Ça fait toujours plaisir de découvrir un nouveau groupe. Et c’est même souvent beaucoup plus intéressant que de s’intéresser toujours aux trois même groupes et-demi qui se partagent chaque mois les couvertures de tous les magazines qui sont censés couvrir l’intégralité de ce qu’on apelle la vaste scène rock mondiale. Sur cette scène il y a donc (mal)heureusement des groupes qui ont choisi d’officier dans un style death relativement extrême, ce qui réduit déjà leur public, mais en plus tout en s’exprimant en français. Alors avantage ou handicap ? Vu la bonne exportation du death européen à travers le monde, on aurait tendance à dire que ce n’est peut-être pas un choix très judicieux, mais pour un auditeur français, que c’est agréable !

Ce groupe qui a choisi cette belle langue de Molière pour déclamer ses morbides complaintes c’est Mind Ripper, un tout jeune groupe de notre bel hexagone qui nous offre donc ‘Kahos Humana‘, leur premier album. Mind Ripper, c’est simple, c’est du death mélodique, dans sa forme la plus pure ou presque. Néanmoins, les premières minutes risqueraient à elles seules de laisser une image toute différente du contenu de cette galette de ce qu’elle est réellement : après une longue intro faite de bruitages plus mystérieux les uns que les autres, ‘Gardiens‘ démarre sur une rythmique hachée et plus proche d’un metal cru et aggressif à la Meshuggah que du death tout de même assez traditionel qui constitue la majorité de l’album. Mais on se rend vite compte, quand arrive la première mélodie que le groupe joue sur un tout autre terrain et que ses influences sont encore bien plus au Nord que notre chère France.

Pour résumer en quelques termes bien choisis l’idée de cet album, chaque titre est constitué de différents couplets et ponts qui ont en réalité pour unique but d’amener à une mélodie, le point central de chaque composition, longue, et souvent déclinée sur plusieurs rythmes, a la manière des variations de la musique classique. Après, pour juger de la qualité de chaque titre, c’est facile : certaines de ces mélodies restent profondément et très rapidement encrées dans l’esprit et sonnent vite de manière très familière à l’oreille, comme ‘Proclamateurs De La Paix‘ ou encore le magnifique ‘Deny‘ avec son final épique et émouvant ponctué de cassures rythmiques complexes, qui démarre pourtant comme une parodie de heavy trash de la vieille école. D’autres laisseront plus insensibles, et même si les titres possèdent parfois d’autres qualités, le refrain prend toujours une place tellement importante que sa médiocrité rebute forcément. Ces quelques titres, comme ‘Evanghellion‘ qui propose tout de même quelques solos intéressants, laissent alors cette impression mitigée qui fait qu’on a malheureusement trop peu envie d’y revenir.

Mais si cette recette est appliquée depuis des temps immémoriaux par les fondateurs du black mélodique, du goth dépressif et autres courants musicaux qui utilisent des mélodies aériennes, percutantes et surtout ultra catchy pour marquer les esprits, Mind Ripper sait aussi rester au gout du jour et moderne avec quelques blasts bien sentis et surtout bien triggés ou encore des samples comme cette réplique de l’agent Smith sur ‘Ce Jour Là‘ qui rapellent qu’on est tout de même déjà au XXIè siècle (incroyable, non ?).

Mind Ripper suit donc avec ce ‘Kahos Humana‘ des chemins creusés il y a bien longtemps et qui ne cesseront pas d’être pas pratiqués avant un long moment, on l’espère. Là où le groupe sait innover, c’est en incorporant des éléments de styles plus faciles d’accès, des rythmiques moins écrasantes et une voix moins vomissante que la majorité de leurs semblables. Personellement, la dernière fois que j’avais entendu un groupe français (presque) égaler leurs parrains scandinaves sur leur propre terrain c’était, dans un tout autre style, Darkpoetry avec leur ‘An Ugly Little Freak‘ qui désacralisait le trash/death oldschool avec une facilité certaine. De la même manière, Mind Ripper sait garder en toile de fond l’esprit de ses influences profondes en y mélant celui de la scène française et des genres nouveaux qui jouissent d’un certain succès actuellement, le tout pour un résultat qui fonctionne, malgré ses nombreuses imperfections, qu’on attribuera au manque d’expérience qu’induit tout premier album.