Quelle est la grande force de Air ? C’est de nous faire aimer des choses qui nous semblaient niaiseuses 10 secondes avant le début de la chanson. Le duo a toujours composé ses mélodies en équilibre sur un câble métallique entre deux immeubles, avec d’un côté l’expérimentation qui n’est jamais de la branlette et de l’autre un sentimentalisme cucul. Après maintes collaborations (Nigel Godrich, Charlotte Gainsbourg, Neil Hannon, Jarvis Cocker), Air revient avec un disque énergique qui a la bonne idée de ne pas renouveler l’expérience de musique de chambre, l’élégante distance et l’emmerdement poli de ‘Pocket Symphony‘. Le petit nouveau ‘Love 2‘ commence même sur une fréquence proche de ‘10000Hz Legend‘, ‘Do the joy‘ ou la soeur de ‘Electronic Performers‘, la joie gagne, les versaillais partent à nouveau dans un trip barré. La suite est moins réjouissante : entre titres inutiles (Love) et inintéressants (‘Be a bee‘) Air s’essaie au best-of d’inédits, à savoir un album rappelant tous leurs albums précédents, mais ici sans trop de magie. La pop de ‘Talkie Walkie‘ sur « So light is her footfall » et le niaiseux ‘Sing sang sung‘, ‘Moon safari‘ sur ‘Heaven’s light‘ et ‘Night hunter‘ à la limite de la parodie, ‘Virgin Suicides‘ sur ‘Tropical Disease‘, un pastiche rigolo de Depeche Mode sur ‘Missing the light of the day‘…

Rien n’est mauvais mais rien ne renverse, il manque cruellement de ces moments de grâce ultime dont Air a le secret, un ‘Ce matin-là‘, un ‘Highschool lover‘, un ‘How does it make you feel‘, un ‘Cherry blossom girl‘, un ‘Lost message‘… Bref, un album de plus pour Air et rien de plus, c’est un peu l’impression qui se dégage de ‘Love 2‘ qui, attention, vaut plus que le petit parfum de déception qui émane de cette chronique. ‘So light is her footfall‘ est assez envoutant, ‘Eat my beat‘ (pour des français il faut oser quand même…) promet de grands moments en live, ‘You can tell it to everybody‘ prouve que Air reste le groupe idéal pour emballer et on sort rassurés de ‘Love 2‘, Air n’est pas devenu un groupe pantoufle de luxe comme on pouvait le craindre après ‘Pocket Symphony‘. On craint juste à présent que Air devienne une parodie de lui-même.