Neaera sortait l’année dernière son premier album, ‘The Rising Tide Of Oblivion‘, alors que le mouvement anti-metalcore grandissait encore à fière allure. Pas de bol pour ce jeune quintet allemand, le metalcore, c’est justement le style dans lequel ils évoluent. Du coup, ce premier opus s’est vu descendu en flèche un peu partout et est passé assez innaperçu, malgré, et c’est mon avis très personnel, des compositions de qualité, une vraie personnalité et une originalité raffraichissante. Une année plus tard, la formation nous propose son nouveau rejeton, ‘Let The Tempest Come‘ et ceux qui crachent sans disctinction aucune leur haine au visage d’un metalcore bien malmené sont toujours présents.

Pourtant, limiter Neaera à ce style si prolifique depuis quelques années serait bien réducteur puisque les influnces du groupe tournent plutôt autour des classiques du death mélodique et du thrash suédois que des grosses productions américaines actuelles. Vous me direz alors que les secondes ont également beaucoup emprunté aux pionniers de Göteborg. C’est vrai, mais le son de Neaera possède ce petit côté sophistiqué qui distingue de manière générale les productions européennes de leurs homologues d’outre atlantique. Pour résumer tout ça simplement, le style dont il est question ici est un mélange savant de beaucoup de mélodies, beaucoup de blasts, des guitares criardes aux riffs supersoniques, des harmonies à leads multiples dans tous les sens, le tout bien tassé par de gros mid-tempos qui, même s’ils ne surprennent pas la plupart du temps, sont très efficaces.

Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, le groupe a gardé sur ce ‘Let The Tempest Come‘ le cap droit dans la même direction que sur son précédent album. Mais autant le dire tout de suite, ce second volet semble bien moins inspiré que le précédent. Là où ‘The Rising Tide Of Oblivion‘ proposait des changements de rythmiques incessants, ce petit dernier fait trainer les riffs en longueur, là où on avait précédemment droit à des mélodies torturées aussi chaotiques que superbes et épiques, on a maintenant une petite lead discrète et timide par-ci par-là. On est passé d’une cascade, une véritable déferlante de bonnes idées et d’arrangements bien sentis à quelque chose de beaucoup plus plat et monotone.

Bon, là c’est la déception d’un amateur du groupe qui parle, parce qu’évidemment tout n’est pas à jetter dans cet album. Il s’écoute même sans problème avec un grand plaisir. Les growls se font plus présents et ce n’est pas plus mal vu la voix bestiale de Benjamin au chant. Les solos par contre ont pratiquement disparu, ce qui sera une bonne nouvelle pour ceux qui ont du mal à supporter ces petites touches oldschool. Pour les autres, et c’est mon cas, on ne pourra que regretter cette volonté de rendre cette musique peut-être plus abordable. Le groupe joue désormais beaucoup plus sur la lourdeur des riffs que sur leur complexité. Ça marche parfois, comme sur l’excellent ‘God-Forsaken Soil‘ et ses blasts presque enjoués et joyeux ou encore sur ‘Heavenhell‘ et ses mitraillages de batterie écrasants. Malheureusement on s’ennuie sur d’autres comme le très plat ‘I Love The World‘ qui, essayant tant bien que mal d’accrocher le tympan avec quelques dissonances intéressants, pèche par ses nombreux riffs simplistes et manquant cruellement d’originalité.

Let The Tempest Come‘ a donc pas mal d’atouts de son côté : une production énorme signée Jacob Hansen, des musiciens talentueux, quelques titres très accrocheurs… Malheureusement il fait bien pâle figure face à son prédécesseur, qu’on ne peut que recommander à celui qui désire découvrir ce groupe. Neaera reste tout de même une des meilleures formation européennes dans son style et les amateurs de jolies mélodies teintées de sonorités suédoises trouveront bien de quoi faire sur cet album.