Là où la plupart des groupes de métal ou de hardcore aiment cacher leur gros coeur de midinette derrière un décorum grossier et vindicatif, The Dillinger Escape Plan assume totalement ses envies sans faux-semblants. Qu’il ressente le besoin de tout blaster dans des structures à faire blêmir les plus expérimentés des musiciens free jazz ou de se faire coulant sur des reprises de Tear for Fears, DEP avance et se fout royalement de sa crédibilité.

Lorsqu’on écoute ‘One of Us is the Killer‘, on retrouve le groupe à la place où on les attendait. De ‘Miss Machine‘ à ‘Option Paralysis‘ en passant par ‘Ire Works‘, la bande de Pusciato et Weinman tend vers l’amalgame idéal entre le coup de poing et la caresse (on me dit à l’oreillette que Cantat a échoué dans cette même quête). ‘The Magic I hold you prisoner‘ est ainsi un parfait représentant des intentions du groupe avec sa première partie belliqueuse et sa seconde moitié plus délicate.

On découvre donc des morceaux mêlant rythmique fracassées et vociférations hargneuses (‘Prancer‘, ‘When I lost my bet‘) interprétées avec un certain sens du raffinement – on pense au plan lunaire planqué au milieu de la mitraille rageuse de ‘Hero of the Soviet Union‘; et dans un style radicalement opposé, des chansons rock peu saturées, avec un groove omniprésent et une voix chantée (et non hurlée). Pour ces dernières, on sent que chacune d’entre elle a bénéficié d’un grand soin au niveau des mélodies, même si on peut déplorer un certain manque de piquant. On citera la lancinante ‘One of us is the killer‘, ‘Nothing’s funny‘ (dont le refrain qui ressemble à celui de ‘Unretrofied‘), ou ‘Paranoia Fields‘ dont le chorus fait presque penser à du Incubus periode ‘Morning View‘, c’est dire.

Plus cohérent et plus abouti, mais également moins surprenant et séduisant sur la longueur, ‘One of us is the killer‘ est le plus accessible des albums de The Dillinger Escape Plan. Si cela n’est pas un défaut en soi, on remarque qu’il ne comporte pas d’élément démesurément violent, perturbant ou chahutant un tant soit peu l’auditeur suivant le groupe, même de loin. On a du mal à ressortir un titre en particulier là où ‘Farewell Mona Lisa‘, ‘Milk Lizard‘ ou ‘Unretrofied‘ s’imposaient dès la première écoute. Il ne joue pas avec nos limites, et au final c’est peut-être le point le plus frustrant. Il reste néanmoins un sacré bon album d’un groupe largement au-dessus de la mêlée dans sa façon d’aborder les musiques qui font secouer la nuque.