Le cas de figure est assez récurrent: X se fait connaître avec un groupe aussi marquant qu’éphémère (3-4 albums en moyenne). X entame ensuite une carrière solo assez digne, mais X ne pouvant splitter avec lui-même, les albums ratés finissent tôt ou tard par se succéder.

On ne fera pas semblant de trouver beaucoup d’intérêt aux derniers disques de Morrissey, pas plus qu’on ne l’a fait pour Lou Reed, Iggy Pop et tant d’autres. Lui n’a pas de ‘Transformer‘ ou de ‘The Idiot‘ à son actif pourrait-on ajouter, ni même de retour en grâce ponctuel comme ‘New York‘ ou ‘Brick By Brick‘ à faire valoir. Quoi qu’on en dise, l’album de la renaissance ‘You Are The Quarry‘ n’a pas laissé de souvenirs impérissables ou redéfini l’artiste, tandis que les plus récents ‘Ringleader Of The Tormentors‘, ‘Years Of Refusal‘ et le Greatest Hits (?) sorti entre-temps ont tous fini bradés à 5 euros après quelques mois. La faute à une approche pop rock sans saveur et au son stérile du groupe qui l’accompagne, quelque soit le producteur de renom embauché (Joe Chicarelli succède ici à Tony Visconti et Jerry Finn). Mais pas que. Franchement, Morrissey écrit beaucoup de trucs pas terribles ces temps-ci.

On pourra certes apprécier l’humour caustique de quelques paroles ou ricaner devant un titre d’album aussi magistral que ‘World Peace Is None Of Your Business‘, mais dans l’ensemble, malgré sa réputation et ses prétentions, Steven Patrick Morrissey n’est pas Oscar Wilde. Au programme cette fois-ci: moins d’atermoiements sentimentaux, plus de sermons écolo-socio-politiques. La chanson-titre annonce la couleur sans subtilité avec du gros son, deux ou trois arrangements un peu dissonants pour faire vénère et un message qui tue chanté en boucle: ‘each time you vote, you support the process‘. Dans la foulée, Moz l’abstentionniste laisse sa superbe voix planer sur un ultime couplet – ‘ooooooh Egypt Ukraine, soooooo many people in pain‘. Certes, mais comment les sauver? En ne votant pas? Pas tout compris, moi. Et c’est parti pour un petit tour du monde des injustices, le chanteur se permettant même de grossir le trait à coups de guitares arabisantes sur ‘Istanbul‘ et d’espagnolades toutes nazes sur ‘The Bullfighter Dies‘, comme le premier plouc venu. En vrac, l’ex-Smiths déteste la guerre et la violence, méprise les hommes, se moque des hypocrisies du monde occidental et aime les animaux (mais pas dans une assiette), le tout parfois énuméré sur une seule et même chanson (‘I’m Not a Man‘). En dépit des styles musicaux hétéroclites abordés et de la production classieuse, un peu plus inventive que d’habitude, les compos ne sont pour la plupart pas très solides et de ce fait croulent sous le poids de la vanité de l’auteur. ‘Mad in Madrid, ill in Seville, lonely in Barcelona‘ s’indigne-t-il en référence à la tauromachie, visiblement pas encore au courant que les corridas sont illégales en Catalogne. ‘Gaga in Malaga, no mercy in Murcia, mental in Valencia‘, renchérit-il. En un mot: ridicule. Ce n’est pas un hasard, les rares moments de qualité et de grâce se manifestent quand le discours se fait moins vindicatif, ou quand les narratives restent basées sur un personnage. Mais Morrissey le brillant portraitiste reste trop en retrait sur ce dixième album solo et laisse presque toute la place à Morrissey le quinquagénaire imbuvable qui cherche l’inspiration ou le bon mot en regardant les infos. Ses idéaux sont honorables, sa musique un peu moins.