Un peu moins de 2 ans après un ‘Start a War‘ réussi, Static-X est de retour avec ‘Cannibal‘, un nouvel effort qui s’annonce plus agressif, plus brutal et plus indus, comme en témoigne l’artwork de ce nouveau CD, ainsi que ‘No Submission‘, premier extrait -cyber-punk et très rentre-dedans- de ‘Cannibal‘, sorti quelques mois plus tôt sur la B.O. du film SAW III, le tout appuyé par les déclarations de Wayne Static (chant) sur la X-Board (forum officiel des fans) durant les semaines précédents la sortie, qui annonçait entre autre deux nouveautés majeures : l’absence d »Otsego‘ song (véritable institution dans le groupe) et l’apparition de solos guitare. A noter que c’est la première fois que Static-X enchaîne deux albums avec le même line-up.

Alors, ce ‘Cannibal‘, album réussi ? Renouveau ? Rien de tout ça ?!

Tout d’aobrd, le virage musical amorcé par le groupe est marquant. Ici, plus question de nu-metal et de mélodies mainstreams : on est bien en présence d’un son indus, froid, brutal et sans concession.

Wayne Static a tiré un trait sur le chant mélodique : les vocalises sont hachées, scandées, hurlées et monocordes. On serait tenté de dire que c’est le même cas de figure pour les riffs : rares sont les morceaux où il y a plus de trois accords… Quant aux solos, ils sont présents dans tous les morceaux, comme s’ils étaient un passage obligatoire, donnant parfois une impression de remplissage mais aussi, parfois, d’incohérence. Le jeu de Nick Oshiro (batterie), lui, n’a pas évolué. Les schémas des tournes batterie sont identiques à celles de ‘Start a War‘. Qui a dit dommage ? Tous ces éléments montrent que les premières écoutes se révèlent assez décevantes, et l’album donne à première vue un rendu presque fade, plat.

Pourtant, au fil des écoutes, certains morceaux réussissent à accrocher l’oreille, et de façon plutôt agréable et surprenante, à l’image de ‘Cuts You Up‘ : rythmique rouleau-compresseur, refrain dansant, solo catchy (le plus réussi de l’album), quelques éléments electro / indus bien placés, et fin en apothéose, ligne de claviers et doubles-pédales en renfort. Le Static-X 2007 est bel et bien un album de musique industrielle. Le morceau d’intro éponyme en est le parfait exemple, avec des boucles electro très efficaces. Le tempo du skeud est le plus souvent soutenu (‘No Submission‘), parfois punk, comme dans ‘Chemical Logic‘, l’un des meilleurs morceaux du disque, avec un sursaut d’originalité : voix robotisée, rythme rapide, backing vocals de Tony Campos (basse) aux accents death / grind (et ce n’est pas pour me déplaire !) ; le solo de Koichi Fukuda (inspiré par John5, ex-Marylin Manson, qui était présent lors de l’enregistrement ?) est ici aussi en phase avec le reste du morceau. Autre moment (curieux) d’originalité : ‘Reptile‘, morceaux déroutant qui sonne comme un croisement entre Frank Zappa, System of a Down version 1999, et Asesino qui aurait bouffé de l’indus, avec un solo décalé aux sonorités 8-Bit. Parlons du nouveau single, lui aussi étonnant, le morceau le plus léger de la galette. Résolument rock, ‘Destroyer‘ est l’exemple type des autres morceaux de ‘Cannibal‘ pas encore cités dans cette chronique : de bonnes, voire très bonnes idées (ici la ligne de basse est tout simplement excellente et groove au taquet, les arpèges de grattes sont extrêmement plaisantes) mais on attend quelque chose, il s’agit de l’explosion des guitares. On ose espérer qu’elle arrive, comme dans les autres singles du groupe… Mais non. On reste donc sur notre faim comme sur bon nombre de morceaux ici.

L’habituel morceau electro n’arrivera pas lui non plus, même si on retrouve quelques éléments claviers du ‘Brainfog‘ de ‘Start a War‘ sur le ‘sympathique’ morceaux de clôture, ‘Team Hate‘. Pour l’electro on se tournera donc vers ‘Behemoth‘, à l’intro très club et au solo très ‘spatial’.

Le verdict de ce ‘Cannibal‘ est donc mitigé, il alterne le bon (‘Chemical Logic‘, ‘Cuts You Up‘, ‘Cannibal‘) et le moins bon, c’est à dire des morceaux qui ne sont pas foncièrement mauvais mais dont les idées n’ont pas été exploitées au mieux. On constate aussi qu’avec ce tournant très brutal indus et cette avalanches de solos pas forcément judicieux, l’ensemble est moins original, il manque le gros grain de folie présent sur les albums précédents. ‘Shadow Zone‘, pourtant plus nu-metal et formaté, et le plus décrié des albums par les fans hardcores, semble vraiment attrayant et varié par rapport au Static-X de 2007. Cependant, les quelques perles industrielles devraient ravir les fans, et les amateurs d’indus metal en général, car ce son-là est désormais plus proche d’un Ministry que d’un KoRn.

On regrettera la pub plus que discrète autour de ‘Cannibal‘… Oh pardon, j’avais oublié ! On parle ici de la Warner Bros. (maison de disque de Wayne & co.). Forcément, le nouveau Linkin Park sortait durant la même période, on garde le budget pour la poule aux oeufs d’or et on ne prend pas de risques…