plutôt chiant pourtant porté au pinacle à sa sortie) et son absence de chansons marquantes. Aujourd’hui sort ‘Sounds of the universe‘. Quand on connaît l’aspect pompier plutôt porté sur le grandiloquent qui entraîne souvent le groupe vers les abîmes du ridicule, un titre aussi humble tel que celui-ci laissait présager le pire. Pourtant, le groupe annonce un retour au blues désincarné de ‘Ultra‘, pas exactement leur pire album. Le premier single, ‘Wrong‘, confirme : en plus d’être et de loin le single le moins formaté du groupe depuis bien 10 ans, sans véritable refrain, à mille lieues des gnian gnian ‘Precious‘ ou ‘Dream on‘, on tient là une grande chanson sombre, prenante et puissante.
Malheureusement, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Si l’ouverture ‘In Chains‘ rappelle avec joie les grandes heures à la ‘Only when i lose myself‘ avec ce chant insensible aux éléments l’entourant, l’enchaînement avec ‘Hole to feed‘ prouve à quel point Gahan est aussi convaincant en crooner lover sexy (sur la première) qu’il est ridicule en prédicateur d’apocalypse imminente (son ton insupportable sur les premiers vers de la seconde).
Sounds of the universe‘ est ce qu’on appelle poliment un album long en bouche, qui ne se révèle qu’au fil des écoutes. La question est de savoir si l’on apprécie le disque par ce qu’il révèle ou à cause (grâce ?) aux écoutes quasi forcenées. La vérité est que passé ‘Wrong‘, ‘Sounds of the universe‘ n’a plus grand-chose de puissant à offrir. Depeche Mode livre là un disque assez faible mélodiquement, calme en comparaison du précédent, qui mise plus sur les ambiances (‘Little soul‘, ‘Spacewalker‘) que sur les singles potentiels. L’album tourne dans le vide un bon moment (toutes les chansons de milieu de disque) et même s’il reprend de bonnes couleurs sur la fin (‘Corrupt‘, ‘Perfect‘), ‘Sounds of the universe‘ peine à convaincre pleinement, perd en puissance ce qu’il développe en homogénéité et au final il n’est pas interdit de ressentir un ennuie certain. Le fameux emmerdement poli.

Sounds of the universe‘ n’est donc pas le grand album dépressif que l’on pouvait espérer, il ne possède pas non plus l’entrain de son prédécesseur, ce qui en fait un disque plutôt moyen malgré ses indéniables bons moments et son énorme single. Cela dit, on doute que ce disque refasse souvent surface dans nos écoutes tant il manque de grands moments. Autrement dit, nos moqueries sur Depeche Mode peuvent reprendre sans souci jusqu’au prochain album…