Le voilà enfin ce quatrième album de nos trois androgynes préférés ! Après un ‘Black Market Music‘ largué en 2000, et qui avait, quand on prend du recul finalement, des accents de ‘démo à grands frais’ pour reprendre les termes actuels de Brian Molko. Oui, je sais je manque de recul, ma notation du troisième opus du trio anglophone a été trop généreuse. Mais revenons à notre belle galette qui, après une tournée acharnée du combo à travers l’Europe (dont on retiendra bien sur des passages inoubliables sur nos terres hexagonale, ainsi qu’un mini concert au Réservoir filmé par Arte), une promo intense, qui d’ailleurs en déçu beaucoup, et finalement un fort désir de retour aux racines des fans, est enfin là, sous nos yeux ébahis. On a attendu trois ans, bon Dieu, et quand on connaît, même dans ses faux pas, la puissance musicale, lyrique et émotionnelle de Placebo, on sait déjà que la déception, la vraie, celle qui vous dégoûte à jamais d’un groupe, est à mille lieues de la réalité. Allez, album dans la chaîne, on est en train de se faire mal là…

La première track qui nous saute à la gueule, et c’est le cas de le dire, est un instrumental pur rock qui défoule bien : ‘Bulletproof Cupid‘. Thème bien lourd, petits solos uniques en leur genre, le ‘power trio’ a déjà frappé dès les premières secondes du CD… Track suivante, ‘English Summer Rain‘. Alors là les influences électro du groupe, qui n’ont fait que se confirmer pendant leur parcours, sont plus que présentes. La voix de Brian est envoûtante, un clavier se glisse discrètement derrière, bienvenue au pays des songes. Une des chansons les plus intéressantes, sans doute, grâce à une palette d’outils électroniques qui embellissent le morceau et lui donnent plus de profondeur. ‘This Picture’ se rapproche déjà plus du Placebo que nous connaissions, avec une ligne basse-batterie caractéristique, vite rejointe par une guitare entraînante et un refrain qui vous colle à la tête. Très beau. La ballade ‘Sleeping With Ghosts‘ garde encore des traces d’électro, tandis que déjà se font entendre les riffs tranchants de ‘The Bitter End‘, premier single issu de l’album. Et là, chapeau bas. Le genre de chanson dans laquelle vous retrouvez la marque de fabrique Placebo, ce goût pour les compos rapides et simples, cette indémodable osmose basse-batterie, et puis quelque chose de nouveau. Ca doit être à coup sûr ce petit thème au clavier. Ou autre chose, ce riff à la fois évident et surprenant… Le genre de chanson qui conserve une signature typique du combo tout en innovant. Le genre de chanson qui reste aussi très longtemps à tourner sur votre platine. Bon, suivante. Alors là, attention au cas ! ‘Something Rotten‘ a beaucoup été qualifiée par la presse de tournure Radiohead… il est vrai que quelque part on retrouve cette ambiance à la Tom Yorke. Un trip assez lent, très très électro. ‘Plasticine‘ n’est pas sans rappeler la période du premier album de nos trois musiciens, du rock bien ‘power trio’ on va dire, si ça vous évoque quelque chose… ‘Special Needs‘ sort un peu du lot avec un piano omniprésent, un thème de toute beauté et surtout une âme… Très important l’âme quand même dans une track. Vraiment beau. On a souvent qualifié aussi ‘I’ll Be Yours‘ de trip dumb, avec ces beats inlassables et ces sons étranges qui passent, mine de rien, derrière des paroles toujours autant ambiguës signées Molko (mais on aime ça !) : ‘I’ll be your father / I’ll be your mother / I’ll be your lover / I’ll be yours‘. Un morceaux sympa qui brise les règles. On reprend un rock ‘in your face’ (encore une expression made in Brian) avec ‘Second Sight‘, qui n’est pas sans rappeler la période ‘Without You I’m Nothing‘… Les références musicales sont décidément très très variées ! On passera sur ‘Protect Me From What I Want‘, qui, malgré un désir d’émotion très fort, reste la track la plus rasoir, avec ces refrains qui tournent, se répètent, montent en intensité pour se voir couper net. On reste sceptique… Enfin, morceau final de l’oeuvre, ballade au piano, bien sûr, qui prend une allure inquiétante, avec ces notes lentes et une voix qui plane, pour finir avec des sons de cloches étranges… Mais ça reste beau. Pas de track cachée, histoire de casser les habitudes, allez plutôt voir à la fin de ‘Special Needs‘ si j’y suis. Alors cet album ? Les mots manquent. Je sais, je vous l’ai déjà sorti plein de fois le coup du ‘mais c’est magnifique, c’est beaaaaaau !’. Non, je n’ai pas de contrat avec les artistes pour faire leur promo, ce skeud est tout simplement sublime ! Le stade de l’âge adulte est définitivement atteint pour le groupe qui, n’oubliant ses racines très rock, se hasardent à quelques virées inattendues et, au final, magistrales. Placebo gagne le pari de faire un album à la fois évident et qui surprend, à l’image de plusieurs de ses chansons. Mieux encore, les émotions sont superbement exprimées le long de ces 12 magnifiques morceaux. Là où Muse se plante peut-être, d’ailleurs, le combo de Molko arrive en effet à transmettre, à faire partager des sentiments, ainsi la rage de ‘Second Sight‘ est très convaincante, la déception amoureuse de ‘The Bitter End‘ est énergiquement mise en musique et facilement saisissable, la mélancolie de ‘Special Needs‘ devient très forte…

Plus qu’avant, Placebo est parvenu à faire passer toute cette palette d’émotions qui déteint automatiquement sur l’auditeur. C’est sans aucun doute un des meilleurs albums du moment, une des plus belles galettes à se procurer d’urgence, pour les fans ou les pas fans, histoire de comprendre un tout autre aspect du rock…