Il y a des disques attendus ou évités et d’autres qui se posent sur notre route presque par hasard. Stromboli, le deuxième album du groupe Montgomery, a pour ma part fait partie de la dernière catégorie. Epuisée donc peu réceptive lors de leur participation à la soirée Custom d’avril dernier, le set m’avait paru un voyage pénible et interminable. L’histoire aurait donc pu s’arrêter là et ma rencontre de Stromboli ne jamais se produire mais une session acoustique dans un igloo sur le site soul-kitchen.fr me décida à donner une deuxième chance aux Rennais. Stromboli s’est alors révélé être un album aussi précieux que prometteur, « 6 bonnes raisons » suffisent à le prouver.

Stromboli a tout d’abord le charme de l’humilité et de la réserve. Ici point de déclarations d’intentions et encore moins de démonstrations, l’auditeur est séduit progressivement. Cette retenue rend l’album un peu complexe au début, sensation qui se dissipe après plusieurs écoutes facilitant sa compréhension. L’album devient alors d’une grande évidence et même prétexte à quelques excellents singles potentiels (‘6 bonnes raisons’, ‘athlète’).

Pendant une heure, Montgomery alterne les ambiances électriques, synthétiques ou plus calmes nourrissant tout l’éclectisme de l’album. Des directions variées apparaissent, ‘Reinette’ fait penser à Cocorosie, la symphonie des voix sur ‘Daisy’ en rappelle certaines de Lullabies to Paralyse de QOTSA, la fin de ‘Volcan’ réveille les premiers émois d’Arcade Fire et Malajube plane ça et là. On ne peut cependant rattacher Montgomery à une scène particulière et encore moins définir des influences marquées. Malgré les pistes citées précédemment, le groupe reste avant tout très singulier.

Cette singularité résulte aussi de l’univers de bidouille en tous genres créé par Montgomery, 5 bricolos des sons qui travaillent à la manière d’un Michel Gondry fabriquant une animation avec des rouleaux de papiers toilettes dans ‘La Science des rêves’. N’importe quels sons (même des vaches !) trouvent leur place dans les mélodies et apportent toute la créativité et l’originalité de leur musique.

Il faut également souligner que Montgomery a opté pour la langue française, non pas par activisme pour la défense de la culture francophone « made in » C. Albanel et consorts mais pour la manière innovante dont la langue est ici traitée. Il est souvent naturel pour les artistes familiers de la scène indé de préférer l’anglais au français par réflexe culturel et pour se détacher du lourd poids du sens au détriment de la musicalité du texte. Sur Stromboli, Montgomery renouvelle l’usage de la langue française en arrivant à se détacher de ces contraintes et à donner cette puissance anglo-saxonne aux textes (‘Baleine’, ‘Chat’ ). Le chant se mue alors en instrument et enrichit un peu plus cet album déjà très dense.

Car Stromboli est aussi un modèle de densité sur lequel les Rennais utilisent des avalanches de sons et de gimmicks et superposent les textures à haute dose. Le tout étant fait avec maîtrise et bon goût, l’album en devient dense sans paraître dégoulinant ou indigeste.

Enfin la dernière bonne raison d’écouter Stromboli est certainement cette impression de quête perpétuelle qui transparaît de l’album. On ressent l’état de recherche permanent dans lequel évolue Montgomery et cette envie de se surprendre en passant les paliers les uns après les autres pour aller toujours plus loin. Cette quête de l’inconnu ressort de manière très forte et rappelle ce sentiment déjà présent sur de grands albums comme Kid A de Radiohead.

Ces ‘6 bonnes raisons’ devraient suffire à vous donner l’envie d’écouter Stromboli mais la liste n’est pas exhaustive, des dizaines d’autres raisons font de cet album et de ce groupe une magnifique trouvaille, ne passez pas à côté.