Overlook Hotel a la saveur d’un cocktail Molotov. Ca pique un peu au début, ça brûle tout le long, et, pour peu qu’on sache bien s’y prendre, la zone de corrosion sera suffisamment large pour y tracer sa route. Tortueux et puissant, l’album de V13 est d’une agressivité sans égale. Il cultive l’autarcie instrumentale d’Oxbow (‘Chute Libre‘), la méchanceté des Sleepers (‘Gouache‘), et le noise-core de The Dilinger Escape Plan (‘Renégat‘), relevés d’un soupçon noirdésirien (‘Tu As Choisi d’Entrer‘). Autant d’ingrédients pour cette nitroglycérine de dix titres, où même les aérations semblent hostiles.

Le quatuor cannois a la science du mouvement perpétuel, et de la nervosité sonique comme condition. Avec ses textes français sombres et cataclysmiques, dans un chant qui ne tient même plus du hurlement, même plus de la beuglante hardcore, Overlook Hotel sonne comme une nécessité, et comme l’illustration d’un monde sans repères. La déconstruction d”Alexandra‘ ou l’urgence du ‘Black Sheep‘, voilà ce qui fait l’essence de V13, et peut-être un peu sa faille. Le groupe attaque au tournevis et se fabrique des colosses avec du fil électrique, au milieu desquels une poignée d’errances un peu plus arty et pas toujours délicieuses (‘Mais Ils Ne Renforcent Pas…‘) ajoutent à la perdition générale.

A trop électrocuter, V13 prend le risque de fatiguer. Mais ça reste un risque de plus parmi un centaine de promesses.