Cryptopsy est un grand groupe ( bon, voilà, ça c’est dit…). Avec leurs quatre albums, dont un ‘None So Vile‘, second de la série, tout simplement monumental, ces quatre québecois ont réussi à se hisser sur les plus hautes marches de la hiérarchie pourtant si rigide des groupes de death technique internationaux. Qu’est-ce qui fait leur succès ? La réponse est simple : une maîtrise instrumentale dépassant les limites de l’immagination humaine alliée à un talent de composition et un style uniques en leur genres. Alors quand ils nous font attendre cinq longues années entre la sortie du précédent opus, ‘And Then You’ll Beg‘, et ce cinquième volet, ‘Once Was Not‘, il y a de quoi s’impatienter.

Mais revenons d’abord sur l’élément principal qui divise très nettement les fans du groupe depuis que la nouvelle a été annoncée il y a de cela déjà quelques temps : le retour de Lord Worm au chant. Car oui, pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, le Lord qui a avait perpétré toutes les attrocités vocales pourtant si agréables sur ‘None So Vile‘ est de retour. S’en est fini des growls de Mike DiSalvo et c’est le retour aux vociférations indescriptibles du mangeur de vers : ça grogne, ça siffle, ça soupire, ça bave, ça grince, ça gémit, tout ça entre deux hurlements à glacer le sang. C’est beaucoup moins accessible à la première écoute, c’est sûr, mais sur le long terme, son chant est beaucoup plus riche, plus surprenant, et on ne cesse de découvrir de nouvelles facettes à chaque écoute. D’un autre côté, bien qu’étant un partisan acharné du Worm, il est facile de comprendre qu’un chant aussi déroutant déplaise, puisque la première impression que laisse cette voix est un sentiment de suffocation, d’étouffement le plus total. Pourtant, plus épurée que jamais, elle ne se laisse à aucun moment dominer par des instruments pourtant survoltés et ce n’est qu’au talent d’interprétation du Lord que l’on peut attribuer cette ambiance presque asphyxiante.

Deuxième changement majeur dans la formation, et qui, pour le coup, est plutôt une mauvaise nouvelle pour tout le monde : le départ de Jon Levasseur de son poste de guitariste. Le copositeur de génie, cerveau du groupe depuis toutes ces années n’est donc plus de la partie… Enfin, le dire de cette manière serait un peu faux puisque le gratteux de génie a participé à la composition de tous les titres. Et c’est donc pour le plus grand bonheur de tous qu’on retrouve sa touche si chaotique à travers les quelques cinquante délicieuses minutes de pur carnage technique de cet album, de l’intro mélancolique en guitare acoustique, ‘Luminum‘, jouée par Jon lui-même, au sommet de son art, jusqu’aux riffs hachés dissonants supersoniques de la tuerie nomée ‘In The Kingdom Where Everything Dies, The Sky Is Mortal‘, chargé d’ouvrir l’album et par la même occasion de mettre à n’importe quel amateur de death une bonne grosse claque en pleine face.

Les vitesses atteintes par certaines rythmiques sont tout simplement incroyables, et de ce côté-là, c’est surtout à Flo Mounier derrière ses fûts qu’on doit dire chapeau bas. Une precision chirurgicale, une vélocité qui donne la nausée et surtout un son extrêmement dépouillé (il suffit d’écouter les quelques coups d’intro de ‘Curse Of The Great‘ pour se rendre compte à quel point tous ses éléments sauf la grosse caisse gardent un son naturel et ‘irrégulier’ au possible) sont ses armes pour se battre jusqu’à épuisement contre tous les riffs et cassurent rythmiques qui l’assaillent. Car là oû un Derek Roddy joue sur les coordinations et superpositions de différentes rythmiques, Mounier joue la carte de la vitesse pure et de changements de schémas rythmiques que même une boîte à rythme aurait du mal à suivre. C’est tout bonnement hallucinant et certaines montées en puissance (‘The Frantic Pace Of Dying‘) procurent de vrais moments d’extase pure.

En ce qui concerne l’ambiance générale de ce ‘Once Was Not‘, on aurait pu s’attendre, vu le retour de Lord Worm, à quelque chose de plus basique en ce qui concerne les compositions, peut-être même quelques mélodies… Mais non, on continue dans la lancée exerimentale entamée depuis ‘Whisper Suppremacy : les breaks jazzy sont nombreux, les grooves ternaires viennent se poser entre deux blasts comme si de rien n’était et on a vraiment l’impression de se retrouver au milieu d’un terrain de jeux d’instrumentalistes plus que confirmés qui expérimentent toutes sortes de choses sans vraiment se soucier de la cohérence du tout. Puis, finalement, au bout de quelques écoutes en boucle (oui, cet album est définitivement un de ceux qu’on écoute d’une seule traite et en boucle…) on se rend compte que ces petits breaks ont leur importance et qu’ils ne sont pas là uniquement en tant que vitrine technique. Du côté un peu plus mélodique on a bien la fin de ‘Endless cemetary‘ avec son magnifique solo, qui clôture l’album de la plus belle façon qui soit.

Once Was Not‘ vaut donc bien ces cinq longues années d’attente et offre tout ce que le death moderne peut proposer de plus élaboré autant au niveau technique instrumentale que purement artistique. Un album à se procurer d’urgence et à ranger bien précieusement entre un ‘Annihilation Of The Wicked‘ et un ‘I, Monarch‘ histoire d’être sûr qu’on a bien là le trio gagnant dans la série ‘tuerie death de l’année 2005’.