La scène pop/rock belge pullule de bons groupes, neuf fois sur dix taxés de nouveau dEUS, quasiment toujours à tort. Et Balthazar ne déroge pas à cette règle pompeuse et quelque peu exaspérante de la presse musicale. Une fois encore, il n’y a pas vraiment de rapport avec le meilleur groupe belge de tous les temps chez eux, mais plutôt avec Absynthe Minded, autre valeur sûre du plat pays. Le côté légèrement jazzy tout d’abord, cette approche épurée et assez acoustique, la présence subtile de cuivres (pas de soli exaspérant de trompettes, vous pouvez ranger vos fusils à pompe). Quitte à rester sur les influences, on retrouve la classe de The Walkmen et The Last Shadow Puppets comme l’a logiquement suggéré l’excellent site [url=http://www.goutemesdisques.com/chroniques/album/rats/]Goûte mes Disques[url]. Plutôt flatteur comme affiliation, mais pour une fois à raison. On ne trouve pas autant de force mélodique que dans les deux cités, Balthazar jouant plutôt sur la sensibilité et la sobriété. Sobriété d’ailleurs poussée parfois à son paroxysme, tant certains passages donnent l’impression d’être trop en retenue. Sinking Ship par exemple comporte quelques moments légèrement creux, assez frustrants, sorte de pendants aux souvent ennuyeux The XX.

Il faut quand même se rassurer, l’album tient franchement la route et permet de retrouver la sérénité si on a eu le malheur d’entendre ne serait-ce qu’un morceau de la discographie récente de Muse. Joker’s Son vous décrassera les oreilles avec un mouchoir en velour, effaçant toute grandiloquence exacerbée de votre cerveau tout en ravivant des traits d’Alex Turner. The Oldest of Sisters fait office de single, de façon réussie puisque c’est l’un des morceaux les plus marquants de la galette, avec son rythme très soul, le refrain lancinant et les petits cuivres de mise. Une fois encore on pense énormément aux Last Shadow Puppets et à Absynthe Minded, mais sans réellement pouvoir y coller les étiquettes tant l’approche est différente. Lion’s Mouth (Daniel) vient apporter sa part de mélancolie, accompagné de jolis choeurs qui filent les frissons. Oui, carrément. C’est aussi le cas d’ Any Suggestion et son final poignant, mêlant violon, choeurs et cuivres dans une jolie valse. Le reste joue peu ou prou dans la même cour, et confère de ce fait une homogénéité salvatrice tout en évitant la redite chiante.

Ce deuxième album de Balthazar joue la carte de l’élégance, parfois un peu trop sobrement justement mais toujours avec justesse. Oubliez les opéras rock gargantuesques, la pop surchargée, asseyez-vous calmement et savourez la délicatesse musicalement incarnée.