Tout est dans le nom du groupe: Anton Newcombe vit quelque part entre ‘Aftermath‘ et ‘Beggars Banquet‘ des Rolling Stones et sort régulièrement de son territoire pour chasser d’autres influences comme le shoegaze, le glam, le krautrock ou la new-wave, avant de les massacrer à coups de vieux grooves psychés. L’homme a plutôt très bon goût et même de fréquentes poussées de génie si l’on s’en tient aux nombreux sommets d’une discographie par ailleurs assez touffue et bordélique. Un original à classer dans la lignée du rock fumigène de Spacemen 3, pas trop loin des trips sous influence de Spiritualized, plus barré que la bohème urbaine de ses anciens amis devenus rivaux (et plagieurs) les Dandy Warhols. Beaucoup moins clean aussi, mais jamais mal foutu. Monsieur est un esthète.

Le talent était là dès le départ, vite exploité avec l’excellent ‘Methodrone‘ de 1995, puis la tuerie ‘Take It From The Man‘ de l’année suivante, mais la reconnaissance a mis du temps à venir – presque autant de temps que la sobriété de l’incorrigible junkie Anton Newcombe, désormais repenti, papa comblé et heureux patron de son label indépendant A Records. Et comme un cliché n’arrive jamais seul, la musique a un peu souffert de cette transition vers la félicité et l’envie d’évoluer. Rien de catastrophique à vrai dire, mais les expérimentations de ‘My Bloody Underground‘ (2008), ‘Who Killed Sgt. Pepper?‘ (2010) et ‘Aufheben‘ (2012) ne sont que trop rarement à la hauteur de leurs ambitions et, ironiquement, n’ont fait qu’apporter de l’eau au moulin de ceux pour qui The Brian Jonestown Massacre n’est qu’un groupe de drogués jouant pour des drogués. Mais n’écoutez pas les blaireaux. Depuis le très recommandable ‘And This Is Our Music‘ de 2003, dernière vraie réussite, Anton Newcombe et ses différents line-ups (des dizaines de membres se sont succédés) distillent un rock ambiant à vocation plus instrumentale. Si ce parti-pris est légitime et sans doute apprécié par certains, difficile honnêtement de ne pas regretter l’évidence pop de chansons plus directes comme ‘That Girl Suicide‘ ou ‘When Jokers Attack‘, parmi de nombreuses autres.

Revelation‘ ne change pas radicalement la donne mais revient bien vers une certaine fraicheur et une structure plus classique. Bien équilibré et entêtant, le disque ménage dans un premier temps les sensibilités des vieux fans (le single ‘What You Isn’t‘ aurait pu sortir il y a 15 ans et rappelle curieusement ‘Godless‘ des Dandy Warhols), puis se permet quelques jolies pirouettes stylistiques (l’enchainement ‘Duck And Cover‘ / ‘Food For Clouds‘), sans pour autant lâcher le chronomètre et se perdre dans d’inutiles digressions à rallonge. Alors certes, deux ou trois passages moins réussis alourdissent un peu l’ensemble, et l’on ne retrouve pas vraiment le mélange d’urgence et de légèreté des années 90 – exception faite peut-être du titre d’ouverture ‘Vad Hands Med Deem‘ et du tout con mais jouissif ‘Goodbye (Butterfly)‘. Mais pour compenser c’est un Anton Newcombe plus réfléchi et touchant qui pointe le bout de son nez ici et là, en particulier sur le très bel instru ‘Second Sighting‘. Ajoutons à cela un son toujours aussi classe, authentique, délicieusement vintage, et nous tenons là un bon disque d’un bon groupe – ni plus ni moins. On ne va pas faire la gueule.