Que le temps passe vite ! C’est déjà ses dix ans d’existence que fête Naglfar ! Enfin, dix ans depuis la sortie de leur premier album, alors que l’hégémonie de Peter Tägtgren frappait la production suédoise. Et pourtant, quand j’enfourne ce fameux ‘Vittra‘ dans ma chaîne, il paraît toujours aussi frais, dans l’air du temps (merci Peter)…Comme quoi le black suédois c’est indémodable, et Naglfar a en quelque sorte réussi à entrer dans les classiques du genre. Pourtant, il y a quelques années (avec leur entrée chez Century Media, en réalité), la musique de ces quatre metalleux de l’extrême a subi quelques modifications notables, un petit lifting. Rien de bien grave, mais depuis ‘Ex Inferis‘, leur son s’est fait peut-être plus mélodieux, moins brut, ce qui n’a bien sûr pas plu à tout le monde. L’heure est donc venue pour ce groupe, après deux albums de légende et deux nettement moins encenssés, de passer un nouveau cap, avec ce ‘Pariah‘, leur cinquième opus.

Petite minute culturelle : Naglfar est, outre une combinaison de consonnes imprononçables pour un français, dans la mythologie scandinave, le nom du drakkar, fait d’ongles d’humains, sur lequel vogueront les dieux obscurs, commandés par le géant Hrym, le jour de la fin du monde, apportant chaos et désolation partout où leurs pieds fouleront le sol maudit des pauvres mortels. Pas de quoi ce réjouir, hein ? Néanmoins, quand on connaît le death sans concessions et purement maléfique que distille Naglfar, on comprend facilement ce choix : jusqu’ici, là où résonnaient les riffs innoubliables de ‘Emerging From Her Weepings‘ ou de ‘Embracing The Apocalypse‘, il paraît que l’herbe ne repoussait pas…ou quelque chose comme ça… L’attente du premier riff de ce ‘Pariah‘ n’en est que plus insoutenable.

Ce n’est qu’après une petite intro sympathiquement effrayante et hypnotique, sur laquelle la voix d’Olivius (qui s’est décidément bien adapté à ce poste de chanteur) se fait plus grave et démoniaque que jamais, que l’on a le droit de ce manger ce premier riff en pleine face. Et quel riff ! Celui-là, on est pas prêt de l’oublier : ‘A Swarm Of Plagues‘ entame en effet le massacre sur un double lead magnifiquement harmonisé et qui ne manquera pas de faire comprendre aux fans que l’ambiance si particulière, mélange de sarcasme mélodique et de maléfice pur et simple qui avait été oubliée depuis ‘Diabolical‘ a bien été retrouvée. Mais oui, vous savez bien, la même atmosphère que lorsque la poupée Chucky éviscere avec un grand sourire narquois une nouvelle de ses victimes : c’est tout aussi plaisant que malsain.

Car même si ‘Pariah‘ renoue indiscutablement avec la vieille école du black avec ses mélodies terriblement maladives (‘Revelations Carved On Flesh‘ est un vrai hommage à Dissection avec son solo hystérique), son chant encore plus écorché qu’auparavant ou ses intros au piano qui semblent provenir du fin fond des fjords venteux et enneigés, comme sur ‘None Shall Be Spared‘, il est tout aussi indéniablement plus moderne que tous ses prédécesseurs. Les samples, les rythmiques death (‘Spoken Words OF Venom‘) ou les growls qui ponctuent les refrains de quelques titres ne fournissent qu’un fond sonore encore plus stable à la déferlante de riffs hantés par de sombres lyrics apocalyptiques qui font le gros de ce magnifique album.

Un pont en mid-tempo écrasant marié à un solo aérien et envoûtant finiront de mettre à bas les derniers récalcitrants qui auront résisté au charme de ce petit chef-d’oeuvre de black metal. ‘Pariah‘ est donc non seulement une vraie consécration pour Naglfar qui après toutes ces années d’humble service le méritaient vraiment, mais aussi une véritable délivrance pour les fans qui attendaient depuis trop longtemps le retour de cette magie qui opère désormais de nouveau entre ces quatre obscures génies. Dix années sont derrière, et si ils continuent de nous offrir des productions de cette qualité, on ne peut que leur souhaiter que dix années de plus, ça sera déjà bien !