On arrête d’écouter certains disques après de longues heures, quand la platine tombe en panne ou qu’une coupure de courant nous redépose chez nous, après un long voyage musical. Cela arrive très souvent avec les albums de la maturité des grands groupes de rock. Beaucoup moins avec les premières démos de jeunes groupes parisiens.

C’est pourtant le cas avec la démo de Comme des garçons, Mademoiselle. Initialement pensée comme une première présentation sonore du groupe, puis diffusée ça et là à l’étranger, cette démo démontre des qualités qu’il serait négligeant de ne pas exposer ici.

Les trois titres qui composent cette démo respirent l’intelligence, la maturité et la nostalgie. Cela s’explique peut-être par l’âge des membres du groupe, qui tourne autour de 25 ans. Figures Simples est le premier titre de cette démo. On peut y entendre des guitares sophistiquées et mélodieuses. Leur complémentarité semble innée mais aussi issue d’un long travail de composition. De légères distorsions par moments et un soutien rythmique assez riche mettent en avant un chant en français mélancolique. Pour résumer, on pense à un groupe indie suédois qui aurait accueilli un chanteur français à textes. Mais il ne faudrait pas comprendre par là que la formation compile les meilleurs éléments de références : les musiciens les digèrent pour se les approprier et forger leur propre univers.

Le Désordre confirme la tendance d’une musique élégante et murie. Le chant ne tombe pas dans les travers de la langue de Molière. Les mélodies sont sobres, loin de certaines prétentions à l’américaine, et les textes humblement poétiques. Chose assez remarquable quand on pense aux groupes post-juvéniles qui s’égosillent à crier ‘confusion mentale, difficile à vivre’, pur exemple de mon invention géniale.

Mais le vrai morceau concluant de cette démo est très certainement Les Instants Minuscules. Le clavier minimal et entêtant appuie des guitares acérées et efficaces. Les mélodies s’inscrivent dans notre mémoire et paraissent s’y plaire tellement qu’elles résonnent en cours ou au travail. On se surprend tout à coup à taper du pied, esquisser un sourire : on veut savoir comment c’est en vrai, en face de nous. Alors en attendant d’apprécier comme des garçons, Mademoiselle, on appuie sur la touche repeat all… puis la coupure de courant…