Il y a trois ans, Grandaddy splittait. Groupe poliment culte (on reprécise la définition : tout le monde aime, personne n’achète), les américains de Modesto auraient pu prétendre à plus avec leur pop lo-fi bricolo rigolote mais souvent déprimée, sorte de versant alcoolique de Eels avec qui ils partageaient une vision de l’Amérique à la fois résignée et décalée. Toutefois, si le succès mainstream ne s’est jamais produit, l’influence de Grandaddy s’entend aujourd’hui dans tous les groupes pop indé (on ne saurait que trop conseiller aux fans de Girls in Hawaii trouvant les belges géniaux et tellement originaux de jeter une oreille sur la disco des américains…).

Jason Lytle était le cerveau de Grandaddy, aucun doute là-dessus, et cet officiel premier album sans son groupe continue le sillon creusé en amont. Le snob crie au scandale : « C’est la même chose que Grandaddy ! ». Le malin répond de son ton le plus méprisant : « C’est le même mec, tu t’attendais à quoi ? Du Faith No More ?!? ». Oui, ‘Yours truly, the commuter‘ est tout sauf une surprise et ce n’est pas une surprise. On retrouve l’ambiance éthérée, l’impression de voler au dessus d’une forêt avec un spliff au bec, la voix onirique de Lytle, les synthés qui font pouêt pouêt, l’aspect amateur je m’en branle si ça sonne pas top, les paroles poétiquement terre à terre (‘Ghost of my old dog‘), les balades déprimées au piano poussiéreux (‘I am lost‘, ‘Here for good‘), les harmonies qui arrachent les larmes, le classique crescendo émotionnel… Bref, on tient là la suite logique de ‘Just like the fambly cat‘, avec ses qualités et des défauts. Le petit hic, c’est qu’ici les défauts semblent un peu plus marqués tant ‘Yours truly, the commuter‘ manque tout simplement de grandes chansons, de ces ‘The crystal lake‘, ‘The warming sun‘, ‘The group who couldn’t say‘, ‘Jeez Louise‘, ‘AM 180‘, ‘Hewlett’s daughter‘, ‘Minor at the dial-a-view‘, ‘Where I’m anymore‘, ‘Elevate myself‘… bref, ces chansons qui faisaient la différence entre un album catégorie B+ et A. C’est souvent très bon, mais ce n’est jamais transcendant (‘Fürget it‘, à la limite), Jason Lytle abuse peut être de la balade au piano et la seule chanson ouvertement rock, ‘It’s the week end‘, n’est guère convaincante, limite parodique. La fin du disque contient son lot de bonnes choses (l’enchainement ‘Rollin’ Home Alone‘, ‘You’re too gone‘, ‘Flyin thru canyons‘) et tout cela fait de ‘Yours truly, the commuter‘ un disque qui fait plaisir aux fans de l’époque ‘The Sophtware Slump‘ sans toutefois en posséder l’étincelle d’émotion qui fait la différence.
B+, donc.