Un nouvel opus de Chimaira, par définition, ça fait plaisir. Bon certes, le précédent album, ‘Chimaira‘, m’avait quelque peu laissé sur ma faim; mais là, ô joie, ô bonheur, nos p’tit gars de Cleveland comptent à nouveau en leurs rangs Andols Herrick, batteur originel du groupe… et j’irai même jusqu’à dire LE batteur du sextuor. Car pour moi, y a pas photo entre avec ou sans Andols; là où l’éponyme ne m’avait pas vraiment filé la baffe escomptée, ‘Resurrection‘ remet les pendules à l’heure.
A la réalisation, on retrouve toujours l’infatigable Jason ‘j’prendrai des vacances quand j’serai mort’ Suecoff (Trivium, God Forbid) qui assure un son en béton armé, très brutal mais aussi très sombre. Car pour moi, l’un des intérêts majeurs de la galette est cette ambiance particulièrement agressive et malsaine qui peut se dégager de certains titres. Hormis la batterie à vous donner envie de vous taper le cul par terre et aux rythmiques proches du hardcore, on retrouve l’autre marque de fabrique Chimaira avec ces guitares très punchy et aux riffs très catchy (poil au… nez). La vraie valeur ajoutée de l’album se situe quant à elle plus au niveau des samples que j’avais toujours trouvés sympas auparavant, mais qui là viennent transcender des titres comme ‘Six‘ ou ‘Empire‘. Et Chris Spicuzza est à la fête, car il vient, en plus de sa place aux samples, assurer les back vocals de fort belle manière (il a fait guttural LV2).
Autre petite nouveauté sur un plan annexe, nos trublions ont changé d’écurie, préférant se séparer d’un commun accord avec Roadrunner après l’accueil mitigé de Chimaira, et on choisit de rejoindre les teutons de chez Nuclear Blast.
Et je dirais qu’on y perd pas au change, on sent les p’tits pères heureux de faire ce qu’il font (jetez un oeil sur le DVD making of). Ce bonheur commence dès le titre d’ouverture ‘Resurrection‘ qui présage tout de suite du bon. Le morceau gagne en puissance très rapidement pour venir asséner son refrain où batterie et guitares s’allient pour vous mitrailler la gueule, avec de lugubres synthés en arrière-fond. Les solos sont courts (quoiqu’ils tendent à se rallonger) mais toujours très intenses et bien sentis. Les passages rythmiques bien appuyés headbangables à souhait s’enchainent avec passages faussement calmes grâce à Mark Hunter dont la voix sait se faire aérienne pour mieux vous rerentrer dans le lard laissant le titre se finir de manière pachydermique.
La machine s’accélère encore un peu plus avec ‘Pleasure And Pain‘ et ‘Worthless‘, alternant donc parties rapides et gros breaks tueurs vous donnant envie de puncher dans le vide, sans compter sur les refrains rageurs notamment un Worthless!! tonitruant suivi d’un Nobody cares if you die!! (Tout le monde s’en fout si tu crèves) tellement propice à vous filer les glandes. A noter également un solo prolongé par le sieur Arnold qui fait bien de prendre confiance en lui. Et il aurait bien tort de se gêner le bougre car c’est aussi tout le groupe qu’on sent à l’aise détendu du slip pour nous délivrer un morceau énormissime comme ‘Six‘, ôde à la confiance inébranlable en ce qu’ils font; commençant par une intro hallucinante où se mêlent à merveille et en vrac : une complainte féminine lointaine, la voix grave et inquiétante de Hunter et des guitares qu’on croirait arabisantes pour venir exploser avant qu’Herrick ne déchaine les enfers avec sa double pédale. Mais telles les montagnes russes, le gros break habituel ne tarde pas à débouler accompagné d’un imparable Destroying everything!! (ça tombe bien, ça fait déjà un moment que j’aie envie de tout éclater…). Ce petit jeu en alternance continue ainsi jusqu’à se trouver gratifier d’une plage instrumentale sidérante (dont le groupe avait déjà l’habitude mais qui ne formait qu’un seul titre) où deux-trois ambiances évoluent posément de la plus belle manière heavy mais s’emballent peu à peu pour revenir par la caisse claire martiale à la brutalité initiale et son fameux Never back down, Destroying everything !. 9 minutes 44 de bonheur et de voyage.
Et là le plaisir ne s’arrêtera plus avant la fin de l’album. No Reason To Live, clamé sur le refrain, prend la relève pour bien vous foutre la haine. Pourtant tout commençait si bien avec une petite intro limite jazzy mais le martèlement d’Andols vient vite semer le trouble; et effectivement le tout cachait un gros riff sauvage juste là pour tronçonner les tripes. Mention spéciale pour les backvocals.
Le carnage continue mais se fait plus insidieux et oppressant avec ‘Killing The Beast‘. Le titre se déroule tel un serpent par le chant malsain de Hunter, contre-balancé par un break où la voix de ce dernier a des relents de Jonathan Davis pour dégénérer en une fin répétitive au bord de l’anarchie.
Dans le genre malsain, ‘The Flame‘ remporte la palme haut la main, relatant avec noirceur, et sur un rythme implacable telle une locomotive, l’inceste et l’infanticide d’un père sur sa fille. Le malaise se retrouve dans le jeu schizophrénique des guitares, l’une lourde et bourrine, l’autre aigüe, dissonante, dérangeante.
End It All‘ remet un peu de rythme à l’affaire grâce au style percutant d’Andols et au renfort des guitares sur le break bien accrocheur. Comme souvent dans chaque album, Hunter nous livre sa petite ligne de chant à la Alice In Chains si cher à mon coeur (Layne R.I.P.).
Dans le style bodule imperturbable et inarrêtable, ‘Blackheart‘ se pose là avec en prime sa petite dose de guitare schyzo.
Needle‘ quant à elle délivre les dernières doses de riffs efficaces et imparables déboulants sur un rythme meurtrier où Andols martyrise ses cymbales (non sans rappeler un peu Meshuggah). Le tout s’emballe dans une partie rapide débridée ponctuée par un petit blast, ou quand le hardcore et le death se rencontrent.
On reste dans le death avec ‘Empire‘ qui vient conclure cet excellent album sur une petite réflexion sur le pouvoir de l’argent. L’intro est incroyable et nous emmènerait presque dans la toundra enneigée, l’orage pointant. Nul autre que Gorgoroth The Impaler n’aurait pu poser des samples si démoniaques et épiques pimantant d’une saveur death/black du Nord de l’Europe.
Les 6 de Cleveland ont parfaitement réussi une évolution incroyable dans leur propre style, montrent qu’ils peuvent se diversifier, si en plus, ça leur réussit, que dire d’autre? Ruez-vous sur cet album.