Music Maelström n’a pas été le coup de coeur immédiat. L’univers de ce premier vrai album de The Rodeo est à des années-lumières du bien nommé My First EP, qui m’avait emballé et saucissonné dans sa spirale folk. L’ex-leader de Hopper y avait délaissé la hargne rock pour les cordes sèches du désert américain. La galette ici présente ne fait qu’enfoncer le clou, le coup de poing en moins. Signe consensuel d’une maturité musicale prometteuse ?

Il faut du temps pour apprécier le tourbillon ici concocté par cette folkeuse qui semble débarquer de l’Arizona profond. Un album bizarrement monté, où The Rodeo alterne systématiquement prouesses en groupe (Passing Through) et démonstrations solitaires (My Ode To You). Un équilibre d’autant plus frustrant que la demoiselle multiplie les sonorités, les arrangements et les références, sans pour autant vraiment décoller. On oscille entre un très bon Elvis Perkins teinté de flûtes irlandaises façon Barry Lindon (Bird) et des envolées vocales quasi-bjorkesques (Modern Life). Quelques larsens traînent sur le puissant High Resolution World, feu d’artifice inspiré qui précède le molasson I’m Gonna Leave You, exercice dans lequel on préfèrera le one-woman-band The Milk. Demi-teintes, creux et sursauts, The Rodeo s’éparpille et jette ses meilleures idées aux quatre vents, là où un People Know remettait les choses à leur place.

Car la complexité du disque révèle de belles richesses, que la folkeuse aux accents furieusement ricains (Love Is Not On The Corner) ne gâche pas non plus trop. Little Soldiers et un petit bijou, bien bricolé et surprenant. Les relents country et traditionnels de l’album, pas forcément au goût de tous, se justifient un peu par Uncle Sam, profession de foi et ode critique et fascinée à l’Amérique. Le côté ‘bâtard’ et savoureux des débuts de The Rodeo revient par petites touches sur Hand Shadows, où des mélodies plus immédiates évitent une écoute blasée d’un disque talentueux mais trop plongé dans son propre maelström.

Sans aucun doute réussi, mais exigeant.