dEUS, plus pop, plus clinquant et plus soft que jamais. Je ne vais pas la jouer à la c’était mieux avant, quand c’étaient des punks centristes belges, mais il y a un peu de nostalgie en écoutant Keep You Close. Le groupe d’Anvers reste maître dans l’art de la pop song bien foutue, de l’arrangement d’orfèvre, une qualité dont ils ont d’ailleurs fait un don divin, on comprend mieux le nom du groupe au bout de vingt ans de rock délicat et dyslexique. Et non, je ne développerai pas ce dernier mot. Mais quand même, par quel trou noir sont-ils passés ?

Ce n’est pas la peine de revenir sur les premiers disques pour pleurer devant Keep You Close : il faudrait plutôt chercher le chaînon manquant entre le précédent (Vantage Point, un miracle) et ce petit paquet de neuf chansons sympathiques et éthérées. Un exemple bête : les titres des morceaux. Quand on lit Oh Your God, Favorite Game ou autres The Architect, on est forcément surpris d’en entendre le contenu, du rock déclamatif au funk froid. Dans Keep You Close, on se demande vraiment à quoi rime ce cabaret aérien collé à un titre comme The Final Blast, mais sans plaisir. C’est peut-être con, mais repensez au décalage entre Instant Street et son motif final, à la hargne que n’annonce pas le sirupeux For The Roses, au bordel rappé de Fell Off The Floor, Man, au progressif Bad Timing. Que des mal-nommés, et dEUS commençait toujours par surprendre par là : un déséquilibre, un contre-pied culturel permanent, un jeu avec les univers et les annonces. Du côté de la spontanéité, Keep You Close fait chou blanc. Tant pis, on se reporte ailleurs.

Parce que dEUS s’est rabattu très clairement sur un arrangement aux petits oignons de ses morceaux. Et là, cet album met les cinq belges un cran encore au-dessus de pas mal d’autres formations. Keep You Close mélange les genres et les sonorités, tout en restant dans les limites habituelles du groupe, preuve qu’il travaille sans cesse à se réinventer. C’est aussi une constante bien respectée depuis belle lurette : un foisonnement d’idées, d’envies, d’ambiances, de la pop dansante de Ghosts à l’indie rock jazzifié de The End Of Romance. Et des titres comme Dark Sets In ou Twise gagnent en splendeur et en émotion à coups de silences maîtrisés, de batteries précises, de choeurs solennels et de textes criés. Mais ça vire aussi au délit de kitsch-majesté quand on surprend un orchestre grandiloquent (Keep You Close) ou des cuivres synthétisés estampillés eighties (Constant Now, bouh !). On a envie de hurler pourquoi ? à genoux les bras tendus vers le ciel avec un orage qui s’abat sur sa gueule. Éclaircie qui réchauffe à la fin du disque : Easy prend de court par sa structure, ses délires rock-baroque, son ascenseur émotionnel sans relâche. Peut-être un aperçu d’un vrai bon dEUS à venir ?

Loin d’être un raté, Keep You Close peut juste laisser indifférent. On connaît le talent de ces belges à mi-chemin entre le punk et le piano-bar, est-ce qu’on en demande trop maintenant ?