Si on vous dit Murderdolls, qu’est-ce que vous répondrez invariablement ? Joey Jordisson. Pourtant, ce groupe, qui avait sorti en 2002 le très bon ‘Beyond The Valley Of The Murderdolls‘ avait contre lui à l’époque tous les préjugés qui frappent le genre de formations qui basent leur renomée sur le nom d’un de leurs membres plus ou moins prestigieux. N’oublions pas non plus que le line-up de l’époque comptait même dans ses rangs un certain Tripp Eisen qui, après quelques dérives, règle désormais ses comptes avec la justice. Mais dans l’ombre de ces deux géants, on trouvait le vrai leader du groupe, Wednesday 13, ex-Frankenstein Drag Queens mais également compositeur et interprète de talent. Joey est donc depuis retourné temporairement chez Slipknot et voilà que le pauvre Wednesday 13 se retrouve seul, abandonné, face à son insatiable envie créatrice. Quoi de plus naturel donc pour cet hyperactif du bulbe que de créer un projet solo, le temps que la machine Murderdolls redémarre, qu’il nommera très sobrement et très égocentriquement Wednesday 13.

Un petit rappel des faits s’impose : le Wednesday est ce qu’on apelle un fan de films d’horreur, de séries B (d’où ses hommages constants à Ed Wood) et autres kitscheries stupides mais tellement divertissantes. Que pourrait-il donc jouer d’autre que du glam-punk dans la veine directe de ses influences les plus évidentes, qui n’ont d’ailleurs pas changé depuis les Frankenstein Drag Queens, c’est-à-dire les grands Misfits et autres Twisted Sister. Mais la question est maintenant la suivante : que vaut ce sacré Wednesday avec ce premier album solo, ‘Transylvania 90210 : Songs of Death, Dying and the Dead‘, sans ses compatriotes de Murderdolls ?

Dans les grandes lignes, il n’y a pas pas grand chose de nouveau à signaler. Néanmoins, même si musicalement parlant, les filons exploités sont les même, l’ambiance quand à elle a quelque peu changé. Ça se sent d’ailleurs dès la première seconde à laquelle le chanteur pose sa voix sur le beat pur-punk de ‘Look What The Bats Dragged IN‘ : le ton est plus grave, presque plus sérieux (même si les lyrics donnent toujours globalement dans l’humour noir second degré pas très fin mais tellement jouissif) et Wednesday cherche très clairement à contrôler plus son organe, à élaborer des sonorités peut-être moins spontanées mais qui gagnent en charisme et en personnalité. Certes on peut préférer les hurlements non-stop à gorge déployée de ‘Beyond The Valley Of The Murderdolls‘, les deux ont leur charme, mais on en retrouvera en tout cas beaucoup moins sur cet album solo.

Si vocalement, c’est moins outrancier, ça l’est également rythmiquement parlant : la batterie éffrénée d’avant a laissé place a des rythmes plus nuancés, certes simplissimes comme ça se fait dans la tradition glam-goth-punk-rock et compagnie, mais toujours efficaces. Malheureusement, si au niveau des composition, la technique semble définitivement acquise, on sent tout au long de ces quatorze titres une certaine fatigue, une lassitude à les écouter. Oui, indéniablement, cet album ne possède pas la pêche, le fun, la verve qui avaient fait le succès des Murderdolls. ‘197666‘, ‘Die My Bride‘ ou encore le fabuleux ‘Dawn Of The Dead‘ sonnent encore dans ma tête comme des hymnes qui avaient apporté un vrai renouveau à un style qui en avait bien besoin. Et cela ne risque pas d’arriver tout de suite avec ce ‘Transylvania 90210‘. Seuls quelques rares titres sortent timidement leur tête du lot, comme ‘God Is A Lie‘ et ‘Rot For Me‘ et leur refrains bien catchy ou encore le plus intimiste et sombre ‘A Bullet Named Christ‘.

En gros, on est en droit de se demander si ce petit malin de Wednesday ne s’est pas précipité en studio dès qu’il a pu pour profiter encore du fait que son nom est associé à celui d’un certain Jordisson dans les esprits d’une grosse masse de fans prêts à acheter tout et n’importe quoi… L’homme semble suffisement honnête, impliqué dans ce qu’il fait et surtout talentueux pour que cette hypothèse reste très difficile à croire. Et même si cet album n’est pas mauvais en soi, on peut se demander si le choix d’associer une atmosphère beaucoup plus oppressante (‘The Ghost Of Vincent Price‘) et des mélodies nettement moins entraînantes à une image tout de même bien glam est une bonne idée. Certains y verront peut-être ‘l’album de la maturité’, d’autre une petite erreur de parcours. Maintenant à chacun de prendre son parti.